Shell, viré comme un malpropre

Le géant pétrolier vient de prendre deux claques. Et si quelque chose était en train de se passer dans la lutte contre le réchauffement climatique?

isopix_22227398-001

 

On n’a jamais vraiment compris pourquoi ils y étaient. Maintenant on sait pourquoi ils n’y sont plus. Le géant pétrolier Shell vient de se faire proprement éjecter du Corporate leaders Group chapeauté par le prince Charles, un club d’entreprises – et non des moindres puisqu’on y trouve Unilever – engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. En cause: l’écart constant entre les actes et les discours du géant, qui pendant qu’il dit s’engager dans la réduction d’émissions de CO2, s’entiche de forer de nouveaux puits en Arctique.

Et encore, sur ce dernier point, Shell vient d’enregistrer une autre déconvenue. Récemment, le groupe a indiqué qu’il renonçait à exploiter des gisements dans le grand nord alaskien, qu’il prospectait depuis près d’une décennie, et pour lesquels il a déjà dépensé 7 milliards de dollars. Les environnementalistes, dont Greenpeace qui s’est férocement opposée au forage de l’Arctique dans ses campagnes, ont évidemment interprété cette annonce comme une victoire. Mais ce sont plutôt les aléas du marché de l’énergie qui ont eu raison des ambitions de Shell. Les prix du pétrole ayant spectaculairement baissé ces dernières années, et les compagnies pétrolières générant donc moins de revenus, risquer des fortunes dans des forages aventureux est devenu trop risqué. L’Arctique est donc sauvé, mais seulement temporairement. Le temps que les prix du pétrole, et les bénéfices de Shell, remontent.

À moins qu’entretremps les compagnies pétrolières ne soient réellement contraintes de changer de modèle. Comment? Le défi est gigantesque et on ne pourra vraisemblablement pas compter sur leur coopération. Car sur le plan strictement économique, Shell ou d’autres géants de l’or noir n’ont objectivement aucun intérêt à s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les décennies de réserves de pétrole dont ils disposent encore ne les encourageront pas à se redéployer vers les énergies renouvelables. C’est donc, aux gouvernements d’agir. Ou, mieux encore, aux puissances de l’argent. Utopique? Pas nécessairement. Il y a quelques mois, le gigantesque fonds souverain norvégien, soit le plus fourni au monde, a décidé qu’il ne consacrerait plus aucun euro, sur les 793 milliards dont il dispose, à des investissements concernant des projets ou des entreprises reposant trop largement sur le charbon. Pourquoi ne pas réserver le même traitement aux compagnies pétrolières?

 

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité