True detective : la troisième saison en question

HBO vient de diffuser aux USA le dernier épisode, désormais disponible sur BeTV à la demande, qui ne rachète pas la déception d’une mauvaise saison 2. Au point de menacer la suite.

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Dans quelques années peut-être, un bouquin indiscret sur ses coulisses, nous apprendra peut-être la vérité. Et on comprendra comment, en dix-huit mois, True Detective est passé de « meilleur programme à la télévision » annonçant un historique « changement dans les séries dramatiques » à un « échec quasi général ».

L’insuccès

En 2014, les critiques avaient bombardé la série de nominations aux Emmy (même si le génial Breaking Bad qui disparaissait des écrans l’an passé avait fini par remporter les principaux). Aujourd’hui, ils en compilent les répliques les plus ridicules, titrent « le calvaire est terminé » et listent les corrections indispensables avant de penser à une saison 3. Et ils ne sont pas les seuls à soupirer. Le taux de satisfaction des téléspectateurs est passé d’une moyenne supérieure à 8,5 à moins de 6,5. Et si l’audience pour l’ensemble de la saison s’aligne sur celle de l’an passé, en y regardant le plus près, on voit qu’elles ont suivi des courbes opposées. La première n’a cessé de grimper, l’autre de descendre, surtout après les deux premiers épisodes qui ont essoré les curiosités les mieux trempées.

Bourbier final

Un peu plus vu, le dernier épisode, malgré ses 90 minutes, ses trouvailles visuelles et ses belles prestations d’acteurs, n’a pas racheté les six heures qui ont précédé. L’intrigue façon mille-feuilles et sa résolution, où resurgissent des éléments disparus depuis des semaines, sont restées impénétrables. On devrait d’ailleurs parler des fins de la série tant la multiplication des intrigues secondaires avait depuis longtemps rendu invisible le véritable enjeu de l’histoire, laissant le téléspectateur à peu indifférent à tout ce qu’il voyait. (Attention spoiler) Le final ne fait pourtant pas dans le détail puisque que tous les héros masculins se font trucider tandis que tous les espoirs à venir sont confiés à leurs femmes et à leurs enfants. Remarquons que cette noirceur sans concession est à l’opposé exact d’une saison 1 heureusement bouclée, justice rendue et amitié virile renouée.

Le vrai coupable

Les raisons de cet embourbement général tiennent en un nom : Nicolas Austin Pizzolatto, 39 ans, ancien prof de littérature, écrivain (Galveston, prix du meilleur 1er roman étranger en 2011),  auteur pour la télé et seul responsable à bord. C’est lui seul qui a fait de True Detective 1 un objet magnifique, unique, historique. Il a pensé le projet, l’a entièrement écrit (600 pages !) et l’a dirigé (s’embrouillant au passage avec Cary Fukunaga, le metteur en scène pourtant décisif). Une réussite telle son travail a défini un nouveau type de série, dite « anthologie », aux saisons sans continuité de personnages, de lieu, d’histoire, mais reliées uniquement par l’écriture et la vision du showrunner.

Aux soirs de ses premiers triomphes, Pizzolatto avait prédit qu’il ne pourrait pas résister longtemps à pareille pression et qu’il n’envisageait pas d’aller au-delà de 3 saisons. En réalité, l’épuisement lui est tombé dessus plus rapidement que prévu. Comment expliquer autrement l’insupportable gravité de chaque instant de chaque scène? Une scène d’action aussi spectaculaire mais aussi invraisemblable que du Tarantino (à l’antipode de la séquence inoubliable de la S1,E4) ? Des personnages principaux au passé chargés jusqu’à la caricature ?

Vivement la suite ?

Un ex-soldat sous viagra qui refoule sa participation à un crime de guerre et son homosexualité, présentement accusé de violence par une starlette défoncée et mis à pied (Taylor Kitsch), une inspectrice violée pendant quatre jours dans son enfance, abandonnée par son père guru, sa mère disparue et sa soeur pute à mi-temps, actuellement reine du couteau et des coups d’une seule nuit (Rachel Mc Adams), un flic corrompu (Colin Farrell), buté et déprimé, alcoolique, séparé de sa femme mais qui veut continuer à s’occuper de son fils, pourtant fruit probable d’un viol dont il a occis l’auteur, grâce au tuyau d’un mafieux, le quel gangster (Vince Vaughn), autrefois brimé par son père, voudrait changer de vie, mais on lui a volé ses économies, et faire un enfant, mais sa complice (Kelly Reilly) est stérile… Rien que ça !

On se souvient qu’au moment où Woody Harrelson et Matthew McConaughey définissaient dans l’excellence « une nouvelle catégorie de performances », tout Hollywood, Brad Pitt en tête, s’étripait pour leur succéder dans la saison 2. On peut se demander s’il serait si pressé aujourd’hui. On peut même se demander si True Detective reviendra en troisième saison. Sans doute, puisque Michael Lombardo, le patron de HBO, a officiellement déclaré que les chiffres étaient corrects et qu’il tenait toujours Nic Pizzalato pour un des meilleurs auteurs du moment. Derrière le discours officiel, il faut espérer que passe un message légèrement différent. Pizzalatto doit accepter de travailler, sinon avec une équipe des scénaristes, au minimum face à un contradicteur, comme l’a instauré le grand Matthew Weiner pour Mad Men. Ce n’est pas gagné puisque Nic avait quitté la pourtant remarquable série The Killing (version U.S.) parce qu’il voulait un rôle de guide sans partage. Il semblerait qu’il rêve d’une ambiance à la Big Lebowski, le coolissime film des frères Coen. Cela aurait en tout cas le mérite d‘alléger l’atmosphère. Pourquoi pas. Mais cette fois, il lui faudra se donner du temps. La suite, franchement, peut  attendre. Longtemps si nécessaire.

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