Les pharmacies changent de mains…

Moins de marges bénéficiaires, plus de concurrence de la part des chaînes et des "supermarchés du médicament"… De nombreux pharmaciens de quartier raccrochent leur blouse blanche

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Le taux de pharmacie par Belge (une pour 2.200 habitants) reste l’un des plus élevées d’Europe. Mais on observe une baisse constante du nombre d’officines depuis 1999. Pourquoi?

La tendance

Par le passé, un pharmacien gagnait généralement bien sa vie. Aujourd’hui, les marges sur les ventes de médicaments et d’autres produits ont fortement baissé. Comme pour de nombreux indépendants, les charges et les obligations des pharmaciens envers leurs clients se sont, elles, accrues. Il y a aussi la concurrence avec les grands réseaux de pharmacies, comme Multipharma (254 enseignes en Belgique) ou Lloydspharma (95 établissements), par exemple. En achetant d’énormes quantités aux fournisseurs, ceux-ci bénéficient de ristournes imbattables, ce qui fait baisser le prix de vente final. Ces « géants » passent également plus facilement des accords avec des maisons de repos ou des hôpitaux, ce qui rapporte beaucoup. Le chiffre d’affaires de Multipharma s’élevait à 380 millions d’euros en 2013, pour un bénéfice de plus de 6 millions. Ces « chaînes » rachètent aussi régulièrement le numéro d’entreprise de pharmaciens indépendants, quitte à transformer complètement l’enseigne, voire à la déplacer vers des artères plus passantes.

Autres nouveaux acteurs importants dans le secteur, les « supermarchés » de médicaments, comme Médi-Market (Gosselies et Rocourt), divisés en deux espaces, pharmacie et « parapharmacie », chacune ayant son entrée propre (pour respecter la législation belge), mais communiquant entre elles. Les clients adhèrent au principe: ce mois-ci, deux nouveaux Médi-Market ouvriront à Evere et Waterloo… D’ici 2020, la chaîne espère compter 20 magasins en Belgique.

Quel impact pour le client?

L’avantage de ces « géants » de la pharmacie, ce sont les prix plus bas et une offre plus large. Ce n’est pas négligeable quand on sait que chaque Belge achète en moyenne 28 produits de santé par an pour un montant de 490 € (dont la plus grande partie est remboursée). L’inconvénient, c’est que les (assistants) pharmaciens y sont des employés qui « défilent », servent à la chaîne des centaines de clients et ne peuvent pas proposer un suivi personnalisé à chacun. Or c’est bien celui-ci qui permet par exemple à Denis, pharmacien indépendant de 58 ans, de demander à une de ses clientes, venue avec une prescription pour du Dafalgan Codéine, si elle allaite toujours le bébé qu’elle promène dans sa poussette. Oui, répond–t-elle. « Vous auriez dûle dire àvotre médecin. La codéine passe dans le lait maternel et peut provoquer de l’hypotonie (diminution du tonus musculaire – ndlr) ou des pauses respiratoires chez les nourrissons! »

Retrouvez notre reportage « Pharmaciens de quartier, la disparition silencieuse » dans Moustique.

 

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