Dour Festival 2015: le débrief de la journée de samedi

La diva Lauryn Hill sous la drache,  des Grecs psyché qui règlent leur dette, un Libertines en forme et la Shériff qui tire plus vite que son ombre. Yep, encore une belle journée...

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> Miss Lauryn Hill

Après Mark Ronson qui s’est produit jeudi et avant Snoop Dogg qui doit clôturer le festival ce dimanche, miss Lauryn Hill est l’autre grosse star de Dour et il y a embouteillage devant la Last Arena où elle se produit.  L’ex-chanteuse des Fugees a la réputation d’être devenue une diva un peu capricieuse et on en reçoit les preuves. Elle se pointe une demi-heure en retard, commence par passer un savon à son ingénieur du son, lance des regards  sombres vers ses musiciens et ne se fend même pas d’une petit « bonsoir » en introduction. Déjà que son MC avait lancé du « How dou you feel Brussels tonight » quelques minutes plus tôt…  Ça commence d’autant plus mal que le son est une véritable bouillie. Mais on ne s’appelle pas Lauryn Hill pour rien. Entourée d’un band pléthorique, elle reste la plupart du temps assise avec sa guitare acoustique et interprète ses chansons comme des prières. La belle femme qu’elle est toujours remet très vite les pendules à l’heure.  Elle corrige le son, trouve le bon mood et délivre finalement une prestation peace and soul de toute beauté. Un clin d’œil à Stevie Wonder (Blaster jamin), Bob Marley qui n’est jamais loin (Is this love ?, Could you be love),  des extraits de son hommage récent à son idole Nina Simone  (New day I m Feelin,  You know how I feel) et, of course, tous les singles des Fugees.  Alors que la drache nationale s’abat sur le site de La Machine à feu, elle termine son show par une version époustouflante de That Thing, son mégatube exrait du  méga album « The Miseducation of ». Un grand moment.

> Acid Baby Jesus

N’en déplaise à Angela Merkel, la Grèce a encore fait sauter la banque.  Ça s’est passé ce samedi dans le Labo du Dour Festival et la faute en incombe à quatre zozos helléniques complètement barges,  réunis sous le nom de gang Acid  Baby Jesus.  Avec un guitariste qui remet la coupe de Benny Hill au goût du jour, un batteur qui a dû avaler son litron de Ouzo avant de monter sur scène, un chanteur beau comme un dieu d’Olympe et leur bassiste qui ressemble au mitrailleur allemand bigleux de La grande vadrouille,  ils ont fière allure les mecs.  Leur truc?  Rafraîchir les bizarreries garage/psychédéliques de la fin des sixties, y ajouter quelques vocalises traditionnelles et saupoudrer le tout d’un zeste de folie insouciante. La  claque. On s’est fait (a) voir par les Grecs et on n’a même pas honte.

> Laetitia Shériff

Samedi, début de soirée, on capte à fond l’équation de cette 27ème édition : qui dit Labo dit nouvelle expérience. Cette fois, on vit ça au bras de Laetitia Shériff, un visage d’ange posé sur un corps électrique. Le cœur collé à sa basse ou les doigts enlacés autour du manche de sa guitare, la Française dompte le rock avec un charisme d’impératrice. Comme chez PJ Harvey, Shannon Wright ou Kim Gordon (ex-Sonic Youth), la voix de Laetitia s’éclaire sous les coups de tonnerre et impose sa grâce en plein orage. Il ne tombe pas une goutte sur la Plaine de la Machine à Feu mais, sous le toit du Labo, on assiste à un déluge de distorsion, un tourbillon traversé d’un souffle divin. En anglais dans le texte, Laetitia Shériff purge sa rage derrière le micro. Entre chuchotements délicats et cris déchirés à gorge déployée, la chanteuse nous colle un des concerts coup-de-poing de la journée.

> Carl Barât.

Alors qu’il présente en avant-première le nouvel album de son groupe The Libertines dans une poignée de festivals triés sur leur volet (en résumé, ceux qui veulent bien casser leur tirelire), Carl Barât débarque, tel un desperado, dans La Petite Maison Dans La Prairie avec son gang de hors-la-loi The Jackals. Cette bande finalement très fréquentable a publié discrètement l’album « Let it reign »  en février dernier.  Escouade de fines lames, elle en délivre pied au plancher les meilleurs extraits. On admire l’abnégation de Barât à imposer son punk/rock optimiste. Il a dû toucher quelques pièces en comparaison de son cachet avec The Libertines, il voyage dans un van pourri avec ses bros et ne doit pas souvent changer de chaussettes.  Mais il y va et décharge ses rafales (Let it reign, Victory gin, Glory days, War of the roses) avec la foi du débutant.  A défaut de révolutionner la musique, il a au moins le mérite de raviver la flamme. Après 45 minutes, la messe est dite et on retrouvera plus tard dans la soirée le Barât  sur les côtés de la grande scène pour prendre une photo souvenir de Lauryn Hill. Il est comme ça, Carl et on l’aime bien.

> LA Priest.

Echappé de la formation Late Of The Pier dont il était le chanteur, Samuel Eastgate rentre sous les ordres de l’électro/pop expérimentale sous le nom de code LA Priest.  Oino, premier single paru sur Domino, montrait que le garçon avait beaucoup dû écouter Daft Punk dans le tour bus de son groupe. Mais sur la scène de la Petite Maison dans La Prairie, il montre d’autres facettes de son talent.  Il est seul sur scène dans sa belle chemise blanche piquée dans la garde-robe de Bernard-Henry Lévy.  Pourtant,  on dirait qu’il a trois cerveaux qui fonctionnent en même temps, mais pas à la même vitesse.  Samuel joue de la gratte, bidouille et chante d’une voix haute perchée. A 28 printemps, celui qui a aussi été le guitariste de tournée de Conan Mockasin, choisit de ne pas choisir.  En quelques secondes d’intervalle, il réussit à évoquer la pop cold-wave de Durutti Column, un face B d’un maxi de Prince période « Purple Rain », voire des effluves de dream pop façon Mercury Rev.  Pas de doute, c’est un mec doué qui est capable de faire danser les mecs et pleurer les filles. A moins que ce ne soit l’inverse.

> Za!

Nouveauté de l’édition 2015, Le Labo se veut le réceptacle des musiques sur la brèche, des mélodies en mutation et des sons en expérimentation pour le monde de demain. Avec les Espagnols de Za!, le chapiteau du festival a, pour le coup, parfaitement rempli son contrat, tant l’endroit colle parfaitement aux visées avant-gardistes  du duo. Toujours en contre-pied du concert balancé le jour d’avant sur la route, Za! se réinvente à chacune de ses apparitions sur scène. En mouvement autour de leurs instruments, les Catalans entrevoient chaque jour de nouvelles alternatives pour le rock. Ce samedi après-midi, à Dour, Za! a entrechoqué divers objets, parfois non identifiés. Trompette, vocoder, guitare, batterie, boîte-à-rythmes, maracas, synthés, chants, cris, rugissements, incantations. C’est du rock barré de chez barré. Wham! Bam! Ça plane pour Za! Génial.

 

 

 

 

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