En Ford Mustang

On a adoré ce film, trouvaille du dernier festival de Cannes et version anatolienne de Virgin Suicides qui sublime une bande de filles turques.

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Il était une fois cinq sœurs plus belles les unes que les autres. Ça commence comme dans les contes de fées, sur la plage ensoleillée. Puis, ça se brise sur la condition difficile des femmes en Turquie. Elevées par leur grand-mère et leur oncle, les cinq sœurs sont enfermées chez elles, leurs jeux d’été avec les garçons étant jugés inconvenants. La maison familiale se transforme alors en « usine à épouses » très surveillée. Comme s’en souvient la cadette, Lale, formidable narratrice de cet été tourmenté. Les cinq jeunes filles décident de contourner le carcan qu’on leur impose avec une magnifique énergie de vivre. Et la jeune réalisatrice de nous emmener dans un ballet étourdissant de cheveux en liberté, de gamines effrontées qui conduisent des voitures. Qui font le mur pour assister à un match de foot. Et qui rêvent d’Istanbul, grande ville des possibles. Sans oublier de se raconter, dans le noir, ce que ça fait de perdre sa virginité.

La force de Mustang, c’est de dénoncer cette violence faite aux femmes, ce retour au rigorisme religieux et aux traditions avec un humour stylé et un panache glamour qui magnifie ces adolescentes. Ecrit avec Alice Winocour (réalisatrice française d’Augustine), le film fait évidemment écho à la violence éthérée du Virgin Suicides de Sofia Coppola, mais dans un tout autre contexte. Pour son premier long métrage, la jeune réalisatrice Deniz Gamze Ergüven insuffle une audace visuelle qui rappelle aussi la fameuse Bande de filles de Céline Sciamma. Après Nuri Bilge Ceylan (cinéaste majeur récompensé de la palme d’or cannoise l’année dernière pour Winter Sleep), le cinéma turc semble avoir entamé sa nouvelle vague. A suivre de très près. – J.G.

MUSTANG, réalisé par Deniz Gamze Ergüven. Avec Günes Nezihe Sensoy, Doga Zeynep Doguslu – 97’.

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