Voyage en rêve inconnu

Le Thaïlandais Weerasethakul n’en a pas fini de convoquer les esprits pour faire son (bon) cinéma.

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Plantons le décor. Une école abandonnée dans la province de Nisan accueille un hôpital de fortune. Dans une grande salle ouverte sur la nature, une vingtaine de lits alignés où reposent des militaires atteints d’un curieux mal qui les tient endormis. Jenjira, une vieille femme, se prend d’affection pour l’un des soldats auquel elle rend visite et prodigue des soins. Elle se lie également d’amitié avec Keng, jeune médium soupçonnée d’être un agent du FBI. Grâce à ses pouvoirs, elle assure la communication entre les hommes assoupis et leurs familles.

Voilà pour le fil conducteur de ce rêve éveillé dont Weerasethakul ne nous livre aucune clé d’interprétation. Et c’est tant mieux, car voilà du cinéma qui n’a pas peur de l’aventure. Bien sûr, il demande quelque effort. Le premier étant de s’affranchir de notre besoin très européen de comprendre… Filmé en lumière naturelle, ce conte initiatique, où s’accrochent les souvenirs d’enfance du cinéaste bouddhiste, emprunte des chemins de traverse d’une rare poésie. Cemetery Of Splendour étale ses plans, prend le temps, mais ne lâche jamais l’hypnose jubilatoire à laquelle il nous soumet. Par les lumières des tubes phosphorescents censés délivrer les soldats de leurs cauchemars, le bourdonnement incessant des ventilateurs, le cliquetis de l’eau, Weerasethakul nous maintient tels ses soldats dans la paume de ses rêves. Laissez-vous faire: ce voyage en terre inconnue, et sans GPS, agit comme une méditation formidablement apaisante sur notre monde tourmenté.

Réalisé par Apichatpong Weerasethakul. Avec Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi, Jarinpattra Rueangram – 122’.  

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