Polar post-franquiste

Déjà culte en Espagne, La isla minima arrive enfin chez nous. Grand frisson.

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Andalousie, début des années 80. Un soleil de plomb. Et une enfilade de marécages qui jouxtent un sol buriné, aux allures de paysage lunaire où s’accrochent comme elles le peuvent quelques maisonnettes en bois. Dans ce no man’s land où même la végétation semble souffrir, on découvre les corps nus de deux adolescentes sauvagement assassinées. Pedro et Juan, deux flics aux méthodes radicalement opposées, sont sommés de résoudre au plus vite l’affaire. La révolte sociale gronde et les autorités n’ont pas de temps à perdre avec la mort de « deux filles faciles ».

Dès les premières images – sublimes – de marécages poisseux filmées par des drones, on pense à True Detective. La trame, classique, de la traque d’un tueur en série de jeunes filles et son duo antinomique de flics typés, la moiteur du paysage qui vous colle la chemise, des allures de bayous de Louisiane hantés par une sorte de malédiction divine, tout y est. L’image naturaliste, et pourtant anxiogène, renvoie également à Fincher et au polar Memories Of Murder, de Bong Joon-ho.

Mais le film va progressivement se débarrasser de ces grandes œuvres tutélaires un peu trop pesantes pour prendre son propre rythme et devenir enfin intéressant. La isla minima n’offre pas la tension d’un Seven. L’enquête au long cours n’a pas pour but de livrer de fracassantes révélations. Ce qui intéresse le cinéaste, ce n’est pas l’ »affaire ». Mais le chemin qui mène à ces filles mortes. Qui va révéler une Espagne fracturée, encore corrompue, violente, pauvre, machiste et qui n’en finit pas avec ses fantômes du passé. A l’image de Juan, le flic plus âgé, violent, amateur de femmes et de drogue et qui pisse du sang, comme pour extirper de son corps le démon de sa jeunesse fasciste. Mais qui ne désespère pas de ressembler un jour à son jeune collègue démocrate. C’est au fond de cette quête que nous parle ce fascinant thriller sensoriel.

> LA ISLA MINIMA, réalisé par Alberto Rodriguez. Avec Jafar Panahi – 105’.

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