Non, Nadine, t’es pas toute seule !

En France ou en Belgique, à gauche ou à droite, ils sont nombreux à avoir dérapé, comme Nadine Morano, sur la notion de race.

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Samedi 26 septembre, Nadine Morano, eurodéputée du parti (de droite) Les Républicains (ex-UMP) crée la polémique sur le plateau d’On n’est pas couché: « Nous sommes un pays judéo-chrétien. Le général de Gaulle le disait, de race blanche, qui accueille des personnes étrangères. J’ai envie que la France reste la France et je n’ai pas envie que la France devienne musulmane. » Polémique, scandale, et tout et tout. Lâchée par la direction de son parti, qui lui a rappellé que « La République française ne fonctionne pas sur les bases idéologiques de l’apartheid », l’ancienne chienne de garde du sarkozisme, a refusé de revenir sur ses propos. Moralité: elle sera évincée de la liste des élections régionales où elle devait figurer en Meurthe-et-Moselle. Son seul soutien dans l’affaire: Jean-Marie Le Pen, infréquentable même au FN, qui s’est ingénié à rappeler que l’ancienne ministre ne faisait qu’énoncer « une évidence historique multiséculaire ».

Propos d’extrême droite ou de droite extrême? Pas sûr que le débat se concentre uniquement à cet endroit précis du spectre politique. Chez nos voisins comme chez nous, ils sont en effet plusieurs élus, parfois censés défendre des valeurs bien plus à gauche, à avoir dérapé sur cette pente dangereuse qui mène de la définition identitaire à la dérive sectaire:

En France.

Nadine Morano, en 2012 déjà: « Moi, raciste? J’adore le couscous, et les bricks à l’œuf. »

En décembre 2013, Luc Jousse, maire UMP de Roquebrune-sur-Argens (Var), déclare après l’incendie d’une caravane habitée par des Roms: « Ce qui est presque dommage, c’est qu’on ait appelé trop tôt les secours». Quelques mois plus tôt, Le maire UDI (centre-droit) de Cholet Gilles Bourdouleix dit de ces mêmes gens du voyage que « Hitler n’en a peut-être pas tué assez ».

En février 2012, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur: « Toutes les civilisations ne se valent pas. »

En mars 2010, le sénateur UMP Gérard Longuet s’oppose à la nomination de Malek Boutih à la tête de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations. « Il vaut mieux que ce soit quelqu’un issu du corps français traditionnel. »

En 2009, Manuel Valls, actuel Premier ministre et maire d’Évry à l’époque, s’inquiète de l’image renvoyée par sa ville dans un reportage télé. À un collaborateur, il glisse: « Tu me mets quelques Blancs, quelques white, quelques blancos. »

En Belgique.

Sur Facebook, début septembre, Freddy Delvaux, conseiller communal PS de Sambreville, affiche sur fond de drapeau belge: « Protéger son pays d’une invasion n’est pas du racisme ni de la xénophobie mais du patriotisme ».

Récemment, Serge Reynders, conseiller CPAS à Saint-Nicolas, partageait sur Facebook des commentaires du genre: « Les migrants ne paieront pas vos retraites, mais vous allez payer leur chômage, leur logement et leurs mosquées ». Il refusera de revenir sur ses propos et sera exclu du parti.

En juillet dernier, le sénateur MR Alain Destexhe s’offusque d’un reportage de la RTBF sur la fête nationale: « Ah là là, la SEULE personne interrogée par la RTBF dans le cadre de la fête nationale est une femme voilée, qui dit du bien de la Belgique. On vit dans un pays magnifique, pas du tout politiquement correct! C’est un peu comme si lors de la fête nationale congolaise on interviewait un blanc et un seul. » Le libéral est par ailleurs coutumier de certains dérapages. En janvier 2012, après la fermeture de la station de prémétro Horta pour cause de vandalisme, toujours sur Facebook, Alain Destexhe adresse à une autre élue MR: « Marion, tes amis norvégiens ont encore frappé. » Le terme « Norvégiens » désignant, ici, des personnes d’origine nord-africaine. En ces deux occasions, Alain Destexhe a été recadré par les autorités de son parti.

En 2005, la socialiste Anne-Marie Lizin est interviewée sur sa visite récente à Guantanamo. Évoquant deux Belges qui y sont détenus, elle parle de « Belges entre guillemets ».

Petit rappel utile.

C’est la génétique qui le dit: il n’y a pas de gène noir, jaune ou blanc. On ne les a en fait jamais trouvés, puisque le répertoire de gènes est le même pour toute l’humanité. Il n’y a donc qu’une seule race, l’humaine. Cela s’explique par les incessants brassages de populations au cours de l’histoire de l’humanité. Plus aucun groupe ne peut se revendiquer comme « pur ». Oui, migrations et autres mouvements de populations ont finalement rendu le concept de race tout simplement inapplicable. Ce qui explique sans doute pourquoi les racistes n’aiment pas les migrants… 

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