Dour 2015: Le débrief de la journée de jeudi

Le Uptown Funk de Mark Ronson, la transe d'Omar  Souleyman, la danse  du désert de Songhoy Blues, l'électro festive de Romare,  le stoner rock de Mario le Carolo.  Dour réinvente le concept de  grand village global.

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> Mark Ronson.

Quand le beau gosse et producteur le plus hot du moment débarque sur la scène principale, toutes les filles sont là, devant, aux premiers rangs.  Prêtes  à faire la fête.  On pourrait être aux NRJ In  The Park, mais non, on est à Dour et ce blockbuster des charts mainstream va mettre tout le monde d’accord avec un dj set implacable mais très classe.  Mark Ronson a le sens du tube, la recette du groove,  la technique des grands pros, la culture du bon goût et la glamour attitude. Ses platines vinyles sont de couleur verte pour faire joli, mais c’est via un laptop qu’il envoie ses morceaux retravaillés en live pour le plaisir des yeux et des oreilles. Il annonçait un dj set; mais il n’est pas venu seul. Deux MC’s blacks l’accompagnent et joue aux entertainers. Et ça fonctionne. Après un round d’observation d’une dizaine de minutes (Vrai dj set? Concert. Performance?), public et artiste se retrouvent dans le même mood et la party peut commencer. Sa version étirée, époustoufflante, sexy, voire quasi érotique de Uptown Funk a dû donner beaucoup d’idées  aux festivaliers (et aux festivalières) pour le retour sous la tente. Une star était de passage sur le site de La Machine à feu.  Elle s’appelle Mark Ronson. Elle n’a pas déçu. Elle nous a fait danser et rêver… Interview exclusive de ce grand monsieur très prochainement dans le Moustique.
 

> Songhoy Blues.

Au carrefour des cultures et des continents alternatifs, Dour s’invente en Afrique le temps d’un concert moite et électrique. Disciples du guitariste Ali Farka Touré, apôtres d’une musique plurielle et de chants résolument ouverts sur le monde, les musiciens de Songhoy Blues débarquent sous le Dance Hall en début d’après-midi. Il est à peine 15 heures mais, en compagnie du groupe malien, l’ambiance a déjà des allures de bamboche nocturne. Dans la fosse, c’est la fête du slip, le zouk, la bamboula avec jeux de jambes et claquements de mains : la fièvre tropicale. Chaud bouillant. Sur scène, c’est la danse du poulet démembré, le jerk du ‘Funky Chicken’. Enormissime dans un registre funk en poils de chameau, banal dans le giron d’Amadou & Mariam, Songhoy Blues s’aventure plus loin dans le désert et profite du final pour donner le meilleur de lui-même : un blues moite et saharien, cramé sous un soleil soul-funk. Fort. Très très fort.

 

Songhoy Blues Crédit photo : KMERON #dour15 #songhoyblues

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> Lee Fields & The Expressions.

Deux cuivres, un organiste, un batteur et un guitariste qui ne quitte pas d’une semelle le bassiste.  Ils sont tous sapés comme comme un soir de noces et ont des allures de grands nababs. Il n’y a pas à dire, Lee Fields ne se moque pas du public lorsqu’il débarque à l’heure de l’apéro sur la scène du Jupiler Dance Hall sous de languissantes effluves soul.  Entre ballades gospel blues dédiées à sa maman Emma Jean (titre de son quatrième album) et envolés plus funky, cet échorché vif de 69 ans originire de Caroline du Sud a le cœur qui bat la chamade et le groove qui lui sert de respiration. Après un début de set chaud boulette, mais un rien linéaire, il sonne la fin de la récré, vide alors ses tripes, évouqe le James Brown du « Live at the Appolo » et marue ses larmes aux gouttes de transpiration qui perlent sur son visage.  Yep, Mister Dynamite était de passage sur le site de La Machine à Feu et ça nous a fait un bien fou.

> Romare.

Voilà l’exemple parfait de concert improbable comme on en voit qu’à Dour.  On s’explique. Ce Londonien longiligne et maigrichon débarque sur la scène expérimentale du Labo en tout début d’après-midi et c’est comme si nous nous retrouvions au milieu de la nuit dans un club underground. Les gens danses, boivent, sourient et le garçon se met déjà en torse nu après seulement deux tracks. Symbole du renouveau du très estimé label Ninja Tune sur lequel il a sorti son premier album « Projections », Romare a étudié les cultures africaines à l’unif. Un intello doublé d’un geek. De son laptop, il extrait des samples judicieux: une rythmique africaine tribale, une intro d’une face B de James Brow,  un chant de griot…  A l’aide de sa table de mixage et de ses curseurs, il ajoute des nappes électro, des beats lançinants et de savants petits effets qui donnent le tournis. Romare sait faire monter la pression, a plein d’idées qu’il teste en live devant nous  et a aussi l’intelligence de ne pas rester trop longtemps dessus pour passer très vite à autre chose.  Ses incessants aller-retour entre Occident et Afrique,  modernité et tradition,  rêve et réalité sont grisants. Un top concert. Une top découverte.

 

Doureuuuh! Crédit photo : KMERON #dour15 #concert #lastarena

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> Dario Mars & The Guillotines.

Dario Mars & The Guillotines, c’est la Belle et les bêtes.  Le mariage du cuir des bikers et de la soie des partys mondaines.  Les Nashville Pussy du Pays Noir, voir les Alabama Shakes qui auraient coincé leurs doigts dans la prise électrique. Oui, c’est un peut tout ça. Brouillon mais tout bon, à l’image de « Black Soul », leur premier brûlot discographique produit avec la foi mais aussi des mouffles. Emmenée par l’élégante chanteuse black Binetta Saware, la formation compte parmi ses membres des anciens Hulk, La Muerte et autres Les Anges, soit autant de formation cultes belges qui aiment faire parler la poudre. Comme le soulignait le toujours parfait Ponpon en les présentant devant un public hélas clairsemé, Dario Mars (alias Renaud Mayeur) et ses Guillotines, « c’est un mélange de stoner rock graisseux et de soul cosmique« . On a senti le cambouis, on est parti un peu dans l’espace sur les coups de canif de Dario et le charme félin de Binetta. Et on s’est fait plaisir…

> The Electric Wizard
Actifs depuis 1993, les Anglais de The Electric Wizard ont posé leurs amplis aux portes de l’Enfer pour s’imposer en maître du doom et du rock stoner. De passage à Dour, les mecs posent leurs tignasses sur les planches de la Cannibal Stage pour une heure de rock’n’roll qui pue la sueur et la graisse de moteur. Bande-son sale et suintante
d’une virée fantasmée en compagnie de Hells Angels en rut, la musique agrippe les tripes au pied-de-biche. Avec The Electric Wizard, le rock stoner s’offre une descente dans une boîte échangiste, avant d’enchaîner avec un coup fumeux dans un bar de rednecks. Le concert est tendu, psyché, sexy et violent à souhait. À fond les pistons dans
les derniers tours, le guitariste explose les cordes de sa gratte. Mais qu’importe. C’est pas parce qu’on pète une durite qu’on doit
ralentir le tempo. The Electric Wizard trace le bitume avec une colonne de fumée sanglée au capot. Enorme.
 

> A Place To Bury Strangers.
Héritier de My Bloody Valentine et autres Jesus & Mary Chain, le trio new-yorkais A Place To Bury Strangers s’élance sur la scène de la Cannibal Stage avec le pied enfoncé sur la pédale de distorsion. Riffs écrasants et percussions martiales : le groupe perfore une brume électrique où la guitare broie du noir et du bruit blanc. Propulsée
par une batterie métronomique et des lignes de basse new-wave, la six cordes érafle les moindres recoins d’un show hanté par la voix caverneuse d’Oliver Ackermann, leader mi-homme mi-corbeau, perché tout au-dessus de ce mur du son sans concession. Sans réinventer le genre, A Place To Bury Strangers claque un concert sans concession. Une bonne déflagration rock’n’roll. Un disque explosif.

> Omar Souleyman.

« Omar, Omar, Omar« . Il est là, le sheik de la techno syrienne. Avec son compositeur et claviériste Razian  Saïd, son keffieh et sa petite moustache.  Manque plus que le chameau et un minaret en fond de décor… Et voilà encore un spectacle improbable. Un vétéran de la musique traditionnelle qui a fait toute sa carrière en animant des mariages dans son pays natal se retrouve à Dour, sur la scène de La Petite Maison dans La Prairie devant des milliers de très jeunes spectateurs s’abandonnant sur ses beats hypnotiques et peaceful.  Enregistré à Istambul, où il s’est réfugié, et écrit avec le poète Ahamad Alsamer, son nouvel album « Bahdeni Nami »  ne change rien à la donne. ll ressemble au précédent qui ressemblait déjà à celui d’avant.  Mais on s’en fout. Ce soir, c’est la fête dans le souk, la trance chez Ali Baba et le mezze des cultures. Chantées en syrien et en kurde,   ses psalmodies  nappées de boucles électro nous font transpirer et oublier tout le reste. Et c’est bien cool…

 

Omar Souleyman Crédit photo : KMERON #omarsouleyman #dour15 #concert

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