​Meryl Streep rocks

L’actrice multi-oscarisée revient en rockeuse en quête de rédemption familiale dans Ricki And The Flash. Plutôt authentique.

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Meryl Streep aura tout joué, les mères dignes et indignes, les dames de fer ou les grandes amoureuses, les grands mélos existentiels comme les comédies populaires. La voici sous les traits de Ricki Rendazzo, une femme qui a plaqué mari et enfants (désormais adultes) pour tracer la route avec sa guitare et son groupe de rock – qui donne son titre au film – Ricki And The Flash. Rattrapée par la dépression de sa fille plaquée par son mec (interprétée par la fraîche Mamie Gummer, la propre fille de Meryl Streep), la rockeuse va devoir quitter les bars coolos de Los Angeles pour faire face à son passé. Et accessoirement découvrir qu’elle est aussi amoureuse du joli guitariste qu’elle sadise allègrement sur scène tous les soirs.

Ultra-ficelé, le scénario tient autant de la comédie familiale grand public que du film musical soutenu. Et c’est ce qui nous a plu. Le film s’ouvre et se ferme sur deux très honorables scènes de concert live. Autour de Meryl Streep (qui chante et strike à la guitare pour de vrai), des musiciens aguerris: le rockeur australien Rick Springfield (également à l’œuvre en chirurgien esthétique dans True Detective saison 2) et les musiciens de Neil Young ou Parliament-Funkadelic. Déjà auteur d’un docu sur Neil Young et du génial Stop Making Sense sur le groupe new-yorkais The Talking Heads, le réalisateur Jonathan Demme a clairement tiré les scènes musicales vers l’authenticité. Et Meryl Streep dans tout ça? Affublée de bijoux à la Janis Joplin et maquillée comme une voiture volée, la star de 66 ans convainc plutôt en rockeuse sur le retour guettée par la ringardise, qui renouvelle son répertoire seventies à coup de Lady Gaga ou Pink. Et finit par retrouver amour et confiance en elle.

C’est là l’autre proposition du film: nous faire accéder au parcours d’une mère atypique. Face à un ex-mari coincé (très bon Kevin Kline – qui se retrouve en époux de Meryl plus de trente ans après Le choix de Sophie) affublé d’une nouvelle femme parfaite, la marginalité de Ricki se révélera finalement salvatrice pour ses grands enfants et permettra au père d’accepter l’homosexualité de l’un et de dédramatiser les échecs amoureux de l’autre (« un cœur, c’est comme un big mac, ça ne vieillit jamais », balance Ricki). Le scénario brasse large et anti-cliché sur le ton de la comédie de mœurs à l’américaine qui ose parler politique sur le ton de la blague – Ricki a beau être rockeuse, elle est anti-Obama et soutient les troupes en Irak (ayant elle-même perdu un frère au Viêtnam). Malgré le plaidoyer maternel féministe tablant sur une sorte de Mick Jagger au féminin qui aurait choisi sa carrière plutôt que ses enfants, le film ne cherche pourtant jamais à mettre à nu la brisure interne de la rockeuse. La vraie réussite de cette comédie rock reste de nous faire partager généreusement le pur plaisir de Meryl Streep sur scène. – J.G.

> RICKI AND THE FLASH, réalisé par Jonathan Demme. Avec Meryl Streep, Rick Springfield, Kevin Kline, Mamie Gummer – 102’.

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