Adieu veaux, vaches, cochons, musées

Résigné, triste, un peu amer, même s'il se dit serein, le patron du terroir belge à la RTBF assiste à la mise en terre de ses deux magazines: Télétourisme et La clef des champs.

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Il est passé par tous les sentiments, Guy Lemaire, producteur de La clef des champs, mais aussi de Télétourisme qu’il présente depuis 1981. Des semaines, des mois que cela cogitait dans les hautes sphères de la RTBF. Malgré de bonnes audiences, un succès d’estime, des coûts de production sans cesse revus à la baisse et une équipe efficace qui bossait sans faire de vagues, il devenait subitement urgent pour les dirigeants de rajeunir les audiences et de rafraîchir l’offre de ces deux magazines. De longs mois durant lesquels il lui a été demandé de garder le silence! Alors, quand l’info est sortie dans la presse, Guy Lemaire s’est accordé le droit d’oublier son devoir de réserve.

L’arrêt de ces deux magazines, c’est une nouvelle très surprenante.

Guy Lemaire – Je ne sais pas qui a lâché l’info mais ça a le don de m’énerver. Il y a quelques semaines, était sortie une autre info parlant d’un nouveau projet. J’ai appris que la fuite venait de l’intérieur.Nous étions tenus à un devoir de réserve et eux ont balancé ça comme ça. Avant-hier, j’ai encore reçu un message sur mon lieu de vacances: « Si vous avez des sollicitations, renvoyez à l’attaché de presse ». Là ça va maintenant! Il y a un seuil limite.

Rien n’était encore très clair

G.L. – Non, c’est vrai. Jusqu’à une autre interview où François Tron (le directeur des antennes TV de la RTBF) expliquait que les émissions, même si elles n’ont pas démérité, devaient évoluer. Il parlait d’un nouveau projet dont la maquette n’est pas encore satisfaisante, et qu’aucune décision n’était prise. C’était un pieux mensonge, Télétourisme et La clef des champs sont bel et bien arrêtés.

C’était donc un secret de Polichinelle?

G.L. – Oui. Une des premières missions de Sandrine Graulich, la nouvelle directrice des magazines, une personne dynamique, bourrée de projets, qui ne s’encombre pas de détails, c’était depuis toujours la volonté de remettre un peu d’ordre dans les magazines. Ce qu’elle a fait pour C’est du belge et Le jardin extraordinaire. Et donc ensuite, il y avait Télétourisme et La clef des champs. C’est normal qu’ils ne s’attaquent pas à des magazines qui ne coûtent rien comme Une brique dans le ventre, Le beau vélo de RAVeL qui sont produits en extérieur et livrés clé sur porte.

« Il y a un seuil de dignité au-dessous duquel il ne faut pas descendre. »

Et le souhait était d’aller vers plus qu’une évolution?

G.L. – Oui, car on évolue régulièrement, sinon on ne garderait pas notre public. On ne remplacerait pas les morts par des vivants plus jeunes, et ça fait 34 ans que cela dure. Au fil de leur réflexion, ils se sont dit: « Deux magazines de 26 minutes, l’un derrière l’autre, le samedi, pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose de nouveau, de plus audacieux, de regrouper les forces ». Et voilà, c’était lâché. Et moi, je ne me suis pas couché au travers de la route pour faire obstacle de mon corps.

Vous avez laissé faire, mais ce n’était donc pas votre choix?

G.L. – Bien évidemment non. Je ne voudrais pas non plus avoir l’air de renier ce qui a été fait. J’assume complètement. C’est un choix que des gens, qui ont reçu mandat pour prendre des responsabilités, ont fait. Et donc je les respecte.

Ce nouveau projet, c’est Armelle Gysen qui le présentera?

G.L. – Oui, Philippe Soreil et moi serons chroniqueurs. On est comme les vieux du Muppet Show. S’ils nous ont demandé de jouer encore un peu, c’est pour qu’on ne soit pas tristes au-delà de ce qui est raisonnable. Notre présence sert de caution.

C’est un rôle minimaliste.

G.L. – Je ne suis pas enthousiaste. Pour montrer ma bonne volonté, j’ai accepté de faire une chronique. J’ai refusé de le produire car j’estime qu’il y a un seuil de dignité au-dessous duquel il ne faut pas descendre. Je vais d’abord faire le deuil d’émissions euthanasiées, puis après je verrai à quel degré je m’impliquerai. Ils savent que je suis là s’ils me veulent comme conseiller éditorial. Mais ce n’est plus une immersion comme avant, c’est juste mettre les pieds dans la petite profondeur.

Et quel sera le rôle de l’ex-Top Chef Jean-Philippe Watteyne?

G.L. – Après avoir rencontré un ou deux producteurs, il va ramener des ingrédients et cuisiner une recette. Tout le monde me dit qu’il passe très bien! Tant mieux. L’ennui c’est qu’il n’est libre que le lundi, le jour où ses restaurants sont fermés.

Donc vous ne formerez pas une vraie équipe.

G.L. – Non, pour une question d’agenda. C’est un peu dommage. Ce seront des éléments juxtaposés qui vont s’intégrer dans un ensemble, plutôt qu’une conversation à quatre. Ce serait autre chose d’être tous réunis au début, de partir chacun faire sa course au trésor et de se retrouver pour manger la recette réalisée. Mais il n’est pas dit qu’ils n’arriveront pas à ça. C’est encore en gestation. Un nouveau pilote sera tourné début septembre. Il devra être assez abouti, soit pour être diffusé, soit pour permettre de tourner semaine après semaine. Mise sur antenne début novembre… Il s’agit de ne plus perdre de temps.

Quant au titre et à sa programmation?

G.L. – Le nom de code était Les ambassadeurs, maintenant ils sont sur Terroirs. Mais ça ne sera peut-être pas ça non plus. Ce 52 minutes devrait être programmé le samedi avant 7 à la une, le magazine de François Mazure. Une tranche horaire qui réunit moins de monde que Télétourisme à 13h30. Mais je ne pense pas que l’audience soit l’obsession de nos dirigeants. La déclinaison des nouveaux produits est plus importante.

Vous auriez aimé voir Télétourisme continuer?

G.L. – Oui, j’aurais aimé accompagner l’émission jusqu’à sa fin et la mienne (rire). Passer le relais à quelqu’un qu’on aurait choisi, à qui on aurait mis le pied à l’étrier, c’était le plan idéal. Ils n’ont pas voulu… Etant donné que la réflexion remonte à plus d’un an, j’ai eu le temps de passer par différentes phases. Pour le moment, je suis dans celle de la sérénité, je ne dirais pas de l’indifférence, de la sérénité. C’est fait, c’est fait! Je suis un peu triste mais je commence à digérer. Télétourisme s’arrêtera le 5 septembre. J’espère qu’ils ne vont pas avoir l’outrecuidance de rediffuser d’anciens numéros, ce serait quand même un peu n’importe quoi.

Concrètement, vous allez avoir beaucoup moins de boulot…

G.L. – J’espère bien, même si on me demande déjà de faire 100 capsules cartes postales estampillées Télétourisme, pour diffuser, comme ça en flux, dans la grille. Alors qu’ils arrêtent l’émission! Puis, on me demande de réfléchir à un projet de documentaire à vocation gastronomique. Pour me faire plaisir, j’imagine. Ils se disent que c’est un secteur que j’aime bien, ce qui n’est pas faux. Vous savez, Escapades gourmandes est rediffusé pour la troisième fois sur Arte. Ce n’est pas tout neuf et comme la chaîne est assez pointue, c’est qu’ils estiment que c’est toujours pertinent. Ça fait plaisir.

Pas de regret de ne plus avoir la responsabilité d’une grosse machine en production?

G.L. – Je pense avoir donné le meilleur jadis. Les conditions de production ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Moi, je suis de la vieille école et je l’assume. On était impliqué complètement dans le culturel, le financier et dans la gestion quotidienne. Les fonctions de producteur délégué ne sont plus pareilles et c’est l’occasion pour moi de m’en retirer, sans regret. Et puis, j’ai 61 ans et je peux travailler à mon rythme, parce que j’ai travaillé en surrégime pendant 30 ans. Je peux prendre une prépension. Je peux même, d’ici un an ou deux, prendre une pension complète. Je peux aussi déprimer, mais ce n’est pas mon genre.

DERNIER TELETOURISME SAMEDI 5/9 LA UNE 13H30

DERNIERE CLEF DES CHAMPS SAMEDI 5/9 LA UNE 14H05

ESCAPADE GOURMANDE EN SEMAINE ARTE 11H15

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