Pourquoi van Ypersele refuse de débattre avec des climato-sceptiques

Le climatologue de l'UCL, ancien vice-président du GIEC, les appelle les "semeurs de confusion" et rejette tout débat public avec eux. Ses explications.

Pourquoi van Ypersele refuse de débattre avec des climato-sceptiques

Il y a un mois, sur le plateau du « Grand décryptage » (i-Télé), François Gemenne, professeur de géopolitique du changement climatique à Science po Paris et à l’ULB s’est fâché tout rouge. Lui que l’on connaissait calme et posé en débat, même devant les pontes du FN français (concernant les migrations, son autre spécialité), a perdu son sang-froid face à Serge Galam, physicien français, qui remettait en cause la responsabilité humaine du réchauffement climatique. « Il faut que vous vous rendiez compte de la débilité et de la stupidité monstrueuse de vos propos, a-t-il hurlé. C’est quand même incroyable, en 2015, de sortir encore des propos comme ça. Comment osez-vous? » Puis s’adressant au journaliste: « Et vous, Olivier Galzi, comment invitez-vous encore des climato-sceptiques sur votre antenne? Qu’est-ce qui vous passe par la tête? » Un coup de sang qui n’avait rien du clash orchestré et consentant auquel nous ont habitué les médias. On sent que sa colère est sincère.  

Des discussions stériles

Est-ce pour éviter de sortir lui aussi de ses gonds que Jean-Pascal van Ypersele, le professeur de climatologie de l’UCL qui vient de passer à deux doigts de la présidence du GIEC (Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat), refuse de débattre publiquement avec des climato-sceptiques? Dans son livre « Une vie au coeur des turbulences climatiques » (De Boeck, 2015), il explique la réflexion qui l’a mené à refuser, en 2013, de débattre sur le plateau de la RTBF avec Istvan Marko, prof de chimie à l’UCL et auteur d’un ouvrage climato-sceptique « Climat, 15 vérités qui dérangent » (Texquis Essais, 2013).  « Je suis arrivé à la conclusion que ces discussions sont stériles », écrit « van Yp » dans son livre d’entretien. Pire: donner de la visibilité à cette minorité de « semeur de confusion climatique », comme il les appelle, serait selon lui « contre-productif ».
 
Est-ce à dire que celui qui reprend volontiers l’expression de son confrère et ami américain Stephen Schneider « défendre le climat est un sport de combat », refuse le débat? Oui. Car pour le vice-Président du GIEC, sur la réalité du changement climatique et sur son origine humaine, il n’y a plus débat. « On ne peut pas donner au public l’impression qu’on peut débattre du climat comme s’il s’agissait d’une opinion ou d’une croyance. » Il ajoute que les climato-sceptiques sont rares et en quelque sorte, surexposés par les médias qui « se nourrissent de la controverse ».
 
En France, plus qu’en Belgique, des climato-sceptiques sont encore (même si c’est moins vrai qu’avant) régulièrement invités face aux experts du climat. Comme Olivier Galzi, ils estiment que des avis contradictoires doivent être confrontés pour un débat démocratique. Jean-Pascal estime qu’il s’agit là de débats « faussement objectifs ». Car, sans même parler de ceux qui (surtout dans le monde anglo-saxon) sont directement rémunérés par les lobbies des combustibles fossiles, le contradicteur n’est pas forcément un scientifique. S’il l’est, il n’a pas travaillé dans le domaine ou encore son travail n’a pas été validé par ses pairs spécialistes. « C’est un peu comme si vous tentiez au nom de l’objectivité, de faire débattre sur un même pied un représentant de la communauté des scientifiques géographes et un partisan de l’idée que la Terre est plate », résume Jean-Pascal van Ypersele.

 
Retrouvez le portrait de Jean-Pascal van Ypersele dans Moustique du 14/10.
 

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