Feu! Chatterton – Les sauveurs du rock français

Héritière de Rimbaud et de Noir Désir, la formation française signe un premier album magistral.

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« Oui, je l’avoue. Quand j’ai enfin pu tenir notre disque en main, j’ai versé une larme », nous déclare Arthur chanteur/dandy de Feu! Chatterton. Il est assis aux côtés de Sébastien, guitariste du groupe parisien, dans la Bibliothèque du Botanique. Nous sommes samedi 17 octobre. Le concert que Feu! Chatterton doit donner dans moins de deux heures affiche complet. « Ici le jour (a tout enseveli)« , leur premier album est sorti la veille et suscite des commentaires enthousiastes sur les réseaux sociaux. « On a même droit à des affiches dans le métro à Paris, c’est complètement dingue! », s’enthousiasment-ils. Oui, tout va bien pour ces garçons qui, dès leur coup d’essai, inscrivent leur nom dans le livre d’or du rock français.

Feu! Chatterton, c’est un peu le cercle des poètes disparus qui tiendrait réunion dans le studio des Bad Seeds. C’est le mash-up entre « Histoire de Melody Nelson » et « Veuillez rendre l’âme » de Noir Désir. Ce sont des jeunes issus de la culture web qui décortiquent des anthologies de littérature dans les arrière-boutiques des librairies de la rive gauche. Oui, ça fait beaucoup de choses mais ce n’est que du bon. Tirant son nom d’un poète maudit du XVIIIe siècle (qui a aussi inspiré une chanson à Gainsbourg et un album à Bashung), Feu! Chatterton a débuté sur une mode jazz/slam dans les soirées lycéennes avant d’embellir la prose  d’Arthur de guitares rock et de sonorités rauques. « Au sein de notre groupe, l’intégrale de Pink Floyd, « Amnesiac » de Radiohead, l’album « Led Zep IV » et bien sûr « Histoire de Melody Nelson » font l’unanimité. L’éventail est large. » Obsédés par les arrangements alambiqués, Feu Chatterton! révèle aussi un talent rare pour le storytelling. Digne d’une nouvelle de Chandler, la chanson Harlem nous emmène ainsi au-delà de la 125e Rue à New York dans une Eglise gospel, alors que l’épique Côte Concorde est le récit fantasmé du naufrage du Costa Condordia et que La Malinche nous plonge dans la mythologie mexicaine. Ajoutez une voix faussement esquintée, des grattes qui s’entrechoquent, des refrains exaltés et vous tenez ici un disque qui suinte le rock et l’urgence. Hautement recommandable.

Le 19/5 aux Nuits Botanique.

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