Du gaz radioactif dans votre maison?

On n'en parle jamais. Pourtant, en Belgique, le radon tue autant que les accidents de la route.

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Venu du sous-sol, le radon est un gaz radioactif naturel et résulte de la désintégration de l’uranium et du thorium. Très tôt, des soupçons ont conduit à le mettre en cause dans la prévalence de cancers bronchiques: « L’OMS a confirmé en 2005 son caractère dangereux, explique le docteur Alain Nicolas du service Santé & Social de la Province de Liège. On considère qu’il pourrait être responsable de 6 à 15% de ce type de cancers, juste derrière le tabac. »

Vous voulez dire qu’il y a un gaz radioactif en Belgique et qu’il tue?

Alain Nicolas – Oui. Et les experts estiment à près de 700 par an le nombre de ses victimes. Le risque d’attraper un cancer augmente linéairement de 16% par concentrations de 100 becquerels par mètre cube (bq/m3 – l’unité de mesure de la radioactivité).

Mais il se trouve où ce gaz?

A.N. – La terre baigne dans un climat radioactif. À chaque instant vous respirez du radon presque partout en Belgique mais ça ne pose pas de problème tant que les concentrations ne dépassent pas un certain seuil. Le radon se forme en sous-sol et remonte à la surface naturellement. Il peut rentrer dans votre maison par une fissure dans votre cave, une dalle poreuse au garage ou le passage d’un tuyau. Et s’il trouve une pièce fermée d’où il ne peut s’échapper, là il peut y avoir concentration et donc risque. D’ailleurs, c’est de plus en plus le cas car les maisons sont de plus en plus isolées mais la ventilation adéquate ne suit pas toujours.

Et ce risque est donc présent partout dans le pays?

A.N. – Oui, mais les risques se concentrent quand-même principalement au sud du sillon Sambre et Meuse, surtout en Ardenne. Mais pas de panique, chaque situation est différente, chaque maison est différente. C’est du cas par cas.

Que faut-il faire alors?

A.N. – Informer et dépister. La mesure du radon n’est pas compliquée et ne coûte vraiment pas cher (à peu près 30 €). Le temps de mesure est assez long (2 à 3 mois) car les concentrations dans la maison peuvent varier d’un jour à l’autre. Si vous atteignez des valeurs de 100 et parfois 800 bq/m3, il faudra agir parce que l’OMS considère qu’il y a un risque pour la santé. Mais la plupart du temps, la solution reste très simple.

Vous en rencontrez souvent des habitations qui dépassent cette limite?

A.N. – J’ai déjà contrôlé des maisons où il y avait 17.000 bq/m3 dans la cave et 13.000 dans le salon. Or, on considère une habitation comme insalubre à partir de 800… Parfois, c’est vraiment juste la faute à pas de chance. Il suffit que la maison soit positionnée pile sur une cheminée naturelle qui permet au gaz de monter à la surface en un petit point précis et vous vous prenez tout alors que les voisins n’ont rien.

Pourquoi n’en parle-t-on pas plus si le radon tue 700 personnes par an?

A.N. – Franchement, je me pose souvent la question. Peut-être parce que c’est un ennemi invisible qui ne provoque aucun inconfort comme peut le faire l’humidité ou le froid. La route, à titre de comparaison, tue, en moyenne, 800 personnes par an. Donc nous parlons du même ordre de grandeur alors qu’on dépense des millions chaque année pour des campagnes publicitaires de sécurité routière. Je serais déjà content s’ils ne faisaient que mentionner le radon dans le prochain code de l’aménagement du territoire wallon (le CWATUPE). De plus, contrairement à la circulation automobile, il n’y a strictement aucun intérêt à traîner les pieds vu que le radon ne comporte aucun avantage.

C’est trop cher peut-être?

A.N. – Pas du tout. Vous passez le plus clair de votre temps entre vos quatre murs. Si vous voulez construire une nouvelle habitation et donc dépenser des centaines de milliers d’euros, il ne vous en coûtera que 30 euros pour détecter s’il y a présence de radon et, si c’est le cas, 300 euros supplémentaires pour mettre une bâche anti-radon avant de construire. On met bien une couche anti-humidité alors pourquoi ne pas l’ajouter automatiquement? Non, ce n’est pas une question d’argent. D’ailleurs, selon moi, ça devrait justement plutôt devenir un argument de vente pour les entrepreneurs et les architectes. Ils devraient tous y penser vu le faible prix. Franchement, si vous croisez un architecte qui n’a jamais entendu parler du radon, fuyez!

Retrouvez le dossier Pollution: l’air du cancer dans Moustique.

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