Dans quel état j’erre…

Entre questions existentielles et amourettes, le nouveau Woody Allen est virtuose et jubilatoire.

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« Depuis que je suis tout petit, je suis attiré, pour je ne sais quelle raison, par ce qu’on appelle les grandes questions existentielles », explique Woody Allen quand on lui demande où il a puisé les ressorts de ce nouveau film. « Dans mon parcours professionnel, j’en ai fait des comédies lorsqu’il s’agissait d’interrogations qui prêtaient à rire. Ou des œuvres plus sombres, des objets de conflit entre mes personnages, en cas de questionnement plus grave. Ici, c’est un mélange des deux! »

Il en sort un film en forme de kaléidoscope. On commence version comédie romantique, ou presque. Un prof de philo dépressif et alcoolique (Joaquin Phoenix au top de la déglingue naturelle) s’installe sur le campus universitaire d’une petite ville et se laisse aller au jeu de l’affinité élective avec son étudiante la plus brillante (Emma Stone). Ensuite, ça bifurque vers le film noir, tendance sardonique, quand le prof découvre une raison (et une joie) de vivre dans le crime, façon justicier altruiste.

« Je crois fermement au caractère totalement aléatoire et futile de la vie, poursuit Allen. C’est d’ailleurs bien ce que le personnage central du film enseigne à ses étudiants. La vie entière se déroule sans rythme ni rationalité. Nous sommes tous soumis aux fragiles contingences de nos propres parcours. Comme chacun sait, il suffit d’être au mauvais endroit, au mauvais moment… ou l’inverse! » Dans la filmographie du maître, L’homme irrationnel se rapproche de Crimes et délits (1989) et de Match Point (2005), deux comédies diaboliques avec engrenage fatal et dévissage moral. Excellent! – F.V.

IRRATIONAL MAN, réalisé par Woody Allen. Avec Emma Stone, Parker Posey, Joaquin Phoenix – 96’.

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