Allocation universelle: Win for life pour tout le monde?

Finies les indemnités pour les chômeurs ou les retraites pour les pensionnés... À la place, chaque citoyen reçoit 1.000 euros par mois, à vie.

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C’est un débat qui vous passionne. Sur le site de Moustique, où nous l’avions livrée il y a déjà plus d’un mois, l’info a suscité un raz-de-marée de commentaires, de débats, de partages… Le nouveau gouvernement finlandais a décidé de verser à chacun de ses citoyens un revenu de 1.000 euros mensuels. À vie, sans distinction d’âge, de sexe ou de revenus. Les Finlandais qui le désireront pourront compléter ce revenu avec leur activité professionnelle. Ils seront simplement plus riches d’un millier d’euros. Et on espère bien qu’ils l’utiliseront pour relancer la consommation et la croissance. Les autres pourront, sans aucune forme de pression des autorités, se contenter de cette allocation pour mener le projet qu’ils souhaitent. Et on espère bien qu’ils seront plus heureux.

En Finlande, travailler deviendrait ainsi non plus une contrainte nécessaire, mais un choix de vie. D’abord dans des régions à fort taux de chômage, à titre d’essai. Ensuite dans le reste du pays. Et pourquoi pas d’autres nations européennes. En Espagne, par exemple, où le mouvement alternatif Podemos y songe sérieusement. À Utrecht, aux Pays-Bas, où un projet pilote est en cours. Ou en Suisse, où les citoyens seront amenés à se prononcer sur la question d’un revenu de base de… 2.000 € en 2016.

Non, la Finlande n’est pas un pays communiste. C’est un gouvernement de centre-droit qui a franchi le pas. C’est d’ailleurs la première curiosité de ce projet d’allocation universelle (AU), aussi appelée revenu de base: il ne s’apparente à aucun courant politique. Son origine reste confuse. Le premier concept qui s’en approche apparaît chez les utopistes anglais et français, dès le XVIe siècle. Plus tard, au milieu du XXe siècle, il sera défendu aux États-Unis, pour ensuite refaire surface en Europe, dans les années 70 et 80. Notamment en Belgique, où un groupe constitué autour de l’économiste et philosophe Philippe Van Parijs donne naissance à ce qui deviendra un réseau mondial, le Basic Income Earth Network (BIEN). Par ailleurs, Roland Duchâtelet, le milliardaire et ancien propriétaire du Standard de Liège, également fondateur du parti politique Vivant, en est l’un des plus fervents partisans.

Aujourd’hui, on compte sept Prix Nobel d’économie à s’être rangés derrière cette proposition. Certains résolument à droite, d’autres beaucoup plus à gauche. Beaucoup d’économistes y voient par exemple une façon de relever le défi impossible posé au plein emploi par la destruction massive de jobs par la robotisation, la numérisation et les délocalisations. Des libéraux avancent en outre que la mesure stimulerait l’innovation et la création d’entreprises. Assuré par un tel filet de sécurité, chacun pourrait prendre le risque d’entreprendre.

Les libertaires, eux, y voient l’occasion d’échapper à la tyrannie du travail, chacun pouvant s’adonner à ses passions plutôt qu’à s’abrutir dans un emploi strictement alimentaire. Certains écologistes, de leur côté, y trouvent un moyen de lutter contre le chômage qui ne passe pas par la production et la création d’emplois à tout crin, fût-ce au détriment de l’environnement. Des progressistes, enfin, espèrent sortir d’un certain paternalisme propre à l’État providence. Ce revenu étant versé sans conditions ou comptes à rendre, finies, la chasse et la stigmatisation des chômeurs. Mais aussi le sentiment de honte de ceux qui n’occupent pas un emploi.

Retrouvez l’article « Trois questions sur l’allocation universelle » dans Moustique 

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