On a regardé le match “Les décodeurs” vs “C’est pas tous les jours dimanche”

Dimanche midi, c’était la révolution à l’heure du débat. La Une proposait un talk aéré et fluide. RTL-TVI, une émission décousue et flottante.

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On laissera à nos confrères de la RTBF et de RTL-TVI le temps de faire mûrir leur magazine respectif. Même si ces premiers numéros des “Décodeurs”et de “C’est pas tous les jours dimanche” ont joui de toutes les attentions et tous les réglages en amont, le résultat à l’antenne ce dimanche était encore un peu coincé, engoncé, timide et maladroit. C’est surtout vrai pour le talk conduit par Christophe Deborsu – “C’est pas tous les jours dimanches”. Transfuge de la RTBF, Deborsu a tendu une carte de visite qui manquait de rythme, une émission peu fuide construite sur un sommaire découssu avec des interventions vaseuses de chroniqueurs qui se faufilent mal à l’image.

Alors que “Les décodeurs” attaquent directement sur les sujets chauds autour de la crise des demandeurs d’asile, “C’est pas tous les jours dimanche” s’attarde sur un long moment de bavardage avec l’humoriste Nawell Madani et Didier Reynders (orange Casimir – la touche des maquilleuses RTL ajoutée à un fond de bronzage ramené d’on ne sait où). Michel Henrion tente de coincer Reynders sur ses lectures, Reynders réagit en recommandant “Le parfum” de Patrick Süskind (un roman de 1985 – toujours au taquet le gouvernement quand il s’agit parler de culture et plus particulièrement de l’actualité des livres si terne en ce mois de septembre), Alessandra d’Angelo (nouvelle tête) demande à Nawell Madani si elle est OK pour faire la Femen – le tout tombant plus ou moins à plat.

La Une aura déjà épuisé son deuxième sujet sur les réfugiés et passé au mouvement de mauvaise humeur des agriculteurs, mais RTL-TVI s’amuse des profs qui parlent mal – le parti pris étant le sourire. Et lorsque Deborsu aborde – toujours avec le sourire – la question qui a fait parler tous les Belges cette semaine, on se demande vraiment si le dossier des migrants mérite d’être introduit par un mini sondage où le journaliste se met en scène dans les rues de Braine-l’Alleud, trainant avec lui une boîte à roulettes contenant des petites boules rouges et des petites boules vertes: les premières pour dire qu’on est contre (les candidats réfugiés), les deuxièmes pour dire qu’on est pour. Ce sera comme ça pour tous les dossiers? Chaque semaine? Non, rien – je pose la question… Après le débat sur l’afflux des réfugiés, on aura encore droit à Yves de Jonghe d’Ardoye, interviewé pour son rôle (de Belge) dans le film “Camping 3”. Une interview où l’on apprendra qu’il ne portera pas de maillot “moule-bite”, qu’il chausse du 50 et que, jouer dans un film comme celui-là, c’est “pas du tout pour faire la gaudriole”. A bien y réfléchir, c’était la séquence la plus informative du lot… Vivement Rudy Demotte dans le prochain Lars von Trier.

Dans un décor plus spatial et mené par une équipe déjà rôdée à l’exercice dominical (Florence Hainaut, Baudoin Remy, Alain Gerlache et Pierre Kroll), “Les Décodeurs” ont fait imploser le format du débat à l’heure du poulet. Sur des sujets imposés par l’actualité et donc attendus (les réfugiés, les agriculteurs), la team de La Une cherche de nouvelles équations pas toujours révolutionnaires (une fois les invités debout, une fois les invités assis – OK, ouais…) mais propose des moments de respiration plus originaux et plus intéressants – l’interview de Nicolas Vadot (dessinateur de presse), le zapping, le débat des éditorialistes sur le cumul des mandats, le décryptage des images du web… Assurées par Florence Hainaut, les transitions entre les séquences manquent encore un peu de naturel – mais au fur et à mesure que l’émission avance, Hainaut se détend au point de conclure par un clin d’oeil amical qui a l’art d’emballer tout le bazar. Du sourire? De la légèreté? Du clin d’oeil? Du décalé? Ce fameux niveau cool de l’information que tout le monde cherche pour le moment, très difficile à réussir et super risqué à manipuler (il en faut assez sans en faire trop) et dont la balance, dans ce premier match RTBF/RTL-TVI, a plutôt penché du côté du service public. Rendez-vous dimanche prochain pour la suite…      

    

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