Pukkelpop 2015: le débrief de samedi

Le retour gagnant d'Evil Superstars, la confirmation Tame Impala, la college pop de Charli XCX, les grands espaces de The War On Drugs  et le soundtrack improbable de Condor Gruppe.

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Evil Superstars

Pour cette édition 30e anniversaire marquée de nostalgie (avec The Offspring, Linkin Park et autre Limp Bizkit), le Pukkelpop a réussi à convaincre la cultissime formation limbourgeoise Evil Superstars de se reformer  après son split de 98.  Depuis, Mauro Pawlowski et Tim Van Haemel se sont croisés régulièrement dans les festivals belges dans leurs nouvelles fonctions respectives (en vrac, dEUS, Magnus, Millionaire,…). Mais les voir ensemble, côte à côte,  pour rebooster les chansons d’Evil Superstars, c’est un plaisir qui ne se refuse pas. A admirer leur mine réjouie et la banane qui s’affichait également sur les bouilles des trois autres membres du groupe à la fin de leur prestation enflammée au Marquee ce samedi, on peut, du reste, parier sans le moindre risque que ces retrouvailles euphoriques n’en resteront pas là. Selon la rumeur, le groupe n’aurait pas souhaité trop répéter pour ce concert afin de privilégier la spontanéité et la magie de l’imprévu. De fait, sur les premiers titres, on sent que ça patauge un peu à l’arrière. Mais très vite la folie chaotique reprend ses droits et la températrure monte. Sur « Boogie-Children-R-Us » (1998),  sans doute l’un des dix meilleurs albums belges de tous les temps, les Superstars évoquaient  entre rage rock et hédonisme pré-dancefloor des nuits langoureuses, des draps humides, un brontosaure qui se faisait sodomiser ou une disco queen en chaleur.  Les images projetées en fond de décor au Pukkel rappellent que le combo est effectivement très branché sexe. Mais ça reste toujours très classe et sulfureux même si Mauro y va de son « Satan is in my ass ». Au final et pour faire court, on dira qu’Evil Superstars est le chaînon manquant entre TC Matic et Queens Of The Stone Age, qu’ils savent recréer ce qui n’est pas loin de ressembler à la musique du Diable (I’m on high, Dark side disco, B.A.B.Y) et sont capables de balancer des morceaux pop à l’évidence pop imparable (It’s a sad sad planet). Comme ils le chantent si bien, 1.000.000 Demons can’t be wrong… C’était tellement magique, que nous pensé quitter le festival après leur déluge de peur d’être déçu de tout ce qui allait suivre.

 

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Tame Impala

C’est complètement dingue! En trois albums,  cette formation australienne est passée du statut de groupe hippie complètement barjot à celui de leader grand public du courant revival psyché  dans lequel nous emportent aussi les Vismets,  le Hollandais Jacco Gardner, Temples, Moaning Cities ou encore MGMT. Dépourvu de guitares et planant à l’extrême, leur dernière livraison « Currents » a été personnellement notre bande-son de l’été et, vu l’affluence record qui se pressait ce samedi au Marquee, nous ne devions pas être les seuls.  Fringués comme une page d’une édition du Vogue de l’été 69 sur la mode Woodstock,  les Australiens restent toujours sérieux et (trop) polis sur scène.   Le côté déjanté de leur personnalité, ils l’insufflent dans leurs morceaux qui doivent autant à Pink Floyd  qu’au Air de « Moon Safari » ou à des Korgis qui auraient bouffé des champignons hallucinogènes. Entre space disco, rock prog’ et pop baroque, leur prestation ne manque de couleurs. Et si les guitares sont particulièrement sous-exploitées sur « Currents » au profit des claviers, elles ressurgissent toujours quand il faut sur scène.  Inspirée d’un passé pas si révolu que ça, la musique de Tame Impala est bien celle d’aujourd’hui et de demain. Devant nous, des hipsters se caressaient la barbe en oubliant pour une fois de jouer avec leur smartphone, des adolescentes dansaient les yeux fermés sur les imparables Let it happen (il est là le summer hit 2015 plutôt que chez Vianey), Eventually ou le très Bee Gees Currents. Il y avait des fumigènes sur scène, le soleil disparaissait dans le ciel ocre de Kiewit et c’était beau. Très beau.

Charli XCX

Nouvelle égérie de la pop sirupeuse, Charli XCX débarque conquérante sur la scène du Dance Hall, vêtue d’un ensemble semblant tout droit sorti du casier d’une pom-pom girl. Un look 100% collège qui n’indique en rien ses origines britanniques. C’est que la jolie brune, qu’on entend sur toutes les radios avec son titre Boom clap, s’inscrit plus dans la lignée de Gwen Stefani que de Kate Bush. Elle ne s’en cache pas, ses morceaux ont plus vocation de faire remuer les foules à l’aide de refrains catchy et de paroles faussement rebelles, du genre « Je ne veux pas aller à l’école, j’ai juste envie de transgresser les lois » sur Break the Rules, que de marquer l’histoire de la musique. Résultat, qu’elle saute dans tous les sens, joue des accords sur une guitare gonflable, tire la langue comme Miley Cyrus ou se frotte à son groupe exclusivement composé de musiciennes, Charli XCX met surtout les formes quand il s’agit de faire le show. Sans pour autant faire de fausses notes et c’est assez rare pour le signaler dans le monde la pop. Espérons juste que la chanteuse, qui a annoncé qu’elle arrêtait la suite de sa tournée américaine pour cause d’épuisement, à quelques heures de monter sur la scène du Pukkelpop ne vide pas complètement ses batteries lors des derniers concerts qui lui restent à effectuer.

 

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Condor Gruppe

La formation gantoise a confirmé ce samedi au Pukkelpop  tout le bien que nous avions écrit sur elle après le festival Eurosonic à Groningen.  Les six musiciens (dont deux cuivres) au pédigrée déjà chargé déroulent pour notre plus grand plaisir une bande-originale improbable où les guitares surf se marient avec la country tex-mex de Calexico et les cavalcades crépusculaires d’Ennio Morricone.  C’est bien simple, on imagine à chaque instant que le Blondin du Bon, La Brute et le Truand va débarquer du backstage avec son cheval blanc et sa flûte.  Pendant que le groupe réinvente les compositions, pour la plupart instrumentales, gravées sur le recommandable « Latituds del Cavall » (2014), un écran diffuse un montage d’images qui plonge le spectateur, en vrac, dans des dessins animés de Fritz The Cat, l’Expo 58 de Bruxelles ou des films avant-gardistes d’après-guerre.  Bref, c’est le genre de concert qui fait du bien en festival tout en dépassant aussi la simple récréation.  C’est sûr à 100%, si Quentin Tarantino entend l’épique Ondt Blod, il embauche illico Condor Gruppe pour le soundtrack de Pulp Fiction 2.

Benjamin Booker

Quand le premier album de ce jeune musicien de la Nouvelle-Orléans plébiscité par Jack White est paru en 2014, nous avons craqué comme tant d’autres. C’est qu’à vingt-cinq ans,  ce sosie du jeune Barack Obama est hyperdoué pour prendre la température de son époque et la noyer dans un garage rock sali juste comme il le faut de guitares poisseuses et de distorsions dans les pédales d’effet. Le problème sur  la scène du Club qu’il  arpente en ce début de troisième journée de festival, c’est qu’il se contente de reproduire les morceaux -par ailleurs excellents- de son disque sans y rajouter quoique ce soit. En formule trio  guitare-basse-batterie, il enchaîne ballades désespérées (I thought I Heard You Screaming) et de brûlots qu’on imagine sortis de « Born To Run » de Springsteen (Slow Coming, Violent Shiver) comme un travailleur à la chaîne serre des boulons sur une chaîne industrielle. Pas un regard à ses deux musiciens, pas de magie, peu d’émotions.  Il n’était peut-être pas encore bien réveillé. Petit concert, petite déception…

 

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Kate Tempest

 A l’âge de seize ans, cette jeune femme d’apparence discrète déclamait sa poésie slam contemporaine dans le tube londonien. Dix ans plus tard, cette native de Brockley, « a shitty part of the town of London » comme elle le précise, a déjà publié des romans, des recueils de poésie et sorti en 2014 un nouvel album captivant découpé en douze chansons/chapitres. Nappé de blues claustrophobe (Lonely Daze), de guitares indie (The Beigeness) ou de beats électro (Theme From Becky), « Everybody Down » a fort justement été nominé au Mercury Prize et bénéficé d’une mini-hype chez nous. Présente sur les remparts scéniques du Castillo au Pukkelpop, Kate Tempest livre une prestation sans concession qui tient autant du spoken word que du concert. C’est une question de goût, mais malgré la présence d’un batteur et d’une claviériste, ça manque un peu de musicalité par rapport au disque. Et, dans une telle configuration minimaliste,  le flow incisif de Kate Tempest peut aussi se révéler quelque peu énervant. Après vingt minutes,  on a eu notre dose mais ça n’enlève rien aux qualités d’ « Everybody Down ».

The War On Drugs

Déjà présents à Rock Werchter (comme Alt-J), les auteurs de l’excellent « Lost In The Dream » avaient les honneurs (comme Alt-J) de la grande scène au Pukkelpop. Idéalement servi à l’heure de l’apéro, leur prestation cinq étoiles a eu le mérite de réveiller les fantômes americana du Springsteen de « Nebraska » ou de Dylan lorsqu’il s’accompagnait de The Band.  Prônant les grands espaces, la liberté et la quête trop souvent inaccessible du rêve américain, les chansons de la formation de Philadelphie peuvent aussi s’apprécier sans qu’on ait à se torturer les méninges. C’est du reste comme ça qu’elles nous touché en plein cœur ce samedi. Et dire que juste après eux, c’était The Offspring qui débarquait…

 

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