Tame Impala: objectif lune

Le groupe australien réinvente la pop psychédélique en gobant d’incroyables substances synthétiques. Hallucinant.

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En deux albums, Tame Impala s’est érigé en grand rénovateur du rock psychédélique. Cheveux longs, rêves étirés sur des kilomètres de distorsion, les Australiens ont trafiqué la ligne du temps pour imaginer une poignée de main historique entre quelques vieux briscards (Pink Floyd, The Zombies) et une meute de jeunes renards (MGMT, Temples, Jacco Gardner). Fer de lance de ce beau trip revivaliste, Tame Impala vient aujourd’hui surprendre tout le monde avec un troisième album (quasiment) privé de guitares. En parfait contrepied de ses prédécesseurs, « Currents » place treize compos en orbite autour de la lune: des morceaux confectionnés à l’aide de synthés, des tubes fluorescents portés par une surprenante production R&B.

Le changement de cap peut dérouter. Pourtant, les indices de cette métamorphose se manifestaient déjà en 2012, sur la pochette de « Lonerism », album enregistré à Paris sur un tapis de guitares volantes. Illustré par une photo du jardin du Luxembourg, ce disque laissait entrevoir une passion naissante pour les éclats de la Ville lumière. Avec « Currents », Tame Impala pousse carrément les portes de Versailles, histoire de confronter ses visions synthétiques à celles des rois de France. C’est d’abord à Air qu’on pense en traversant les huit minutes de Let It Happen, envolée électromagnétique qui ramène l’oreille au plus près du bonheur éprouvé en compagnie de « Moon Safari ». Plus loin, sur l’affirmatif Yes, I’m Changing, c’est une pop irradiée de nostalgie qui, comme chez Phoenix, renaît des cendres du psychédélisme. Cerveau du projet, le chevelu Kevin Parker met ici sa voix au service de grandes chansons: des mélodies sensuelles qui bouleversent les frontières entre musique underground et culture mainstream.

Avant de se lancer comme musicien, Parker a étudié l’astronomie. Son diplôme en poche, il n’a jamais eu l’occasion de monter à bord d’une navette pour voyager dans l’espace. Mais peu importe. Aux commandes de Tame Impala, il a trouvé le moyen de toucher les étoiles en gardant les deux pieds sur terre.

Le 22/8 au Pukkelpop.

TAME IMPALA, Currents, Modular/Caroline.

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