Parcours de migrants: l’odyssée de Walid

Walid vivait en enfer, en Syrie. Avant de le fuir, et d'inscrire son nom sur une fiche de demandeur d'asile en Belgique, il l'a filmé.

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Walid Obeed est né à Al Rastan, l’ancienne Aréthuse, une ville de la Province de Homs. Il souhaitait devenir professeur de littérature. Mais au nom de l’intérêt collectif, l’État syrien décida de faire de Walid un forgeron. Avant de le jeter en prison pendant onze ans parce que l’un de ses amis s’était rendu coupable d’espionnage pour Israël. En mars 2011, alors que la révolution éclate, la situation devient difficile pour la famille Obeed. Le gouvernement déménage les artisans de sa ville dans un « village artisanal » à la périphérie de la ville. À leurs frais. Walid ne dispose pas de cette somme. Il doit donc fermer boutique.

Tous les jours, comme tant d’autres Syriens, Walid manifeste pour exiger le départ de Bachar El Asad. « Pacifiquement et dans une totale unité: sunnites, chrétiens, chiites, alaouites, tout le monde. Après trois semaines, l’armée a disposée des mitrailleuses dans les rues et a tiré d’abord au dessus des têtes pour disperser les foules. Une semaine plus tard, elle tirait dans la foule. Puis les tanks sont venus. Et en mai 2011 eut lieu la première bataille d’Al Rastan. Une ville pas comme les autres, qui deviendra vite le cœur armé de la révolution contre Bachar El Assad, déclenchant le feu du régime.

Durant un an environ, le sort des armes est incertain. Al Rastan ne cesse d’un camp à l’autre. « En février 2012, la ville était aux mains du gouvernement de Bachar El Assad. Il y a eu une manifestation pacifique. Pendant quelques minutes, tout s’est déroulé dans un certain calme. Puis, des pièces d’artillerie ont investi la rue. Et ils ont tiré au canon dans la foule. J’ai vu 5 personnes littéralement exploser. J’ai déposé les drapeaux. Et j’ai pris une caméra. »

C’est que Walid n’est pas un forgeron comme les autres. Il parle anglais, français, est féru de littérature et de cinéma et a une vaste culture politique et historique. Avec un regard critique et professionnel, il se lance dans des reportages, des interviews, d’abord avec du matériel dépassé, puis, rapidement, Marcel, un journaliste allemand de passage lui fait cadeau d’une caméra 24 megapixel. Le voilà reporter de guerre. Ses images de Walib seront diffusées sur CNN, sur Al Jazeera, sur la BBC… Elles déclencheront d’ailleurs une enquête de l’ONU. Il devient rapidement une figure de la rébellion syrienne. Et, forcément, une cible.

Sa maison est une première fois visée par un missile. Qui coûtera la vie à son cousin et ses enfants. Manifestement pas par hasard. « Même si j’en changeais souvent, les endroits que j’occupais avec ma famille étaient rapidement bombardés. Il fallait mettre les enfants en sûreté. Et puis je ne supportais l’idée que des personnes puissent être tués ou blessés dans un endroit par le simple fait que j’y étais. Alors, on est parti, à quatre sur la moto. Direction la Turquie, escorté par des rebelles. Je leur ai dit qu’en cas de contact avec l’Armée gouvernementale, ils devaient me mettre une balle dans la tête. Je sais ce que c’est la prison en Syrie… La suite appartient à une histoire que découvrirez dans Moustique ce mercredi.

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