LES ARDENTES 2015: Le débrief de la journée de samedi

L'iguane Iggy Pop, l'énorme show de la bombe Nicki Minaj, Roscoe dans son jardin, une vague psyché à l'heure de la sieste et The Belgians sous le soleil de Tropic.

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> Nicki Minaj.

Programmée en contre-pied d’Iggy Pop, l’autre tête d’affiche de cette troisième journée du festival, Nicki Minaj frappé fort. Très fort. Toute moulée dans une combinaison noire transparente -qui ne cache strictement rien de sa plantureuse anatomie-la rappeuse originaire de Port-d’Espagne ne débarque qu’avec 25 minutes de retard. Et franchement, on s’attendait à patienter plus longtemps, vu ses caprices. Hurlements aidants dans un HF6 archi-bondé, la callipyge dégaine les plus gros tubes de son répertoire pour former un medley d’anthologie. Only, Moment 4 Life, Beez in the Trap, Super Bass,… Accompagnée de quatre danseuses à la plastique de rêve et de deux bodybuildés torse-nus, miss Minaj prouve en une heure seulement qu’elle mérite sans sourciller le titre de rappeuse « la plus influente de tous les temps », comme l’affirme le New York Times. Et ce, pourtant, sans vraiment chanter. C’est que l’artiste, décomplexée face au playback quasi omniprésent lors de sa prestation, se donne pour mission de faire transpirer la foule en remuant son énorme derrière, sur l’hymne du twerk, Anaconda, notamment. Enchainant les aller-retour face à un public béat, la geisha hip-hop fait monter sur scène deux fans hollandais, dont une jeune fille en pleine crise d’apoplexie. Le temps de reprendre notre respiration et de s’éventer un peu dans un HF6 renommé hammam pour l’occasion, que revient tout sourire la belle pour dégainer l’artillerie lourde, soit les cinq morceaux les plus dansants de son répertoire. Pound the Alarm, Whip It, Hey Mama, Turn Me On, Nicki Minaj ne nous a rien épargné hier soir, pour enfin quitter la scène en beauté sur Starships, applaudie par une foule manifestement aux anges. La claque. L’énorme claque. Le plus gros show du festival.

 

Nicki Minaj Crédit photo : KMERON #nickiminaj #ardentes15 #showtime #festival #anaconda

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> Iggy Pop.

« I am Iggy. I love you. I am you! Fuck! Shit! Fuckin’ shit ».  A soixante-huit balais, James Osterberg a le sens de la formule. Et du show aussi. En grand seigneur, il débarque sur scène en avance sur l’horaire et remet les pendules à l’heure en enchaînant quatre morceaux d’anthologie: No Fun, I wanna be your dog, The Passenger, Lust for life.  Yep! Il est comme ça,  Iggy, il commence par le rappel.  Ce qui est sûr, c’est qu’après pareille décharge électrique, l’herbe ne repoussera plus jamais dans le parc Astrid.  Il saute moins qu’avant,  sa fuckin’ hanche le fait boiter davantage et son fuckin’ groupe ressemble à un orchestre de pub de ville de province mais la voix est toujours intacte. Et quelle vision dantesque de le voir danser dans la nuit… Sa chevelure ondule, il se touche le sexe et ses veines menacent toujours d’exploser sous sa peau de reptile toute écaillée. Iggy envoie la purée sur 1969, ressuscite Sixteen, Skull ring, Sister Midnight ou encore Some Weird sin. Aux deux tiers du set, il s’assied sur une chaise comme une vieille pute cramoisie et fait un grand numéro de crooner fatigué sur Nightclubbing avant d’envoyer une dernière salve avec I’m bored, Funtime,  Neighborood Threat et Dum Dum Boys. En une heure et quart, il a rappelé qu’il était le dernier punk en vie. Fuckin’ Iggy, on ne t’aime pas, on t’adore…

 

> King Gizzard & The Lizard Wizard.

En attendant l’arrivée de l’Iguane, on se promène dans l’Aquarium où d’autres bestioles, venues d’Australie, se réchauffent sous les réverbérations électriques. Affublé d’un nom bizarre, King Gizzard & The Lizard Wizard secoue ses guitares au fond du rock garage. Quelque part entre Thee Oh Sees et Ty Segall, les sept garçons s’affairent avec une énergie qui fait plaisir à voir. Habillés plus ou moins n’importe comment, les mecs se détachent du tout-venant rock’n’roll avec plus ou moins n’importe quoi: décharges acides, montées psychédéliques, secousses sismiques, descentes exotiques. Au milieu des deux batteries, quelques instruments improbables pogotent avec les guitares. Flûtes (enchantées), maracas (déjantées) et harmonica (détraqué) viennent goûter aux plaisirs toxiques de cette grande jam hallucinée. Entre hier (The 13th Floor Elevators, The Monks, Led Zep, Traffic) et aujourd’hui (Flaming Lips, Fuzz, Thee Oh Sees), la musique de King Gizzard & The Lizard Wizard répond présent. On adore.

 

King Gizzard & The Lizard Wizard Crédit photo : KMERON

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> The Experimental Tropic Blues Band (presents The Belgians).

Dans l’Aquarium, The Experimental Tropic Blues Band célèbre la fête nationale avec un peu d’avance. Drapé en noir-jaune-rouge, le trio liégeois claque son rock’n’roll sur des projections façonnées aux couleurs de la Belgique. En mode ciné-concert, la batterie martèle, les guitares s’agitent et les images se bousculent sur un rythme épileptique: frites, gaufres, mitraillettes, ketchup, chantilly et mayo. La crème de nos traditions culinaires s’étale sur une bande-son électrique et urgente. A vomir de plaisir. La prestation monte rapidement dans les tours. La vidéo s’emballe : Justine, Kim, le foot, la demi-finale à Mexico, Eddy, JCVD, Thierry Boutsen, attaques de fourgonnettes blindées, Brel, Arno, pogo pogo. Vagues d’ovnis, entartrages, pédophiles, attentat liégeois, politiciens (corrompus?), new-beat, Sandra Kim et stage diving. La main sur le cœur, le groupe entame la Brabançonne : le Roi, la loi, la liberté. Fabiola, Agusta, Albert et Sabena. Le concert vire complètement fou-fou. Tout ça est arrivé près de chez vous. A liège. Au festival Les Ardentes. Et c’était fort bien.

> Roscoe.

Comme The Experimental Tropic Blues Band (voir ci-dessous), Roscoe joue à domicile en ce samedi,  journée du festival où les grattes sont à l’honneur. Dans un Aquarium qu’on a rarement vu aussi blindé, la formation a construit un mur de son majestueux qui met en valeur les subtiles nuances de « Mont Royal », son deuxième album sorti au printemps dernier.  Bien préparés à ces retrouvailles avec les Ardentes -c’est ici qu’ils ont donné leur tout premier concert en festival-, les cinq musiciens de Roscoe sont concentrés sur leur sujet mais jouent comme un vrai groupe. Discrets et feutrées,  leurs regards guettent ici, un signe du batteur là, une œillade de chanteur Pierre Demoulin pour accélérer la cadence ou relancer la machine. Mélancoliques, toujours cinématographiques et épiques à l’image de l’imposant Rule ou de Hands of rules, leurs compositions passent merveilleusement la rampe et possèdent d’indéniables vertus hypnotiques.  Leur sourire en fin de concert en dit long sur  leur émotion et sur l’importance qu’ils attachaient à cette prestation.  Ils peuvent être heureux de nous avoir rendus heureux.

 

Roscoe Crédit photo : KMERON #ardentes15 #roscoe #festival

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> Bed Rugs.

Après avoir inondé l’Aquarium lors du concert speed de King Gizzard & TheLizard  Wizard, la vague psychédélique se déplace d’une trentaine de mètres pour déferler sur la scène HF6. Sur scène, cinq jeunes hommes réunis sous le nom de Bed Rugs venus avec des grattes, une section rythmique vaporeuses, un clavier tortueux juste comme il faut et, accessoirement, des chemises H&M et des bermudas à motifs bariolés achetés en solde chez JBC. Dans la salle, il doit y avoir à tout casser deux cent personnes dont des très jeunes fans de Nicki Minaj qui squattent déjà le premier rang. Finaliste du Rock Rally Humo, promotion 2008, sous le pseudo The Porn Bloopers, Bed Rugs réveille les fantômes de Syd Barrett, remet au goût du jour quelques groupes obscurs de la scène psyché underground de la West Coast, mais sait aussi soigner ses mélodies à l’instar du single Specks, tiré de son deuxième album « Cycle ».  Cette chanson a le mérite de faire remuer les spectateurs et d’apporter un peu de piment à un concert typique de début de journée de festival.  Agréable mais sans plus… Ceci dit,  ils nous ont donné envie de replonger dans leur album « Cycle ».

 

> Great Mountain Fire.

Ils transpirent dru sous leur barbe et leur moustache, les  Pokémon de la pop psychédélique belge. Normal, il est 16h00 et jouent en mode farniente face au soleil et devant un public  qui se remet tout doucement des excès de la veille.  GMF (pour faire court) a bien rôdé son set depuis la sortie de son deuxième album « Sundogs » en mai dernier, mais laisse toujours la porte ouverte à des impros instrumentales particulièrement jouissives.   Ça ne danse pas comme d’hab’ devant eux, mais le public ne reste pas imperméable à ce groove nappé de belles envolées de pop. Au moment de balancer le très Talking Heads 5-Step Fever, le claviériste s’est déjà débarrassé de ses baskets et de son T-shirt. C’est dire si ca chauffe sous le sunlight.  Même si leur prestation  liégeoise est un cran en dessous de celles qu’ils ont livrées aux Nuits Botanique et à la Fête de la Musique, on ne refuse pas cette invitation à s’abandonner dans les méandres mélodiques de The Magic, What fool!? ou You, Shadow…

 

Great Mountain Fire Crédit photo : KMERON #ardentes15

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> Benjamin Clementine.

Véritable révélation de la précédente édition du festival, Benjamin Clementine retrouve Les Ardentes pour présenter les titres de son premier album, le recommandé « At Least For Now ». Le grand succès de l’artiste anglais, c’est d’abord une victoire de l’homme sur le destin. Débarqué à Paris à l’âge de 19 ans, le gars a dormi sous les ponts, touché le fond, avant de remonter la pente dans les rues de la ville avec quelques mélodies en tête et une guitare à la main. C’est finalement dans le métro parisien que Clementine trouve sa voix : fragile, éplorée, hyper sensible. Repéré par un navetteur bien inspiré, le chanteur s’est posé derrière un piano, quelque part entre Erik Satie et Antony and the Johnsons. L’année dernière, Benjamin Clementine avait séduit la foule dans la pénombre du HF6, seul contre tous. Cette fois, la scène se déroule en plein air, sur le plus grand podium du festival, en compagnie d’un bassiste et d’un batteur. Le contexte est compliqué. Là où le charme de sa musique s’affirme habituellement dans le dépouillement, l’adjonction de nouveaux instruments vient ici parasiter une performance à fleur de peau. Parce que, quitte à jouer la carte de l’orchestration, autant y aller franchement. Avec des cordes, des cuivres, de la harpe et du flûteau. Dans cette formule triangulaire, le minimalisme romantique de Benjamin Clementine souffre au soleil. Surtout, les percussions masquent la magie de sa voix soul et habitée. Dans la foulée, le public perd parfois le fil de la prestation. Sur la plaine, ça discute, ça picole et ça sourit sur une bande-son angélique, quasi divine. Soit le bon gars au mauvais endroit.

> James Vincent McMorrow.

De son passé de batteur dans un groupe hardcore, il ne reste rien. C’est ce que l’on se dit au premier regard posé sur James Vincent McMorrow, sa longue barbe fournie -typique des folkeux- et sa dégaine timide sous sa casquette jaune. De son amour pour le hip-hop et le R&B, comme il le déclare dans chaque interview, on ne trouve aucun signe. Et pourtant, au fur et à mesure que s’enchaînent les morceaux sur la scène du HF6, on commence à comprendre l’étrange équation que réalise en direct l’auteur-interprète. Un mélange subtil de contradictions qui semblent l’habiter et qu’il retranscrit en musique. Sa musique. Car il serait dommage de résumer au folk seulement ce que l’artiste originaire de Dublin construit sous nos yeux, et surtout pour nos oreilles, en switchant de la guitare, aux percussions et au clavier pour donner toujours plus de consistance à son meilleur instrument: sa voix, cristalline et puissante. If I Had a Boat, Breaking Hearts, Cavalier,… McMorrow joue sur les contrastes de beats sombres et d’envolées mélodiques parfois presque solaires, encadrés de ses trois musiciens, pour nous toucher au cœur par tant de richesse. D’autant que le bonhomme est plutôt avare de bavardages entre ses morceaux, sauf quand il s’agit d’inciter la foule à aller voir Nicki Minaj, qui joue le soir-même au HF6 également. En tout cas, lui, il sera: il l’adore. Quand on vous parlait de contrastes.

 

James Vincent McMorrow Crédit photo : KMERON #jamesvincentmcmorrow #ardentes15

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Pour prolonger le plaisir des Ardentes, Mad’in Ardentes, magazine quotidien de 26′, est diffusé sur RTC Télé Liège chaque jour, à 21h, jusqu’à ce lundi. Egalement sur www.rtc.be. Avec extraits de concerts, interviews et reportages.

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