The Knick Saison 1

Dernière création télé de Steven Soderbergh, la sombre et envoûtante série The Knick explore les débuts de la chirurgie moderne.

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Avec son arrogance, son ambition narcissique et son foutu caractère, le ténébreux docteur John Thackery affiche un petit air de docteur House. Mais un bon siècle plus tôt. Fraîchement nommé à la tête du service de chirurgie de l’hôpital new-yorkais Knickerbocker, ce charismatique roi du scalpel joue – et ça le réjouit – les pionniers d’une discipline médicale balbutiante mais en plein essor, à une époque (nous sommes en 1900) où les antibiotiques n’existent pas. Pour entrer de plain-pied dans le siècle qui s’annonce, il faut défricher, expérimenter. Et lorsqu’il ne découpe pas ses patients, c’est sur de malheureux porcs ou des cadavres payés au prix fort que Thackery s’exerce, lancé dans un combat acharné contre la mort.

Filmer l’aube de la chirurgie, voilà l’idée-force de cette série choc signée Steven Soderbergh, qui fait le choix des gros plans sur des opérations sanglantes – et là, c’est plutôt à Nip/Tuck que l’on songe. Mais The Knick est bien plus qu’une série médicale. Au travers de la vie de cet hôpital en grande difficulté financière, le réalisateur de Traffic et de Ma vie avec Liberace plonge dans la société américaine du début du XXe siècle, entre beaux quartiers et bas-fonds poisseux, entre innovations technologiques et violence d’un quotidien marqué par la corruption et les discriminations. Cocaïnomane et opiomane, Thackery se révèle également raciste lorsqu’il se voit imposer un adjoint formé à Harvard et en Europe, brillante recrue mais trop noire dans cet hôpital pour Blancs. Mis au rebut, Algernon Edwards se trouve contraint d’exercer son métier officieusement, dans les sous-sols du bâtiment où se succèdent discrètement ceux que Thackery ne soigne pas. Deux héros antinomiques qui devront bien, pourtant, apprendre à collaborer.

Tous réalisés par Soderbergh, les dix épisodes de cette première saison révèlent rapidement leur puissance narratrice, dégagée par une galerie de personnages denses, de l’audacieux Thackery (impeccable Clive Owen) au discret mais non moins bouillonnant Edwards (Andre Holland, non moins épatant) en passant par Cornelia, la fille du principal donateur de l’hôpital, belle idéaliste aux idées progressistes. Magnifiquement mis en scène et en lumière, The Knick se déguste en outre au rythme d’une entêtante et anachronique bande-son électro imaginée par Cliff Martinez, ex-batteur des Red Hot Chili Peppers et compositeur régulier de Soderbergh (la musique de Solaris, c’est lui). Une réussite.

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