L’agroécologie, c’est quoi ce truc?

5 questions sur cette technique qui pourrait sauver la planète.

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Ancien rapporteur des Nations unies sur le droit à l’alimentation, le Belge Olivier De Schutter croit en l’urgence de repenser fondamentalement notre rapport à la terre. Sa solution: l’agro-écologie. On vous explique.

C’est quoi?

« Là où l’agriculture biologique repose sur un cahier des charges précis, l’agroécologie est plutôt une manière d’envisager le rapport à la nature et d’utiliser au mieux les ressources qu’elle nous offre. Il s’agit de techniques agronomiques qui misent sur la complexité de la nature. Au lieu de la « dominer », on en fait un allié. »

Où sont les avantages?

« On réduit l’usage d’intrants externes, le contrôle biologique remplace les pesticides. Les légumineuses et les déchets agricoles remplacent les engrais chimiques produits à base d’azote. L’ombrage des arbres et la capacité de leurs racines à aérer les sols permettent à ceux-ci de mieux capter et conserver l’humidité, ce qui réduit le besoin d’irrigation. »

Qui concernent-elles?

« L’agroécologie est non seulement moins destructrice, mais elle est aussi intéressante pour les petits agriculteurs dans les pays en développement, qui n’ont guère accès au crédit, cultivent des petites surfaces et ne peuvent mécaniser leur production. Elle réduit leur risque de dépendance aux fournisseurs d’intrants et rend le métier de produire plus abordable. »

Pourquoi ne l’utilise-t-on pas davantage?

« Cela tient notamment à deux choses. L’autre agriculture, industrielle et dépendante des énergies fossiles, est fortement subsidiée et n’intègre pas les externalités (ses effets secondaires, dont l’impact sur l’environnement) dans les coûts de production. De plus, il y a des obstacles culturels: les décideurs ne « croient » pas en l’agroécologie, qui leur paraît sans doute insuffisamment « moderne ». Or, elle ne relève pas d’une nostalgie de l’agriculture de jadis: elle est fondée sur la meilleure science agronomique d’aujourd’hui, qui doit relever le défi de ce siècle – celui d’un monde aux ressources rares. »

Pourra-t-elle nourrir l’ensemble de la planète?

« Pas dans l’immédiat. La transition a un coût et les agriculteurs souhaitant opérer cette transition devront être aidés pendant deux ou trois ans pour passer d’un système à l’autre. Mais l’agriculture agroécologique peut être très productive. Par une bonne diffusion des connaissances, on peut aboutir à des augmentations de rendements considérables avec un minimum d’investissements. La question des coûts est cruciale: là où l’agriculture conventionnelle donne l’impression de produire plus, c’est en usant d’engrais chimiques et de machines qui ont un coût nettement plus élevé. »

L’interview d’Olivier De Schutter est à lire dans le Moustique de ce 29 juillet.

 

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