Anne-Marie Lizin: ses combats, ses fracas

L'ex-bourgmestre PS de Huy et ancienne présidente du Sénat est décédée ce matin, à 66 ans. Son caractère unique lui a valu les honneurs. Mais ses méthodes "personnelles" lui ont aussi valu son exclusion du PS et une condamnation. Portrait d'une nature parfois trop généreuse.

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Anne-Marie Lizin, véritable passionaria wallonne, est décédée ce samedi matin à l’Hôtel du Fort à Huy, où elle était en convalescence après avoir été hospitalisée à Paris pour un malaise cardiaque début octobre. Ironie du sort, en 2008, dans un portrait de celle que beaucoup avaient surnommé la « Madame Sans-Gêne » de la politique belge, Moustique avait titré « Le monopole du coeur », en écho à la passion qui l’animait. C’est ce coeur, qui l’a toujours guidée, pour le meilleur et le pire, qui l’a aussi emportée.
 
Anne-Marie Lizin était peu taillée pour le consensus, la concertation ou toute autre forme de compromis. Elle le reconnaissait elle-même.  Première femme belge présidente du Sénat, grande admiratrice de la papesse du féminisme Simone de Beauvoir, elle a mis tout son talent au service du deuxième sexe. Elle a notamment écrit la loi qui pénalise les violences entre conjoints. Forte de ses relations privilégiées (son carnet d’adresses était dit-on envié jusque dans les couloirs de l’Onu), la First Lady de Huy avait ses entrées partout sur la scène internationale et n’avait pas de peine à rencontrer Yasser Arafat, le Dalaï Lama ou à plaider les droits des femmes en face de Mouammar Kadhafi.
 

« Mentir pour la bonne cause »

Pour obtenir ce qu’elle estimait juste elle était prête à tout. Et parfois à trop. Comme quand elle a plusieurs fois violé le principe de séparation des pouvoirs en écrivant personnellement à un juge pour défendre un dossier dont il avait la charge. Ou quand, début 1986, elle s’était rendue en Algérie pour tenter de récupérer un enfant kidnappé par son père. Pour l’occasion, elle avait demandé à son administration communale de lui confectionner de faux passeports. Il y a quelques années, elle avait avoué à Télé Moustique qu’elle pourrait mentir pour la bonne cause.
 
Ces procédés bien personnels ont valu de nombreuses critiques. Quand, après 23 ans de règne sans partage (majorité absolue) sur Huy, Lizin est contrainte, à la suite des élections communales de 2006, de composer avec le MR, les langues se délient: colères homériques, clientélisme, détournement de personnel, outrages publics… À Huy, le classique clivage gauche/droite a vu ses frontières glisser au profit d’un autre type de débat: pour ou contre Anne-Marie Lizin. Il y a ses supporters inconditionnels, qu’elle a parfois personnellement aidés. Car, témoignait-elle, « c’est ça qui force l’adhésion. Je reçois encore des cartes de vœux de gens que j’ai aidés une fois, il y a 25 ans, et dont la vie a basculé positivement. Entendez-moi bien, les volets institutionnels m’intéressent, mais j’ai besoin de dossiers humains. »
 

La chute

Les critiques à son encontre proviennent autant d’adversaires que du PS, son propre camp. Et c’est bien Micheline Toussaint, échevine PS de l’Enseignement et ancienne amie, qui fut traitée de « sale pute » (elle se serait aussi fendu d’un « nazie » envers une parlementaire germanophone) pour avoir révélé à la presse qu’en 2006, des employés communaux avaient battu la campagne électorale pendant leurs heures de bureau pour coller des affiches. Cela lui vaudra en 2012, une condamnation à un an de prison avec sursis, 1.000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité, confirmée en appel en mars dernier. C’est finalement la mention de son nom dans une affaire de détournements et d’abus de biens sociaux au CHR de Huy qui lui vaudra une exclusion du PS en 2009. Lizin, souffrant déjà de problèmes cardiaques, démissionne de son mayorat pour être remplacée par… Micheline Toussaint.

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