Stupéfiant Sicario!

Le réalisateur canadien Denis Villeneuve dissèque l’impuissance des institutions face aux narcotrafiquants dans  un thriller ambitieux, immersif et addictif

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En quelques films (Un 32 août sur Terre, Maelström, Polytechnique, Incendies, Prisoners, Enemy…), Denis Villeneuve s’est imposé comme un véritable esthète du nouveau cinéma d’auteur mondial, doublé d’un metteur en scène à la patte artistique indéniable. Si le réalisateur canadien a su se démarquer, c’est avant tout par ses figures redondantes (appétence pour les personnages ambigus, bourrés d’angoisses et de peurs), ses thèmes récurrents (la religion, la dualité, la violence), le tout articulé autour d’un propos (consistant généralement en un regard assez critique sur la vulnérabilité de l’Amérique). Et on retrouve donc logiquement toute la panoplie dans Sicario.

La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate (Emily Blunt tout en muscles et les joues creuses), une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre! Après un début cash, particulièrement sombre, macabre et efficace, Sicario s’oriente vers un suspense cocotte-minute, avec une tension lancinante transpercée de quelques éclats de violence.

« Ce qui faisait le charme de la zone frontalière, la rencontre et le mélange des cultures, a complètement disparu. J’ai réalisé que le Mexique, ce pays où l’on pouvait se rendre tranquillement en voiture il y a encore quelques années, n’existe plus aujourd’hui. C’est devenu un endroit sans foi ni loi. Il n’existait aucun film sur la manière dont la vie a changé dans le nord du Mexique, sur la façon dont la drogue et la corruption gouvernent tout, et sur l’évolution des cartels qui sont devenus des groupes militarisés. Personne ne parle de cela, ni de la façon dont la grosse machine qu’est le gouvernement américain traite ces problèmes qui débordent de son côté de la frontière », pointe le réalisateur Denis Villeneuve.

Mais le réalisateur canadien n’a pas seulement cherché à révéler l’interaction controversée des États-Unis dans l’inextricable guérilla que se livrent les cartels. C’est pourquoi un deuxième degré de lecture est nécessaire afin de saisir complètement les raisons de notre emballement. Il faut en fait aussi comprendre que cette histoire haletante sert également de toile de fond pour sonder les tréfonds obscurs de l’âme humaine. Filmé d’une main de maître, le tableau final apparaît saisissant et d’une intensité rare d’un bout à l’autre. Mieux: certains passages, portés par une atmosphère aussi dense que celles de Se7en et Mulholland Drive, sont probablement ce que l’on a vu de plus percutant depuis longtemps.

> SICARIO, réalisé par Denis Villeneuve. Avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin – 122’.

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