Erythrée: le pays qui fait peur

Les migrants sont prêts à tout pour rejoindre l'Europe. On les comprend: les pays qu'ils quittent sont parfois parmi les plus durs de la planète. Exemple avec l'Erythrée...

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Ce 5 août, un nouveau bateau de fortune, transportant entre 600 et 700 migrants, faisait naufrage en Méditerranée. A l’heure où nous écrivions ces lignes, deux cents d’entre eux étaient toujours portés disparus. Comme le décrivait un coordinateur de Médecins sans frontières, les migrants s’agrippaient à tout ce qu’ils pouvaient, gilets et bateaux de sauvetage, entourés de ceux qui coulaient ou étaient déjà morts. Depuis le début de l’année, plus de 2.000 d’entre eux y ont perdu la vie en Méditerranée. Ils sont, en tout, 188.000 à avoir été secourus en 2015, la moitié vers l’Italie, l’autre vers la Grèce. Fuyant la misère, un conflit, le chômage, des régimes dictatoriaux ou le tout à la fois, ils ont de bons motifs pour tenter cette traversée dangereuse. Voyez avec l’Erythrée…

Zéro liberté

« Si quelqu’un croit qu’il y aura un jour une démocratie ou un système multipartite dans ce pays… Eh bien, cette personne peut penser à de telles choses dans un autre monde que celui-ci. » Issayas Afewerki, le président de l’Érythrée, est un dur. Arrivé au pouvoir en 1993, après avoir décroché l’indépendance pour son pays, Afewerki a ensuite enfermé le jeune Etat dans un système dictatorial impitoyable où la liberté de la presse n’existe pas. Amnesty International soupçonne Afewerki d’avoir fait croupir plus de dix mille prisonniers politiques dans des geôles à la réputation infecte. En dépit de vieilles promesses, les élections n’ont jamais été tenues.

4 à 5000 chaque mois

Alors qu’elle affiche un indice de développement humain faible (181e mondial), l’Erythrée a réussi malgré tout à améliorer ses soins de santé, réduisant la mortalité des moins de cinq ans de deux tiers et luttant efficacement contre le sida et la malaria. Mais ces chiffres n’adoucissent pas la dureté du régime, ni l’exode massif vers l’Europe (via le Soudan, l’Ethiopie et la Libye) qui s’y déroule. Chaque mois, selon les Nations unies, 4.000 à 5.000 Érythréens fuient le pays, qui compte un peu plus de six millions d’habitants. Près de 19.000 d’entre eux ont débarqué en Italie en 2015.

Dix ans de service militaire

Au-delà des arrestations arbitraires et des multiples abus envers les droits humains, une vaste majorité de ces migrants pointent le service militaire obligatoire comme raison du départ. Pourquoi? Parce que si la loi dit qu’il ne peut dépasser dix-huit mois, il dure en général bien plus longtemps, souvent plus d’une dizaine d’années. Des enfants de quinze ans sont parfois obligés de s’y soumettre, malgré la limite de dix-huit ans d’âge. Et les abus y sont nombreux: travail forcé dans les usines gouvernementales, cas de viols des femmes enrôlées par les supérieurs, violences physiques en tout genre. Face à l’impossibilité de « penser au futur » dans ce pays, comme l’expliquait au Guardian Adam, un réfugié de 16 ans, le départ semble pour beaucoup la meilleure manière de survivre.

Découvrez dans le Moustique de ce 12 août: Erythrée, Somalie, Gambie…: les raisons de l’exil

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