Sophie encore plus Grande

La chanteuse évoque Hanoï, une dissidente russe, le tsunami japonais et son ultra moderne solitude sur un septième album lumineux. On adore.

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« Ma vie ressemble à la météo« , chante La Grande Sophie sur son septième album. Et le temps est plutôt au beau fixe pour la chanteuse française. Trois ans après les ambiances claires-obscures de « La Place du Fantôme » qui lui ont valu une Victoire de la Musique dans la catégorie, suprême pour une auteure-compositrice, d' »Album de l’année », Sophie Huriaux enrichit sa palette et s’ouvre au monde extérieur sur « Nos Histoires« . « J’ai donné le dernier concert de ma tournée au Vietnam et je suis tombée sur le charme de ses habitants« , se souvient-elle. « J‘y ai vu une forme inédite pour moi de pureté, de force et de naïveté qui m’a emballée. Lorsque je suis rentrée à Paris, il pleuvait, j’avais le cafard, j’étais chamboulée et j’ai écrit Hanoï, une chanson qui a servi de déclencheur au disque. Sur « La Place du Fantôme », j’intériorisais beaucoup. Ici, j’ai voulu aller vers les autres.« 

Traversée d’une guitare sèche, d’une roucoulade de piano et d’un doux parfum de mélancolie, Hanoï n’est pas seulement le titre le plus poignant de cet album. C’est aussi la plus belle chanson en français qu’on ait entendue cette année. Mais « Nos Histoires » abrite d’autres réjouissances. D’autres belles rencontres. D’autres voyages. Sur le piano/voix Tu dors, La Grande Sophie invite Jeanne Cherhal. Après l’Asie du sud-est d’Hanoï, elle nous emmène dans la Russie stalinienne à la découverte d’une pianiste dissidente (Maria Yudina) et repart sur les côtes japonaises pour évoquer l’amour ultime sur le très joli Depuis le 11 mars, jour anniversaire du tsunami qui a frappé le pays du Soleil Levant en 2011. Il y a aussi le chant du cygne des Lacs artificiels (une belle chanson pour le rappel de ses concerts) et Je n’ai rien vu venir qui sonne comme un écho aux romans de son amie écrivain Delphine De Vigan.

La Grande Sophie parle des autres mais elle revient aussi sur ses bobos de femme moderne et parfois solitaire.  Entre portes qui claquent, rencontre sans lendemain (« Pourquoi on s’est dit tu, de toute façon on ne se reverra plus« ) et des doutes « tellement omniprésents » qu’elle a dû en faire une chanson, l’artiste rappelle sa fragilité et donc sa sincérité. Mélodiste inspirée d’une chanson française de qualité, La Grande Sophie est aussi une rockeuse qui sait manier la guitare électrique (Ma Colère) et pondre une mélodie pop sixties digne des premiers EP de Françoise Hardy (La maison des doutes). Et si sa vie joue au yo-yo comme la météo, sa discographie, elle, ressemble à un sans faute. « Je suis fière de mon parcours. J’ai commencé dans les cafés-concerts avec ma guitare et ma grosse caisse. Le public, je suis allée le chercher progressivement, à mon rythme. Tout n’est pas arrivé d’un seul coup. Et aujourd’hui, j’apprécie la petite place que j’occupe ». La grande place, Sophie. La grande place…

> NOS HISTOIRES, La Grande Sophie, Universal. En concert le 28/1 à l’Ancienne Belgique.

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