Pukkelpop 2015 : Le débrief de vendredi

La classe folle de The Districts, l'insouciance communicative de Courtney Barnett, l'audace de la reine Christine et le hip-hop gore de HO9909.

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> The Districts.

C’est une heure de rock de toute beauté et, par la même occasion,  l’un des plus beaux concerts de cette trentième édition du festival limbourgeois que The Districts ont offert ce vendredi après-midi dans un Club bien garni mais loin d’être rempli. Sur le papier et, même en photo, ce nouveau venu de la scène indie, étiquette « inclassable »,  ne paie pourtant pas de mine. Soit, quatre jeunes blancs-becs américains rencontrés sur les bancs d’une high school de Pennsylvanie et relocalisés à Minneapolis qui portent casquettes, t-shirts blancs et jeans fatigués. Mais voilà, ces petits gars sont des passionnés de musique et, plutôt que de soigner leur com’ sur les réseaux sociaux, ils consacrent toute leur créativité à créer des chansons d’une force rare  comme le prouve leur deuxième album (le premier qui est distribué officiellement chez nous) « A flourish and a spoil » paru au printemps dernier. Sur scène, The Districts alternent du haut de leurs vingt ans titres pop nonchalants, envolées grungy, chansons à forte valeur mélancolique ajoutée et réflexions désabusées, toutes traversées de belles parties de guitare. Oui, la hype autour de ce groupe est complètement justifiée. Fort jalousement, on espère qu’ils ne vont pas grandir trop vite et perdre cette candeur qui contribue à leur charme. Un grand moment…

 

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> Courtney Barnett

Nouvelle icone de la scène indie, Courtney Barnett a tout pour faire l’unanimité.  La jeune Australienne explore les nuances de ses sentiments dans des chansons rock urgentes. Elle a le caractère bien trempé,  une bonne bouille et ne se la ramène pas. Encensé un peu partout, son premier album « Sometimes I sit and think, and sometimes I just sit » (qu’est-ce qu’on adore ce titre!) abrite  des morceaux qui font réfléchir, danser et, pour les plus énervés d’entre eux, qui parviennent déclencher un joyeux boxon. Tous ces titres, Courtney les a joués avec sourire et fausse nonchalance au cours d’une prestation qui a marqué les esprits.  En formule trio avec  deux musiciens barbus, les Elevator operator, Pedestrian at best ou An illustration of Loneliness, le blues de fin du monde Small Poppies qui s’étire sur de longues minutes ou encore l’imparable  Nobody really cares if you don’t go to the party (qu’est-ce qu’on adore ce titre) s’imposent comme des vitamines garantissant la pérennité de notre insouciance. Autre très grand moment de la journée.

> Radkey

« One, two, three, go! » Bienvenue dans le monde de Radkey, trio black originaire de nulle part, ou plutôt de St. Joseph dans le Missouri. Radkey, c’est le nom de famille de ces trois frangins nourris dès le biberon au punk des Ramones et à la folie des Bad Brains. Dee, le chanteur est le sosie de Yannick Noah. Le bassiste a le même look (moustache et coupe afro) que Phil Lynott de Thin Lizzy et le batteur ressemble… à un batteur punk avec sa crête.  Quoiqu’encore très limitée musicalement, la fratrie séduit par son énergie enthousiaste, possède déjà un hymne underground (Out Here In My Head) et, depuis cette semaine, a un premier album à son actif, « Dark Black Make-Up ».  Tandis qu’à côté de nous, une bande d’ados improvise un joyeuse partie de saute-mouton, un voisin nous lâche: « ils n’ont rien inventé mais c’est toujours mieux de voir un clone de Yannick Noah chanter du punk que Saga Africa ». Bien vu…

 

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> HO9909

A coup sûr, une des prestations les plus extrêmes qu’il nous a été donné de voir ce week-end au Pukkelpop. HO9909 (prononcer « Horrors ») est un projet formé par TheOgm et Eaddy,  deux blacks complètement barges de Newark qui sont relocalisés à Los Angeles.  Epaulés par un batteur spartiate, ils testent le niveau de résistance du public en entrechoquant un flow hip-hop criard, samples industriels et vociférations punk.   L’énergie ne retombe jamais, les deux gugusses n’hésitent pas à descendre dans l’arène pour galvaniser les plus jeunes qui se déchainent dans le mosh pit, ils reprennent du Black Fag presqu’aussi bien que Black Flag et tout ça, pendant qu’un écran diffuse des extraits de films  gore de chez gore.  Ouf, on en est sorti indemne. Une belle expérience tout de même.

> Young Thug

Avec un nom de scène comme le sien (soit « jeune malfrat », facile, c’est vrai) et les nombreuses frasques qu’on lui connaît, dont une arrestation au mois de juillet dernier pour avoir « proféré des menaces terroristes » et d’autres problèmes liés à sa consommation de crack, c’est peu dire qu’on s’attendait à voir débarquer un vrai dur sur les planches du Dance Hall. C’était sans compter sur le look du rappeur d’Atlanta, qui malgré son tempérament bien trempé et ses nombreux tatouages sur le visage, a débarqué sur les planches les ongles vernis de paillettes, le tee-shirt relevé au dessus du nombril. Une dégaine qui change dans le milieu ultra-macho du hip-hop et qui fait plaisir à voir. Mais une image qui contraste aussi avec les thématiques de ses morceaux, comme Can’t Tell ou About the Money, qui font plus ou moins l’apologie du fric, des putes et des grosses voitures. Paradoxal ce Young Thug, y’a pas de doute, et c’est d’ailleurs ce qui le rend si fascinant. D’autant que malgré son flow hallucinant et sa voix patinée par trop d’années d’excès, ce « jeune malfrat » n’a pas réellement livré une prestation exceptionnelle. Un peu bancale et je m’en foutiste même, avec seul un DJ pour accompagner ses aller-retour sur scène, comme un lion en cage, qui a tout de même fait un arrêt pour récupérer le joint que lui tendait une festivalière.

 

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> Hate & Merda

« Salut, on s’appelle Hate & Merda et on vient de Florence, le pays de la haine. » En guise d’introduction, ce duo guitare/batterie fait preuve d’originalité.  Avec un nom pareil, il ne faut pas s’attendre à du Ricchi e Poveri et, de fait, le public du Wablief! se fait assommer dès midi par un martellement de fûts et une gratte bourrée d’effets. Sous un épais nuage de fumée et cagoulé comme un commando de kidnappeurs des Brigades rouges, le combo transalpin ne fait pas dans la nuance mais oublie aussi de changer d’accords au fil des morceaux. Après un premier quart d’heure où il dévoile une poignée de morceaux (on ne peut pas appeler ça des chansons) de leur premier album « L’anno Dell’ O dio »,  on prend déjà congé d’eux. Tout compte fait,  on va se remettre Sara perche ti amo dans les oreilles.

> Christine and the Queens

Minuscule sur l’immense Main Stage du Pukkelpop, Héloïse de son vrai prénom n’a peur de rien. Ni d’enchaîner des chorégraphies hallucinantes sous un soleil de plomb, ni de s’adresser en franglais au public majoritairement flamand et encore moins d’expliquer aux festivaliers, le sourire aux lèvres, qu’ils ne comprendront rien à ce qu’elle va chanter, mais que ce n’est pas grave parce que la plupart des français ne comprennent pas non plus ses textes. Bref, elle en a dans son pantalon à pinces. A peine le temps d’entamer son Paradis Perdu, un mash-up plutôt réussi de Christophe et Kanye West, que se rameute la foule, encore assez éparpillée à son arrivée sur scène. En une heure à peine, la brune déroule le meilleur de son électro-pop pour conquérir les milliers de paires d’oreilles encore vierges à sa cause qui lui font face. Et ça marche! A entendre le niveau sonore des applaudissements en fin de show, on peut conclure assez facilement qu’en plus de sa conquête de l’Amérique, la belle peut également compter sur le soutien de l’audience néerlandophone.

 

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> FFS

Après leur concert complet en juin dernier à l’Ancienne Belgique,  Franz Ferdinand (FF) et le duo Sparks (S) défendaient ce vendredi leur récent album commun au Pukkelpop.  Le moins qu’on puisse dire, c’est que le fruit scénique de cette collaboration transgénérationnelle entre les vétérans glam et les mignons Ecossais était attendu par le public du Pukkelpop. Le Marquee qui accueillait leur prestation ainsi était bien trop petit pour accueillir tous les curieux et il y avait au moins autant de monde à l’extérieur qui a dû se contenter de suivre la prestation sur écran géant.  Si l’album a ses moments de brillance (Johnny delisusional, Save me from myself), on est, par contre, beaucoup moins convaincu par le concert.  La confrontation entre la voix de falsetto de Russel Mael, les claviers vintage de son frangin et les coups de griffe de Franz Ferdinand  n’est finalement pas si évidente et, trop souvent, on sent que les protagonistes doivent « meubler » pour montrer qu’il s’agit d’un vrai projet commun. Chanteur et guitariste charismatique de Franz Ferdinand, Alex Kapranos est ainsi beaucoup moins à l’aise quand il s’agit lorsque c’est au tour de Russel de chanter.  Ses pas de danses à l’arrière de la scène se révèle complètement ridicules. Pour sa part, Russel (« on dirait Nicola Sirkis en plus vieux », lâche notre voisine) choisit d’arpenter le podium de gauche à droite en se dandinant dans une gestuelle très (trop) kistsch et presque pathétique. Après plusieurs extraits de « FFS »,  vient finalement le meilleur moment du set lorsque FF et Sparks reprennent les classiques de leur propre répertoire. Avec une double mention spéciale pour les Sparks pour les versions  reliftées de The number one song in heaven et de This town ain’t big enough for the both of us.

 

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