Philippe Soreil rend sa clef

Après 17 ans à présenter La clef des champs, l'animateur de la RTBF doit réinventer son rôle.

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A 64 ans, Philippe Soreil porte la gentillesse en étendard. Et l’optimisme. Deux qualités indispensable de SA télé, celle qu’il aime faire, qui lui permettent de passer au dessus de l’arrêt de La clef des champs sans trop de rancoeur. Son émission, c’était une fenêtre sur le monde agricole, mais surtout un mégaphone qui lui permettait de faire parler des minorités sans trop de limite de temps. Un rôle qui l’avait élevé au rang de Prince de la Foire de Libramont, où il se promène chaque année, sans pouvoir faire deux pas sans y être arrêté. Et maintenant il faut tout réimaginer « Je vais sans doute devenir une sorte de chroniqueur ».

Depuis combien de temps saviez-vous que La clef des champs allait s’arrêter?

Philippe Soreil – On ne peut pas vraiment parler d’arrêt, mais de mutation. Pour être franc, ça fait deux ans qu’on me parle de changements, il fallait coller à l’air du temps. C’est un peu paradoxal puisqu’avant, le monde rural et bio était un peu ringard alors qu’aujourd’hui, ça intéresse pas mal de monde. C’est un capital inestimable. Ca fait donc sept mois qu’on réfléchit vraiment à de nouveaux concepts, mais j’ai appris la plupart des détails sur la nouvelle émission dans la presse. (rire)

Quelle sera votre place dans cette nouvelle émission?  Vous qui aimez tant laisser du temps aux gens pour qu’ils puissent réellement s’exprimer…
P.S. – Le problème justement, c’est qu’on va manquer de temps dans cette nouvelle mouture. J’aurai sans doute un rôle de chroniqueur mais pour y faire quoi? C’est toute la question… Je n’aime pas trop penser à ça d’ailleurs, je n’ai jamais vraiment fait ça dans ma vie. Mais bon. Je ne m’y vois pas occuper une demi-heure sur 52 minutes, soyons raisonnables. Je n’aurai sans doute plus cette liberté, il va falloir être plus concis et c’est dommage. J’espère vraiment qu’on ouvrira tout de même une fenêtre aux gens qui n’y ont jamais droit de s’exprimer à la télé. Qu’on laisse le temps au temps.

Justement, quels ont été vos échanges avec Guy Lemaire au sujet de ce nouveau projet, maintenant que La clef des champs et Télétourisme s’arrêtent?
P.S. – Guy et moi faisons partie d’une même génération, on s’est connus il y a 40 ans déjà. On est Liégeois tous les deux, il a eu mon grand-père comme prof,… Bref, nous sommes très liés. On n’a pas le même rôle à la télé, je serais incapable de faire ce qu’il fait, de me mettre devant une caméra et de parler sans filet pendant 4 minutes. En revanche, je sais mettre les gens en confiance. Ce n’est pas un hasard si Guy m’a choisi pour présenter La clef des champs. On a un même esprit global…

Et du coup, que pensez-vous de l’arrêt de ces deux émissions emblématiques? Partagez-vous l’avis de Guy Lemaire, qui est un peu remonté?
P.S. – Je suis quelqu’un de très optimiste… Toutes les ruptures que j’ai connues dans ma vie ne m’ont apporté que du positif. Je ne nourris pas de regrets. Quand ma carrière à RTL s’est arrêtée brutalement, ce qui a suivi a été mieux, plus intéressant, plus facile à vivre pour ma famille. Guy est d’une nature un peu différente… Il est plus analytique, il est moins béatement optimiste et est sans doute plus proche d’une certaine forme de réalité. Et c’est tout à son honneur. Peut-être que je préfère simplement toucher à l’irréalité… (rire)

Quel regard portez-vous sur le paysage télévisuel actuel?
P.S. – Ce n’est pas tant ce qui s’y passe que le rôle qu’elle tient encore qui me tient à coeur. Je m’explique: quand mes jeunes enfants de 12 et 15 ans viennent la regarder avec moi et abandonnent leur smartphone pendant un instant, ça me ravit. C’est la même chose que quand mon père était content que j’arrête de regarder la télé pour lire un livre. On en est là: la TV focalise encore un regard commun, rassemble encore les familles. J’espère pouvoir encore m’inscrire dans cette noblesse de la télévision, soit offrir du contenu instructif et un peu de délassement.

Qu’aimeriez-vous vraiment faire à la télé, aujourd’hui?
P.S. – J’adore les talkshows à la Ruquier, à la Ardisson et même parfois à la Cyril Hanouna. Il y a quinze ans, je vous aurais dit que je rêverais de m’identifier à Nicolas Hulot, mais aujourd’hui, c’est à Frédéric Lopez. On est dans la même famille: la bienveillance, une émission qui met les téléspectateurs et les gens en connexion. Sa parenthèse inattendue dévoile de tellement beaux moments… Si je pouvais être Frédéric Lopez sur une chaine belge, je signe demain.

 

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