Dour Festival 2015: le débrief de vendredi

Damon Albarn  pour deux chansons entre deux avions, les 75 ans de Tony Allen, un sain Nicolas, des Belges en kilt et une bassiste nippone ni mauvaise. Dour, c'est dingue...

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> Tony Allen feat. Damon Albarn & Oxmo Puccino.

Pour fêter dignement l’approche imminente de ses 75 ans, ce 20 juillet, le Lagotien  Tony Allen emporte le soleil sur la plaine et profite de son passage à Dour pour inviter du beau monde à le rejoindre sur scène. Pionnier de l’afro-beat, inusable baroudeur, le batteur de Fela Kuti convie d’abord son pote Damon Albarn pour une leçon de piano napée de mélancolie. Le leader de Blur confronte sa voix d’ange aux percussions abrasives d’Allen. C’est beau, mais très court. Obligé de quitter la Last Arena pour prendre un avion en direction du Portugal – où il se produit le soir-même avec Blur –,  l’Anglais s’essaie en français pour souhaiter un joyeux anniversaire (à l’avance) au vieux briscard de la journée. Là-dessus, le public entonne un mémorable « Happy Birthday To You, Tony ». Touchant. Dans la foulée, c’est le rappeur Oxmo Puccino qui plante ses bons mots derrière le micro. Entre les dents du bonheur d’Oxmo et les crocs dorés de Damon, Tony mène le rythme à la baguette. Les invités partis, six autres musiciens prennent le relais dans un va-et-vient de synthés chaloupés et de cuivres chaleureux. Chaud, chaud, chaud.

> C2C.

Les quatre Nantais étaient de retour à Dour sans un nouvel album, mais avec leurs platines et leur bonne humeur. Las! Dans une plaine remplie à craquer, C2C ne crée plus l’effet de surprise comme il l’a fait voici trois ans.   Les anciens champions du monde de Disco Mix Club restent d’habiles techniciens, ils ont le mérite de nous la jouer old-school en scratchant sous nos yeux leurs propres vinyles mais leur musique  manque de groove et de piment.   Après une battle entre les deux ex Hocus Pocus et Beat Torrent,  la pluie tombe et nous avons envie de nous réfugier sous une tente, direction le Dub Corner et ses bonnes basses jamaïcaines.

> It It Anita.

Début d’après-midi, brochette à la main et lunettes de soleil sur le nez, on s’engouffre dans la fournaise de la plaine de la Machine à Feu pour rejoindre le Labo, lieux d’expérimentation attitré du Dour Festival. Sur scène, It It Anita présente le fruit de ses dernières recherches: une substance (rétro)active qui grésille dans les amplis et croustille dans les oreilles. Héritiers de Fugazi, Sonic Youth et autres coups de Karate, les Liégeois de It It Anita s’agitent avec de nouveaux morceaux sous le bras : les titres d’un EP produit par l’Américain John Agnello, architecte de quelques albums cultes pour Dinosaur Jr., Sonic Youth ou Kurt Vile. Sur scène, le quatuor enroule ses mélodies dans la distorsion et échange des dialogues énervés dans une ambiance électrique. Soit une entrée en matière balancée avec l’art et la manière.

> Drenge.

Pour défendre  les claques grunge/rock de leur deuxième album  « Undertow » paru au printemps dernier, Eoin (cheveux courts et gratte) et Rory Loveless (longues douilles et batterie),  les deux frangins qui forment Drenge, sont désormais accompagnés d’un bassiste aussi jeune  et écervelé qu’eux.  Derrière un mur du son impressionnant, le trio balance la purée avec toute la nonchalance post-ado qu’il faut pour être tendance en 2015.    Et si Drenge ne semble jamais lassé de singer ses héros Soundgarden, Mudhoney ou encore, of course, Nirvana,  la formation de Sheffield sait aussi se distinguer sur le presque pop We can  do what we want qui s’impose comme une vraie déclaration de foi.

> Nicolas Michaux.

« A la vie à la mort »,  chante joliment Nicolas Michaux  dans un Labo assez dégarni. Les absents ont tort, car les compositions, pour la plupart inédites, de l’ex meneur de la troupe Eté 67, ne manquent pas d’arguments. Entre mélodies à la fausse naïveté,  claviers rétro,  accords artisanaux en arpèges mais aussi  quelques solos de gratte électrique bien rauques and roll,  Nicolas M. impose son nouvel univers.   Trentenaire quelque peu désabusé, il a quitté le Quartier de la gare et passé la frontière pour découvrir de nouveaux sons et une nouvelle écriture. Entre deux chansons, il se dit heureux d’être là et « de voir tant de liberté« .  De la liberté, il en prend avec ses mots, la langue de Voltaire et les formats de la chanson qu’il repousse toujours un peu plus loin. Il aurait mérité de jouer devant plus de monde. Ah oui, son premier album solo tant attendu devrait pointer le bout du museau début 2016 sur le label français Tôt ou Tard. C’est pas trop tôt…

> Deerhoof.

Si le rock est véritablement indépendant, Deerhoof devrait être son président. Voilà près de vingt ans que les Américains culbutent les étiquettes et asticotent la pop sur fond de post-n’importe quoi (noise, rock, prog, etc.). Invité à Dour en début de soirée, le groupe étire son sens du décalage artistique sur des morceaux sautillants et élastiques. Au chant, déjà, il y a l’incroyable bassiste Satomi Matsuzaki: un bout de femme de la taille de Yoko Ono qui gesticule comme un Pokémon sous perfusion de Redbull. À ses côtés, les guitares sont partagées entre une chemise à carreaux (John Dieterich) et un mariachi aux allures de guitar hero (Ed Rodriguez). En short à fleurs, le batteur Greg Saunier partage son bonheur avec les festivaliers. Dans un français plus qu’imparfait, il explique: « Avant, je ne comprenais pas le Dour Festival. Aujourd’hui, j’ai tout compris !  » Nous, on n’a pas vraiment pigé le fin fond de sa pensée, mais qu’importe. Entre la robe étoilée de Satomi Matsuzaki et les incessants changements de tempo, on a adoré notre trip dans la Petite Maison Dans La Prairie.

> The Black Tartan Clan

Rien ne va plus. L’heure du goûter n’a pas encore sonné sur la plaine de la Machine à Feu et, déjà, on entend une cornemuse résonner au loin… Une mauvaise fringale ? Une grosse fatigue? La bière? La drogue-c’est-mauvais-pour la santé? Rien de tout ça. Juste six Belges en kilt qui, dans la Cannibal Stage, ont juré allégeance à la croix du drapeau écossais. Biberonnés au whisky pur malt et au steak Angus, les gars s’agitent sous le fanion de The Black Tartan Clan avec un trèfle tatoué sur les fesses et la croix celtique gravée sur le cœur. Bien loin dans les Highlands, les garçons ont troqué leurs noms en « Van De » contre des pseudos en poils de mouton. MacTouche, MacHoze, MacHoze Jr, MacMarsh, MacAël et MacPië vadrouillent sur la colline des Dropkicks Murphys avec un petit bouquet d’églantines et quelques hymnes à la fraternité virile. Un peu improbable, le concert prend rapidement des allures de grand défouloir. Sans jamais se montrer à la hauteur des meilleurs musiciens des îles britanniques, les mecs emportent la partie avec la fougue d’un rugbyman à la castagne dans une mêlée. Chez The Black Tartan Clan, tout se joue la tête baissée et le muscle tendu. Vive le kilt libre.

 

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