L’été indien de Beach House

Le couple glamour de la dream pop combine douceur et élégance sur leur cinquième album.

 

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Fin d’une belle journée d’été. Le soleil jette ses derniers rayons sur Amsterdam. Dans les rues, les vélos filent le long des canaux qui mènent au rendez-vous de la soirée: l’hôtel où logent Victoria Legrand et Alex Scally. Couple à la vie et à la scène, ceux-là se sont passé la bague au doigt pour sceller le destin de Beach House. En quatre disques, le groupe américain est monté sur le trône de la dream pop, un genre se dandinant lascivement entre utopie et réalité, refrains hantés et chants sacrés. Avec le nouveau « Depression Cherry », Beach House retrouve ses fonctions élémentaires: le don de rêver sans fermer les yeux, la capacité de toucher les foules dans un registre ouaté et intimiste à souhait.

La formule est simple: un gars, une fille et des mélodies pour la vie. Cette fois, le duo tourne le dos à une certaine grandiloquence, une démesure qui menaçait dangereusement l’identité du groupe à l’heure du précédent album (« Bloom »). Emballé sous les contours rougeoyants d’une pochette en velours, « Depression Cherry » glisse sous les doigts et caresse l’oreille. « Le rouge est la couleur de l’amour. C’est aussi celle du sang, de la violence, détaille la chanteuse en tripotant ses longs cheveux noirs. Pour nous, ce visuel enferme des moments contradictoires, des instants tantôt empreints de douceur, parfois émaillés par la douleur. Cela dit, chacun est libre d’assortir ses sentiments au rouge de la pochette. L’album est d’ailleurs bourré d’images, de métaphores. » Entre envolées célestes (Levitation, Space Song) et harmonies lâchées dans la nature (Wildflower, Bluebird), les nouveaux morceaux se dévoilent tout en nuances. Sur « Depression Cherry », le bonheur se balade en compagnie de la mélancolie, l’espoir cohabite avec la fatalité et les idéaux d’un passé fantasmé côtoient le spectre d’un futur redouté. « Avec Beach House, on va toujours privilégier la spontanéité de l’instant. Le présent est précieux et terriblement fragile. Cependant, quand on écrit des chansons, il est impossible de se défaire du passé. Pour comprendre où l’on va et ne pas se répéter, il faut pouvoir se retourner, apprécier la distance, apprendre de certains événements et mettre des mots sur des sentiments. C’est ce processus qui nous permet d’avancer. » Toujours plus loin, toujours plus haut.

> DEPRESSION CHERRY, Beach House, Bella Union/[PIAS]. Le 3/11 à l’AB.

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