Le livre des morts-vivants

Les Walking Dead reviennent la nuit du 11 octobre pour une 6ème saison. Malgré certaines libertés, la série adaptée des comics de Kirkman fait toujours saliver

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De quoi se souviendra-t-on quand on repensera à The Walking Dead dans dix ans? Difficile de répondre, tant cette série d’AMC adaptée des comics books de Robert Kirkman a détricoté nos habitudes en matière de série TV. Héros en déroute, morts à gogo, scénario instable, séquences ultra-gores et drames intimes, un mélange qui tient en amour ses fans, selon une technique connue par tout bon séducteur: souffler le chaud et le froid. « Mais non, relax, le bébé de Rick ne va pas mourir… Par contre sa femme va se faire éviscérer dans un coin sombre. » Bienvenue dans l’ère de la survie, un monde post-apocalyptique où le mal règne en trame de fond, plus chez les morts que chez les vivants. Ambiance.

Une recette qui installe The Walking Dead et ses zombies dans le top des séries les plus populaires du monde. Exemple flagrant: le final de la cinquième saison a rameuté pas moins de 20 millions de téléspectateurs, replay compris, sur le seul sol américain. Un record, la passion est intacte. Un cocktail de corps mouvants en putréfaction et de survivants coriaces qui exalte des milliers de fans, qui spéculent, organisent des conventions et se déguisent lors de « Zombie Pride » chaque année, pour patienter entre les saisons. Attendre la suite des aventures de Rick Grimes et sa bande est éprouvant pour tous les aficionados, leur faim tenace d’air vicié et d’images sanguinolentes semble insatiable. Pour tenter d’en savoir plus, les puristes ont même tenté de voler des informations sur la sixième saison en envoyant des drones espions sur le tournage. On n’arrête pas le progrès.

Au lieu de voler quelques pauvres images, sachant que les B.D. de Kirkman nées en 2003 ont quelques années d’avance sur le scénario de sa déclinaison télé, n’aurait-il pas été plus simple de se procurer les bouquins? La question est légitime. Seulement comme nous l’explique Julien, fan inconditionnel de la saga littéraire, The Walking Dead a pris quelques libertés par rapport au récit initial. « La série souffre de lenteurs inexistantes dans le comic, on s’y ennuie souvent, le rythme est bien moins soutenu. » Il argumente « La saison 2 par exemple, où les survivants campent dans une ferme à la recherche d’une fillette disparue dans les bois, ne dure qu’un seul tome chez Kirkman. Et en plus, dans les bouquins, on la retrouve vivante, alors qu’elle est morte dans la série. » Tout ça pour rien. Une saison qui aura provoqué un tollé au coeur de la fanbase des comics books. Entendue par AMC, la chaîne-mère des zombies, cette vague de protestation aurait même mené à l’éviction de Frank Darabont, réalisateur de renom et initiateur du projet.

Paf, les chocapics!

Comme dans le cas de Game of Thrones, quand adaptation il y a, l’éternelle question de savoir s’il faut rester fidèle à l’oeuvre originale ou s’en éloigner pour offrir plus de suspense divise. Pour ne pas trop brusquer les fans, The Walking Dead opte pour une formule mixte. Un peu de nouveau, un peu d’ancien: et paf, ça fait des Chocapics… Euh, non, des morts-vivants. De quoi se libérer un poil des contraintes d’un terreau narratif extrêmement riche. Quitte à gommer quelques ingrédients. « La série télé paraît déjà gore, comme ça, mais les comics se situent bien plus haut dans l’échelle du trash », complète Julien. « Des aspérités qui ajoutent au suspense de la saga, que l’on ne retrouve plus du tout à la télé, comme le viol et le suicide. Comme si c’était tabou. » Et pourtant, ce qui intéresse dans Walking Dead en version télé, loin devant les bouts de corps qui avancent de travers en rugissant, c’est surtout l’interaction du groupe de survivants. Leur capacité à se réinventer, au fil des saisons, passant d’humains civilisés à mercenaires sanguinaires, d’imaginer les pires horreurs pour s’offrir quelques minutes de vie en plus dans un dédale bouleversant de panique, de lucidité et d’esprit de sacrifice. Impossible, dans ce cas de figure, de ne pas se poser la question: et nous, téléspectateur, on serait capable de quoi pour survivre?

« Cette réserve face au suicide de Carol, par exemple, qui se jette d’elle-même aux morts-vivants dans les livres alors qu’on la montre comme une tueuse sanguinaire dans la série, pose des limites », ajoute Julien. « Cela réduit le champ du développement psychologique des personnages qui peuvent se montrer faibles, aussi. Plus brisés qu’on ne le croit, d’un autre côté, par d’autres formes de violence comme le viol que subit Michonne, la samouraï, qui est complètement occulté à la télé. »

Même schéma, du côté de Rick, qui n’a plus qu’une seule main dans les comics, alors que son fils survit après s’être pris une balle dans la tête et que l’un des grands méchants, Le Gouverneur, s’affiche bien pire en dessin. Edulcorant un brin le fait que dans The Walking Dead, c’est bien de l’homme dont il faut se méfier.

Un fil rouge que l’on retrouve – heureusement – lors d’une cinquième saison forte en pourritures. Un retour vers les racines noueuses de la série avec l’arrivée d’un nouveau Grand Méchant loup, vu le nombre de zombies marqués du W de Wolf que l’on a entraperçus jusqu’ici. Ceci dit, soyez prévenus: le créateur de la saga, Robert Kirkman, a annoncé que la sixième saison allait encore un peu différer de ses livres. Quitte à ajouter, encore de nouveaux personnages, comme Daryl qui n’existe pas dans la B.D.? Dans ce cas là, on ne peut pas parler d’infidélité envers le comic book. Comme aime à le rappeler Kirkman, il s’agit plutôt d’améliorations, qui ne déforcent en rien la morale de son histoire de zombies: « Profitez du moment présent ». On vous jure.

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