Beirut, beauté torturée

L'écorché vif Zach Condon ressuscité sur "No No No".

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Zach Condon, alias Beirut, va à peine mieux. Et très égoïstement, on a envie de dire tant mieux, sa musique n’en est que plus belle. Et de fait, si on fait abstraction des textes, les neuf chansons de « No No No », premier album de la formation américaine depuis « The Rip Tide » (2011), ont le don de nous mettre de bonne humeur avec leur mélancolie nonchalante, des notes d’un piano titubant, des rythmes balkaniques ensoleillés et toujours cette voix lunatique de Condon qui donne l’air de chanter à moitié endormi.

Enregistré en l’espace de deux semaines « lorsque le blizzard de l’hiver 2014 tétanisait toute la côte est américaine », « NO No No » oublie les laptops et les machines pro-tools qui gâchaient un peu notre plaisir sur « The Rip Tide » pour revenir à une pop folk mélodieuse. Génie torturé, Zach Condon rappelle au hasard de At Once, As Needed ou So Allowed qu’il n’a pas descendu un long fleuve tranquille ces deux dernières années. Une tournée mondiale interrompue en Australie pour raisons médicales (épuisement physique), un divorce, une dépression et toujours un énorme problème à recomposer les morceaux du puzzle une fois de retour dans son bercail de Santa Fe au Nouveau-Mexique… Ça fait beaucoup pour un seul homme qui avoue avoir « ramé pour retrouver l’envie de vivre et de faire la musique ». La bonne idée du disque, c’est qu’il bénéficie, bien plus que « The Ripe Tide », de la collaboration de son groupe qui ajoute orchestration subtile (trompettes, cordes, ukulélé) et finalement beaucoup d’optimisme. La rapidité avec laquelle ses concerts à l’Ancienne Belgique montrent que Beirut était attendu par son public et que la plage titulaire envoyée en éclaireur cet été à fait plus que titiller la curiosité.  Vous l’aurez compris, « No No No » est un de nos gros, gros, gros coups de cœur de cette rentrée. – L.L.

> « NO NO NO », 4AD. Les 14 et 15/9, Ancienne Belgique.

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