Pukkelpop 2015: le débrief de jeudi

La fraîcheur de Django Django, la classe glamour de Lianne La Havas, la rédemption de Strand Of Oaks, le goûter old-school de Jurassic 5 et la soul power de Curtis Harding.

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> Django Django. Un concert de Django Django, ça fait toujours du bien. Mais un concert de Django Django après une prestation interminable de Linkin Park, c’est carrément jouissif. Quand les quatre garçons toujours aussi fous de la formation britannique débarquent dans le Club sur le coup de minuit, tout le monde est chaud boulette. Dès les premières notes, le ton est donné. Ils sautent comme des kangourous, sortent les noix de coco, les percussions, les guitares surf et vont toujours chercher leur inspiration chez les Beach Boys, tant pour les « ouah ouah ouah » qui ornent leurs refrains que pour la chemise hawaïenne de leur chanteur. Fort logiquement, Django Django lance les débats avec les chansons extraites de son nouvel album  » Born Under Saturn » à la production bien plus léchée que son premier disque, enregistré dans la chambre à coucher du batteur pour quelques livres sterlings.  L’esprit do it yourself des chansons, le côté bricolo des mélodies et  les beats toniques sont toujours de la partie -et de la party- mais on sent aussi que le groupe veut montrer qu’il a mûri.   L’ambiance monte en crescendo et lorsque Django Django dégaine les imparables Default, Life’s a beach et WOR, le Club connaît son plus gros boxon de la journée. Oui, ça fait beaucoup de bien d’écouter de la musique d’aujourd’hui après la séance nostalgique nu-metal servie sur le Main Stage par Limp Bizkit et Linkin Park. Django Django revient à l’Ancienne Belgique le 11 décembre.

 

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> Natalie Prass. Elle est tout mignonne dans sa robe d’été bleue, Natalie, lorsqu’elle débarque sur scène la guitare électrique en bandoulière accompagnée de ses trois musiciens barbus. Originaire de Cleveland, Ohio, elle a déjà un beau parcours artistique derrière elle, mais c’est avec son premier album solo homonyme paru en janvier dernier que sa réputation de chanteuse néo folk/pop a enfin franchi l’Atlantique. Sur scène, elle alterne les perles de ce disque écrites de sa plume tourmentée (You fool, Bird of prey, My baby don’t understand me, Why don’t you believe me) et reprises. Si sa cover d’Any time, any place de Janet Jackson tombe un peu comme un cheveu dans la soupe, sa version de Sound of silence de Simon And Garfunkel est, par contre, empreinte d’une belle émotion.  Malgré ses airs de hippie, elle ne chante pas la révolution, affirme qu’elle va aller voir Limp Bizkit dans la soirée sur la grande scène (grosse faute de goût ou gros mensonge) et pousse des petits cris d’enfant entre ses chansons. Pas de révolution en effet, mais un beau rayon de soleil seventies offert avec simplicité en tout début d’après-midi…

> Curtis Harding. Look seventies complet -de la sangle de guitare fleurie en passant par l’afro et le pantalon moulant- Curtis Harding, 35 ans, débarque à la cool dans la bouillante atmosphère du Club, l’air un rien désabusé. On lui pardonnera vite sa nonchalance: en quelques accords à peine, ce nouvel oncle de la soul nous embarque dans son monde à lui, fortement influencé par son enfance religieuse dans le Michigan et surtout de ses  nombreux déménagements « de New York à L.A. et de Tijuana aux Bahamas ». Embarqué par ses musiciens, l’auteur de l’excellent album « Soul Power » déroule un à un les morceaux qui l’ont fait passer de l’anonymat à l’un des visages les plus prometteurs de la new soul, et ce quasi dans l’ordre de la tracklist du disque. Pour ensuite balancer quelques reprises un peu trop attendues (Ain’t no sunshine, California dreamin’). Mais qu’importe, de ses mélodies chaudes, comme celle de Keep on, perle un charme rétro additionné d’une louche de rock et d’une pincée de blues. Bref, un mélange parfait dont on aurait sans doute davantage dans l’obscurité d’une salle en fin de soirée.

 

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> Jurassic 5.  15h55 sur la scène principale inondée par le soleil.  C’est l’heure du goûter et il est servi par les vétérans du hip-hop californien.  Avec Jurassic 5, pas de gangsta rap comme leurs « collègues » de Compton, pas de bling-bling façon Snoop, mais bien une musique old-school cool de chez cool. Sur les devants de la scène,  les papys Akil, Chali 2na, Zaakir et Marc 7 ont ressorti leur bermuda et se défient le sourire en coin dans d’amicales joutes vocales. Derrière, les deux dj’s Cut Chemist et DJ Nu-Mark imposent leur science de beat et du scratch avec une dextérité folle. Formé voici un peu plus de vingt ans, Jurassic 5 a écrit de belles pages d’un hip-hop ludique et profondément musical avant de mettre  la clef sous le paillasson en invoquant les traditionnelles « divergences musicales ». Réconciliés et repartis sur les routes pour l’oseille en 2013,  ils ressortent leurs tubes langoureux (Concrete schoolyard, What’s golden, Jurass finisf first) sans jamais êtres pathétiques et, mieux encore  en y mettant ça et là un peu de fraîcheur. Stars du groupe (et les seuls à avoir vraiment tirer leur épingle du jeu en solo), les dj’s Cut Chemist et Nu-Mark ont droit à leur petite démonstration. Et on s’amuse beaucoup quand ils nous sortent des sons zarbi de leurs gadgets  (une table de mixage portable, une guitare avec une platine vinyle en son centre, une guirlande de 45 tours avec des mini-capteurs,…). Sans jamais égaler la prestation cinq étoiles des autres papys De La Soul aux Ardentes, Jurassic 5 a rempli son contrat. Ni plus, ni moins. C’est même l’un des meilleurs concerts de ce jeudi.

> Lianne La Havas.  Quelle classe! Pantalon de cuir noir, pull moulant ouvert dans le dos, paillettes sur les paupières qui accentuent son regard lumineux  et « picking » de guitare aussi gracieux que déterminé… Lianne La Havas a un look de star glamour mais n’en adopte pas pour autant les comportements de diva.  Après avoir été révélée avec l’album « Is your love big enough » en 2012, l’artiste londonienne dévoile dans un Club entièrement conquis (quoique trop bavard) les nouvelles chansons extraites de « Blood », tout juste commercialisé. Et elle offre une première demi-heure d’une rare intensité. Parfumé de pop et de jazz, sa néo-soul  est de haut vol, très technique mais aussi ouverte à des rythmiques plus ensoleillées. C’est que la belle laisse volontiers transpirer ses origines jamaïcaines et sait trouver les poses et les mots pour communiquer avec l’assistance.  L’accueil réservé aux chansons de « Blood » (on pense notamment à Grow et Unstoppable) laisse augurer d’une rentrée saisonnière radieuse pour Lianne.  Moustique vous proposera d’ici peu une interview. Oui, on a eu le privilège d’une rencontre en face à face. Yep, yep…

 

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> Strand Of Oaks. Sous sa barbe d’ermite, sa chevelure à la Ted Nugent et sa carapace de Son Of Anarchy,  Timothy Showalter alias Strand Od OAks, est un être humain au cœur de moineau particulièrement sensible. En 2013, ce gaillard originaire de l’Indiana  publiait « Leave ruin », collections de chansons dépouillées où il était question  d’enfance brisée, de crise du couple, d’addiction à l’alcool, d’incendies criminels et d’expériences traumatisantes aux frontières de la mort.  Brrr…. Timothy va à peine un peu mieux et si son dernier album s’intitule « Heal » (« Guérison »), il s’agit d’une très lente convalescence. Il entrevoit néanmoins la lumière, branche l’électricité et quitte peu à peu le folk misérabiliste pour des morceaux enflammés que n’auraient pas renié le jeune Springsteen de « Born To Run ». Sur scène, le bonhomme en fait un peu trop au niveau rédemption. Il remercie sans cesse le public,  les membres de son groupe, sa femme et la musique qui lui permet d’être toujours en vie.  Yes, c’est parfois un peu too much mais quand ses musiciens lâchent la bride pour le suivre dans ses cavalcades pour grands espaces, on se prend une belle petite claque.

 > Madeon. Débarqué en retard -et c’est assez rare pour le signaler au Pukkelpop- le jeune DJ français a commencé son set sans ambages avec le morceau le plus fort de sa discographie, You’re On. De quoi plonger toute l’assemblée du Dance Hall dans une transe euphorique, et au vu des secousses du plancher de ce chapiteau, tremblant sous les sauts du public, le mélange a pris d’emblée. Faut dire que malgré sa baby face, Madeon a déjà les réflexes d’un grand pour faire remuer les foules. Platines multiples, jeu de lumière hallucinant, gestes vifs et bonds dans les airs, Hugo Leclercq de son vrai nom n’a rien à envier au Fakear ou autres Sigma qui se produisaient également hier au Pukkelpop. Enchainant les remixes et ses propres productions tirées de son album « Adventure », le DJ originaire de Nantes adoubé par la scène branchouille de Paris nous a prouvé sans rougir qu’il méritait le titre de petit prince de l’électro que lui a donné Lady Gaga. Rien que ça.

 

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