Myriam Leroy « L’affaire Dieudonné m’a changée »

Installée dans le fauteuil de Jérôme Colin sur La Première pour les vacances, la journaliste de la RTBF présente Eté Bien Frappé avec envie et passion. De quoi se mettre d'attaque avant d'entamer la rentrée et ses nouveaux projets, soit une nouvelle émission nommée Coupé au Montage. Elle nous parle de Dieudonné, de ses capsules Myriam Leroy n'aime pas sur Pure FM, de l'aventure Canal + qui ne lui a pas plu plus que ça et de l'ambiguité d'être une femme, jolie qui plus est, à la télé. Tout un programme. On fait le point dans le magazine. Bonus

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Quelle leçon tirez-vous de l’épisode Dieudonné?

M.L. – Cet épisode m’a confrontée à ma propre pratique journalistique. Je suis passée de sujet à objet, et donc j’ai pu me rendre compte de la manière dont mes confrères faisaient leur boulot. Je me suis rendu compte que j’étais une bonne journaliste. Il a fallu attendre cet épisode pour que je me fasse confiance, parce que je n’ai jamais eu super confiance en mes capacités en général, une espèce de fausse humilité qui me suit depuis toujours. Je fais partie de ces gens qui sortaient des examens en étant sûre d’avoir raté alors que j’avais 18/20. Ca peut paraître prétentieux, mais ça ne l’est pas. (rire) J’ai vraiment pu grandir en tant que journaliste. Notamment cette année à l’émission Entrez Sans frapper où Jérôme Colin m’a confié son trône quand il n’était pas là. J’aurais eu beaucoup moins d’aisance à le faire avant cette affaire, parce que je manquais un peu de confiance, et maintenant que je me rends compte que je ne suis pas si pourrie, j’y prends vachement de plaisir.

Même schéma au niveau des interviews que vous effectuez? Ca vous a changée?

M.L. – Tout à fait. Les gens peuvent avoir tellement d’aplomb et poser des questions tellement bizarres en interview. Avoir été de l’autre côté de la barrière me permet de ne pas reproduire ces erreurs. Beaucoup de journalistes s’attendent à ce que l’interviewé fasse une sorte de numéro de cirque quand il répond. Un jour, une journaliste m’a dit « Alors, si tu devais imaginer un film sur l’histoire des bobos, ce serait quoi? » J’avais trente secondes pour dégainer tout un pitch intéressant pour un travail qui prend des mois normalement… Je devais tout lâcher à brûle pourpoint, quels seraient mes personnages, mon scénario, etc. Et j’ai pondu une réponse débile. C’était étrange. Il y a énormément de questions bizarres d’ailleurs, parfois on te demande ton âge alors que c’est sur Wikipédia. Mes confrères n’ont parfois aucun complexe à avoir l’air idiot en demandant des choses, donc ça m’a retiré pas mal de mes complexes aussi. (rire) Ca peut être très mal interprété tout ça, mais il faut le prendre avec des pincettes.

Pourquoi? Qu’est-ce qui vous complexait?

M.L. – Parce que, quand quelqu’un se la pète en face de moi, je me dis qu’il a forcément des raisons d’être comme ça. La poudre aux yeux marche très fort avec moi. Quelqu’un qui est très arrogant peut me mettre très mal à l’aise. Je me dis « S’il a tant de confiance en lui, c’est que ça doit vraiment être quelqu’un d’extra » (rire) J’ai un peu changé d’avis aujourd’hui.

Dans l’autre sens, vous souvenez-vous d’une interview qui s’est mal passée pour vous? Un artiste désagréable…?

M.L. – Non, pas vraiment. La radio est très différente de la presse écrite, pour ça. L’intervieweur a vraiment le pouvoir, il mène la barque. Dans ce cas-là, la personne que l’on interroge a tout intérêt à se laisser porter par la manière de ramer du journaliste et à ne pas être un immonde connard parce que s’il n’est pas sympathique, ça s’entend directement. On ne peut pas tricher en radio. Il n’y a pas de remontage. Cette année, j’ai interviewé plein de gens et je n’ai eu que de bonnes surprises. Mon moment préféré reste quand Didier Super est venu en studio. Je suis très, très fan et il s’est complètement lâché. Il est réputé ingérable en interview et là, il a accepté de sortir de son personnage. Il nous a montré à quel point il est intelligent, à quel point il a une vision construite et maligne du monde qui nous entoure. C’était super gai.

Après avoir sorti deux recueils de chroniques, il parait que vous écrivez un livre aussi…

M.L. – Ca va finir par devenir une blague cette histoire (rire). En fait, je dispose de plein de supers demi-romans. Et puis je n’arrive jamais à les compléter. Tous les étés, quand j’ai un peu de temps, je me lance dans l’écriture à fond. J’en profite pour faire une auto-thérapie et j’écris des pages et des pages. Puis quand vient la rentrée je n’ai plus le temps et plus l’envie d’écrire sur le sujet de base, vu que ma thérapie a fonctionné. En fait, je devrais choisir un sujet pour lequel je n’ai aucun intérêt, comme ça j’arriverais à terminer mon roman, enfin. Ca arrivera bien un jour. (rire)

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