Vianney: « C’est un petit traumatisme, la notoriété »

Qui est l’auteur de Pas là, décrété tube de l’été? Rencontre avec celui qui a remis le pastel et les mèches d’amour au goût du jour. 

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À 23 ans, Vianney manie un joli français de variétés. Les textes de son premier album « Idées blanches » ont une indéniable qualité, celle de rendre le hit-parade un peu plus littéraire. Même s’il avoue ne pas être influencé par la littérature, ses chansons – Labello, Veronica, Aux débutants de l’amour, Je te déteste – s’écoutent avec le plaisir d’entendre les mots danser. Une forme d’élégance qui illustre des préoccupations éternelles (l’amour, les filles, les filles qui l’ont quitté) mais aussi d’aujourd’hui. « Oui, les chansons de l’album sont inspirées par plusieurs nanas. J’aurais été bien fou de rester avec la même qui me fasse autant de mal », reconnaît-il. 

« Les Français, on ne les rencontre pas sur un plateau de Canal, on les rencontre sur le Tour de France. »

Multidiplomé, avec son look de brave type avec qui on aime jouer au tennis, Vianney (Vianney Bureau pour l’état civil) vient « d’une famille de musiciens amateurs, comme moi, qui n’ont pas appris la musique mais qui aiment bien en jouer ». Un dilettantisme qui l’a propulsé sur le devant de la scène, quelque part entre Renan Luce (pour le côté acoustique bucolique et arrière-petit-fils de Brassens) et Laurent Voulzy (pour la luminosité pop). Son album est un disque à l’ancienne – « J’entends trop d’électro aujourd’hui » – qui a su, notamment avec le single Pas là, décrété tube de l’été, toucher tous les publics.

Vos chansons ressemblent à des petites nouvelles. Êtes-vous influencé par la littérature?

Vianney – Pour être franc, non. Il y a des auteurs que j’apprécie mais je n’y pense vraiment pas en écrivant. J’ai adoré Maupassant, j’ai beaucoup aimé Alexandre Jardin, mais je suis un lecteur amateur. Je ne suis pas à fond dedans. J’écoute beaucoup plus de musique que je ne lis. Ceux qui m’influencent sont plutôt les auteurs de chansons. Barbara, Maxime Le Forestier, Dick Annegarn qui ont une vraie liberté dans l’écriture, surtout Annegarn d’ailleurs qui a imposé un univers très décalé. On retrouve plus Brassens chez Le Forestier, même s’il utilise des images très directes. Quand j’entends « Ce soir à la brume, nous irons ma brune cueillir des serments », je suis instantanément avec le couple.  

Mais vous êtes aussi fan de Claude François…

V. – Oui, absolument. Et ça vous intrigue! J’avais 12 ans, j’ai vu une émission consacrée à Claude François, je ne connaissais pas du tout et je me suis rendu compte que les chansons étaient vachement cool. Je ne suis pas fan de l’esthétique disco de Claude François, mais sa première période, les sixties, regorge de super-morceaux avec des arrangements vraiment terribles. Mais, régulièrement, je me prends des claques en écoutant la variété d’avant – Gérard Lenorman, Joe Dassin. Il n’empêche, si on revient sur les influences, ceux qui m’ont le plus touché sont des chanteurs à textes. 

On vous a vu l’autre jour dans Village départ, l’émission du Tour de France sur France 3 avec la Compagnie Créole. Est-ce important pour vous d’aller dans les émissions populaires?

V. – J’adore ça. Il faut faire gaffe avec les discours, mais moi, je suis amoureux de la France et des Français. Et les Français, on ne les rencontre pas sur un plateau de Canal, on les rencontre sur le Tour de France. On a fait cette émission à Abbeville – personne ne tourne d’émission à Abbeville – et c’était bien. 

De quel genre de famille êtes-vous issu? Bourgeoise, modeste, prolétaire?

V. – Je déteste ce genre de cases. Je viens d’une famille qui vient de partout et qui m’a appris à ne pas aimer les cases. On est un peu tout ça à la fois. Oublier les cases, c’est tout à fait moderne de penser comme ça, le monde n’a jamais été aussi mélangé avec, en plus, des facilités à communiquer et à voyager.

Cette envie d’abattre les cloisons c’est ce qui vous a poussé à faire successivement une école militaire, une école de commerce et une école de stylisme?

V. – J’ai fait les choses que j’aime au moment où j’en avais besoin. J’ai fait le lycée militaire de Saint-Cyr parce que j’avais envie de vivre en communauté, c’était une pension, avec des gens qui venaient de toute la France. L’uniforme, qui efface les classes sociales, me plaisait beaucoup. Je sais que ce n’est pas très politiquement correct de le dire, mais je trouve ça fabuleux, l’uniforme. L’école de commerce, c’était pour faire des études qui me laissaient le temps de voyager, en stop ou à vélo. Et puis, le stylisme c’est une passion depuis que je suis petit…

D’où le fait que vos visuels sont si soignés…

V. – Oui, je supervise tout, même si la notion de mode me saoule un peu. Ce qui m’intéresse surtout, c’est le vêtement, et je regarde les défilés des créateurs parce qu’on y voit des objets d’art. Mais mon look, je m’en fous un peu. J’aime bien la mode mais sur les autres.      

Par quoi est inspirée la chanson Les gens sont méchants?

V. – Ça fait quelques années que je participe à un programme qui s’appelle Hiver Solidaire (« Accueil fraternel de personnes sans domicile dans les paroisses catholiques de Paris », selon la page Facebook de l’association – NDLR) et qui permet d’accueillir dans des locaux de paroisses des sans-abri pendant l’hiver. On est une équipe de bénévoles, on se relaie, moi, j’y vais une fois par semaine et je compte bien y retourner l’hiver prochain. C’est une expérience qui m’a inspiré cette chanson Les gens sont méchants qui traite du silence face à cette précarité.  

Un tube comme Pas là, c’est très gratifiant, mais ça peut être dangereux…

V. – En tout cas, moi, je n’y pense pas. Maxime Le Forestier me disait « Profite aujourd’hui parce que dans 40 ans, ce sera autre chose » et je veux bien le croire. Je veux bien croire que cette chanson finisse par me taper sur le système, mais j’espère que je n’oublierai jamais combien elle a été opportune et ce que je dois aux gens qui en ont fait un morceau qui fonctionne. 

Qu’est-ce que cette chanson a changé dans votre vie?

V. – Le regard des autres. Quand je rencontre quelqu’un, quand je me déplace, c’est différent d’avant. C’est un petit traumatisme quand même, la notoriété. J’ai eu un peu de mal au début, mais finalement je l’accepte. J’avais peur que ça change l’essentiel, mais l’essentiel ne change pas si on ne veut pas que ça change. Et mes bases n’ont pas changé.

En concert au Botanique le 16 décembre 2015

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