Love, etc.

C'est le film qui a créé la polémique à Cannes. Après Seul contre tous, Irréversible et Enter The Void, Gaspar Noé signé Love. Un mélo porno en 3D. Attention, vidéo explicite.

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A défaut de posséder la recette absolue du succès, Gaspar Noé aura en tout cas prouvé qu’il connaissait parfaitement les ressorts du buzz taillé sur mesure. Puisque, dès l’annonce de sa sélection à Cannes, son Love a suscité la polémique. Alimentée par une soi-disant accumulation de sexe en 3D, de gros plans de type gynécologique et d’actes pour la plupart non simulés.

Désormais, nous avons vu le film. Et notre verdict est sans appel: à la fois sexuel et romantique, Love est une réussite et prouve scientifiquement que le sperme est bel et bien soluble dans l’eau de rose. L’histoire? Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour: deux ans avec Electra. Une passion faite de promesses, de jeux, d’excès et inévitablement d’erreurs irréparables. Plus proche du Nymphomaniac de Lars von Trier que de l’œuvre de Marc Dorcel, Love marque avant tout par le talent de son réalisateur. En effet, là où la plupart des cinéastes font aujourd’hui des films pour la télévision, Gaspar Noé nous invite encore à vivre des expériences de cinéma.

« Je n’aurais jamais cru qu’une petite bite puisse susciter un si grand scandale! »

Quant à l’utilisation de la 3D, transformée un peu vite par les producteurs du film en argument platement promotionnel d’un porno immersif, elle n’est jamais aussi belle que lorsque Noé se contente de caresser ses personnages. Le relief tisse autour d’eux un très joli cocon. Et c’est dans ces moments que le cinéaste arrive à démontrer à ceux qui l’auraient oublié (ou ne voudraient pas le voir) que l’amour implique le sexe. Que c’est normal, et même terriblement beau.

Erection + champagne = buzz

Mais à une époque où n’importe qui peut accéder à la pornographie sur Internet ou en VOD (c’est-à-dire dans le confort et l’anonymat de son canapé), on est en droit de se demander si un film à caractère pornographique peut encore devenir un succès sur grand écran. « De fait, expliquait récemment l’un des producteurs de Love, je pensais que ce film aurait un petit succès d’estime en salle et cartonnerait surtout en VOD. Mais là, vu l’emballement médiatique, je me dis que la sortie au cinéma devrait rameuter nettement plus de spectateurs que prévu. Bref, on a fameusement bien fait le buzz! »

On se dit qu’il a tout compris, l’ami Gaspar! Car son Love a squatté toutes les tribunes et bénéficié d’une campagne de promo gratuite dont n’oserait rêver aucun autre cinéaste classé art et essai. Etonnement sur lequel il s’exprime dans toutes ses interviews: « Je n’aurais jamais cru qu’une petite bite puisse susciter un si grand scandale! » Allant même jusqu’à avouer que les visuels annonciateurs du film, avec un sexe en érection, n’étaient pas tout à fait représentatifs de l’esprit général. « Ces affiches, volontairement provocatrices, ne correspondent pas au contenu de mon film. Mais elles ont fait le tour du monde. Il m’a suffi de tweeter, en connaissance de cause, la photo du sexe en érection avec en surimpression le mot « Champagne » pour faire allusion à notre sélection à Cannes. Je le répète: Love n’est pas un film porno, mais bien une histoire d’amour avec des scènes de sexe. Nuance. Au final, c’est le film que je voulais faire. Et je suis fier d’y être parvenu car il n’a pas été facile à monter… Maintenant, je me sens heureux et vide comme après une éjaculation. J’espère que le public sera touché par cette histoire dans laquelle j’ai mis beaucoup de moi-même. En réalité, je travaille sur ce film depuis près de vingt ans. J’avais même pensé le réaliser avec le couple Monica Bellucci/Vincent Cassel en vedette. L’affaire est tombée à l’eau, je les ai finalement utilisés dans Irréversible. Mais je ne considère pourtant pas ces années d’errance comme du temps perdu. Elles ont donné au film une dimension artistique insoupçonnée. »

Car au-delà des visées priapiques que certains confèrent à Love, il propose aussi un point de vue artistique. Boosté notamment par une 3D qui, lorsqu’elle est bien utilisée comme ici, apporte un supplément d’humanité. « Si j’avais fait ce film plus tôt, je n’aurais pas disposé de la même technologie. Elle m’a permis de multiplier les plans fixes, et c’est tant mieux. Car dès que l’on bouge la caméra, le procédé devient vite nauséeux. En ce sens, ce film est l’anti-Enter The Void, où je voulais créer une impression de vertige. »

Drame

Love (3D)

JJ Réalisé par Gaspar Noé. Avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin – 134’.

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