La guerre du Pôle nord

Avec la fonte des glaces, de nouveaux enjeux font surface dans l'Arctique. Entre les pays voisins, c'est la guerre… froide.

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Début août, la Russie a déposé à l’ONU une nouvelle demande d’extension de sa souveraineté sur une partie (plus de 1,2 million de kilomètres carrés, soit deux fois la France) de l’Océan arctique. Elle n’est pas la seule à convoiter cette zone, actuellement située dans les eaux internationales. Le Danemark, la Norvège, le Canada et les Etats-unis sont aussi demandeurs.

Pourquoi cet intérêt?

Il est directement lié à la fonte des glaces en été, aggravée par le réchauffement climatique. Les estimations actuelles prévoient que la banquise pourrait complètement disparaître en été (et avec elle les symboliques ours polaires) entre 2016 et 2030. Paradoxalement, cette « catastrophe » écologique présente bien des avantages à ceux qui veulent exploiter la mer et ses sous-sols. Quand la glace fond, le passage des bateaux est facilité, ce qui représente un raccourci énorme par rapport aux canaux de Panama ou de Suez. On peut également pêcher plus facilement des poissons devenus rares dans les autres océans surexploités. Mais l’enjeu économique principal de l’Arctique se trouve dans ses fonds marins qui recèle potentiellement 13 % du pétrole et 30 % du gaz naturel non découverts de la planète. Mais aussi quantité de minerais: cuivre, nickel, zinc, uranium, palladium, coltan et tantale.

 

Qui sont les prétendants?

L’Onu prévoit que les pays qui ont une côte arctique – la Russie, le Danemark, la Norvège, le Canada et les Etats-Unis – peuvent demander à étendre leurs droits au-delà des 200 milles marins normalement prévus, à condition qu’ils arrivent à prouver scientifiquement que le fond sous-marin est une extension de leur plaque continentale. Fin des années 2000, le Danemark a mené des explorations dans le but de prouver que la dorsale océanique de Lomonossov (une montagne sous-marine longue de 1.800 kilomètres et large de 60 à 200 kilomètres) est une extension du Groenland, territoire danois. En 2013, c’était au tour du Canada de rendre son dossier de revendications à l’Onu. La Norvège est également dans la course. Le 4 août dernier, la Russie a elle estimé que cette dorsale (tout comme celle de Mendeleïev) est au contraire le prolongement du continent eurasiatique. Depuis quelques mois, outre les prospections, la Russie a mené plusieurs manoeuvres militaires d’envergure et a développé sa flotte du Nord et rouvert une base militaire l’archipel des îles de Nouvelle-Sibérie, dans l’est de l’Arctique, l’histoire s’asseoir ses prétentions. Symboliquement, la Russie avait déjà planté, en 2007, un drapeau russe au Pôle nord à 4.261 m de profondeur.

L’arbitre

C’est la commission des limites du plateau continental des Nations Unies qui est chargée d’examiner les dossiers. Elle rend un avis qui n’a pas force de décision, mais qui pèse lourd dans les négociations entre parties prenantes. Une chose est presque déjà certaine, malheureusement: alors qu’on aurait rêvé d’un Arctique international, sanctuarisé comme l’est l’Antarctique, le Pôle Nord est promis à devenir un nouveau Far West. Pire: c’est le réchauffement climatique en lui-même qui fait de cette zone jusqu’ici inviolée le nouvel eldorado pour les exploiteurs de la planète.   

 

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