Les Ardentes 2015: le débrief de la journée de vendredi

A Liège, dEUS est Dieu, De La Soul s'amuse au soleil couchant, A$ap Rocky  déçoit et BRNS reste délicieusement imprévisible.

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> dEUS.

 Après avoir écrit une des plus belles pages de l’histoire des Ardentes avec son concert euphorique de 2013 sur la grande scène, dEUS était de retour à Liège,  mais cette fois dans la salle couverte HF6. C’est le groupe qui a fait cette demande quand les organisateurs lui ont dit que cette option leur permettrait de jouer plus longtemps. Respect.  Chaud comme la braise et tout mignon dans son pull-over  à motifs lignés qu’on imagine plus à l’étalage d’un boutique de Courchevel  que sur son torse, Tom Barman n’a pas besoin de préliminaires. Il balance d’emblée Via qui fait toujours son petit effet malgré ses vingt ans d’âge. The architect nous rappelle les penchants groovy de dEUS alors qu’Instant street fout  un premier gros boxon dans la salle.  Sur ce morceau de bravoure livré dans une version incendiaire, on mesure ce qui fait toujours la différence entre dEUS et beaucoup de groupes belges, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Après vingt ans de carrière,  la bande à Barman a toujours la niaque du débutant.  Elle veut en découdre et n’hésite pas à remettre à chaque fois ses acquis sur le tapis. Mieux encore, elle déconstruit, reconstruit et embellit sans cesse son répertoire. Les mecs sourient (sur ce coup là, on se rappelle que ça n’a pas toujours été le cas), échangent quelques mots ou regards complices entre les chansons et ne se laissent jamais emprisonner par leur maîtrise. Fell out the floor man, Quatre Mains, Little Arithmetics, Roses… La formation anversoise aligne les perles et met tout le monde KO  au rappel avec Hotellounge (Be the death of me) et l’inévitable Suds & Soda. Après vingt ans, on a toujours pas compris la signification de la phrase « Jimmy Dean is Halloween like kerosene for dee dee scene », mais on s’en fout. Ça fait toujours un bien fou.

> De La Soul.

Y’a pas à dire, le trio emblématique de De La Soul profite encore d’une aura fantastique. On avait déjà pu le mesurer il y a quelques semaines, avec l’emballement massif de leurs fans pour financer leur dernier album, »And The Anonymous Nobody », sur une plateforme de crowdfunding, mais surtout en ce début de soirée aux Ardentes. Sous le soleil exactement, le groupe de la East Coast nous a retournés en deux mesures à peine. Manifestement heureux d’être là, Posdnuos, Trugoy The Dove et Maseo se sont démenés, malgré leurs bedaines et leurs cheveux grisonnants pour éviter de nous rappeler que 25 années se sont écoulées depuis la sortie de leur premier album. Sous l’impulsion d’un live band impressionnant, où sévissent cuivres, percussions et guitares, De La Soul déploie toutes les saveurs de son hip-hop old-school. Me Myself and I, Ring Ring Ring, Feel Good Inc.,… aucun tube n’a été oublié de la setlist de ce show enchanteur. Mieux, de nombreux samples de leurs morceaux, mais aussi d’autres comme ceux de Snoop Dogg sont venus agrémenter cette performance enchanteresse. Et à voir leurs sourires de gamins et leur grand flot de déconnade, surtout quand ils se sont retrouvés à trois sur scène, à l’ancienne, pour assurer le live, on se dit que cette aura, si méritée, n’est pas prête de les lâcher. Un grand moment. 

 

De La Soul Crédit photo : KMERON #ardentes15 #festival #delasoul #concertphotography #dingue

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 > BRNS.

De retour en terre liégeoise, BRNS infiltre le HF6 avec un son énorme et un appétit d’affamé. En vadrouille sur les routes d’Europe pour défendre les couleurs de l’album « Patine », le groupe bruxellois pose ses amplis aux Ardentes en prenant le temps d’installer l’ambiance, de plonger l’assistance dans un tourbillon d’atmosphères éthérées et électriques: un monde atypique, heurté par des percussions fiévreuses et des chœurs enflammés. De toute évidence, on est ici en présence d’un modèle de démocratie: chaque musicien a droit à la parole. Du coup, ça chante de partout. Ça s’égosille à la batterie, ça brame à la basse, ça hurle derrière la guitare. Cet après-midi, à Liège, l’effet d’ensemble produit sur scène par le quatuor est totalement renversant. D’ailleurs, pour l’instant, en matière de pop déviante, de rock anguleux et de mélodies chavirées, on ne trouve pas mieux sous le drapeau noir-jaune-rouge. En pleine montée, le groupe lâche The Way Up, un tout nouveau morceau, spacieux et raffiné à souhait. Le concert s’achève, le groupe quitte l’arène : exfiltration accomplie sous une salve d’applaudissements. Amplement méritée.

> Hanni El Khatib.

 Le boulet à peine avalé, on débarque en pleine digestion sur un site réchauffé par un soleil de plomb. A l’heure de la sieste, le public des Ardentes est là, tranquillou, affalé dans l’herbe, en mode farniente. Sur la grande scène, Hanni El Khatib et ses potes tentent de réveiller tout ce beau monde. Lunettes noires vissées sur le nez, le rockeur californien appuie direct sur la pédale d’effets. La distorsion à fond les ballons, il lâche Moonligt, plage titulaire de son dernier album. Échardes électriques à la Black Keys, implacables rythmiques hip-hop, le morceau fait monter la température d’un cran (à Liège, c’est officiellement le retour de la canicule). En plein cagnard, le rock de l’après-midi est servi chaud, moite et sexy. Basse, batterie, deux grattes électriques : les mecs ne sont pas venus pour broder des descentes de lit, mais pour tricoter un paillasson de riffs bien nerveux. Un condensé de blues épineux et de rock crasseux. Le final revient à Two Brothers, un hit discoïde à siffler sous la douche ou en babouches. Tout ça sent bon l’été.

 

Hanni El Khatib Crédit photo : KMERON #ardentes15 #hannielkhatib

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> Alaska Gold Rush.

Avec un nom pareil, on imagine deux chercheurs d’or tirant leur barbe hirsute et leur mule chargée… comme une mule (eh oui) sur une sentier escarpé du Nouveau-Mexique en quête de quelques pépites.  Pourtant Renaud et Alexandre sont Belges et, plutôt qu’une pelle et un tamis, c’est avec une guitare électrique et une batterie qu’ils font parler la poudre. Lauréat du Verdur Rock et du Concours Circuit, le duo a décroché de belles dates cette saison et a réussi à imposer son EP « Pilot Village Midnight ».  Sans rien révolutionner, Alaska Gold Rush nous procure son lot d’émotions en chantant le blues. On parle ici du vrai blues, celui qui vient de là, des tripes et de tout ce qui va avec… Quitte à tomber dans la comparaison facile et fainéante avec un autre duo, on citera Two Gallants plutôt que The White Stripes ou The Black Keys. Tout comme les écorchés vifs de San Fransisco, nos deux lascars réveillent les fantômes de Son House, des bluesmen maudits et des poètes du bitume. Pour un concert en lever de rideau à l’Aquarium,  nous n’osions même pas espérer un tel voyage…

> Feu! Chatterton.

Après un concert déjà fort remarqué aux Nuits Botanique, à Bruxelles, la formation française Feu! Chatterton avait les honneurs de la scène couverte HF6 des Ardentes à l’heure du goûter. « C’est étrange, nous avons débarqué dans cette salle immense qui était plongée dans la pénombre alors qu’il y avait un soleil de plomb à l’extérieur, » nous expliquait le chanteur Arthur. « Il y avait plus de musiciens sur scène que de spectateurs dans la salle lorsque nous avons effectué notre soundcheck mais quand le concert a débuté, les gens sont entrés et se sont pressés contre les barrières de sécurité. Une expérience assez grisante… » Un drôle de gugusse ce Arthur. Croisement entre les regrettés Fred Chichin (Rita Mitsouko) et Helno (chanteurs des Négresses Vertes), il évolue en costard cravate comme un artiste de la Comédie-Française.  Il est dans son univers, dans ses rôles, littéralement habité par les personnages étranges de ses textes poussés « par une écriture accidentée comme les routes » comme il le rappelle dans l’envoûtant requiem de Côte Concorde. Derrière lui, deux guitaristes, un batteur et une bassiste apportent une caution rock au projet qui a  le mérite de ne ressembler à rien d’autre.  Après un premier EP paru à l’automne de 2014, Feu! Chatterton  vient de terminer le mixage de son premier album dont la sortie est prévue pour la fin de l’année.   Avec ce qu’il nous a montré ce vendredi après-midi, Feu! Chatterton peut ravir à la fois les fans des Bad Seeds que ceux de Léo Ferré ou du Higelin de « Champagne pour tout le monde ».  Avouez que ça n’arrive pas souvent.

 

Feu! Chatterton Crédit photo : KMERON #ardentes15 #concert #review

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> Baxter Dury.

Adolescent paumé dans un corps d’adulte, Baxter Dury parade sur la scène de l’Aquarium armé d’un flow groggy. Aux Ardentes, le chanteur a clairement choisi d’emprunter la voie barrée de Gainsbourg sur un mode fish and chips. Un peu bouffi dans son costard de fêtard, l’artiste anglais danse bizarrement et confond trop souvent son micro avec le goulot de sa bouteille de Jack Daniel’s. Dandy déclassé, gentleman bourré, Baxter mise sur une approche pop, nonchalante et minimaliste. Poussé dans le dos par des chœurs féminins sexy et hypnotiques, le garçon titube dans son répertoire (Palm Trees, Claire, Happy Soup) avec une solide gueule de bois. Pour ne pas arranger les choses, son ingénieur du son assure le boulot avec une paire de moufles au bout des doigts et un cache-oreilles sur la tête. Moisie, imprécise, la prestation zigzague entre larsens et vilains coups de bambou. Fameuse déception.

> A$AP Rocky.

Au Guiness book des retards des Ardentes, A$AP Rocky détient désormais le record. Du moins, pour le moment. Débarqué une heure après le début supposé de son show -trop occupé à boire du jus de gingembre dans sa loge, apparemment- l’enfant d’Harlem et son sourire à diam’s s’est essayé tant bien que mal à réchauffer un public un peu énervé d’avoir tant attendu. Désinvolte, le rappeur s’est même retrouvé à demander à l’un de ses potes entre deux morceaux de lui renseigner le pays dans lequel il se trouvait. Pas mal. Accompagné de trois backeurs et de deux DJ’s, le petit prodige du collectif A$AP Mob tout vêtu de noir, fashion oblige, a livré un show taillé pour faire onduler les corps, mais certainement pas pour faire vibrer les oreilles. Sautillant de gauche à droite, lâchant des « I Love You » et des regards appuyés, le kid de 26 ans a joué de ses charmes et de sa babyface pour faire oublier l’inconsistance de son show, plus inspiré d’une battle géante entre quatre MC’s que d’un concert à proprement parler. Le moment fort? Très certainement Wild for the Night, son featuring avec Skrillex, sa pluie de confettis et son mosh pit géant. Pour profiter de ses mélodies, pourtant précieuses et sophistiquées sur album, il faudra repasser.

 

A$AP Rocky Crédit photo : KMERON #ardentes15 #asaprocky

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Pour prolonger le plaisir des Ardentes, Mad’in Ardentes, magazine quotidien de 26′, est diffusé sur RTC Télé Liège chaque jour, à 21h, jusqu’à ce lundi. Egalement sur www.rtc.be. Avec extraits de concerts, interviews et reportages.

 

Les ardentes 15 #festival #ambiance #ardentes15 Crédit photo : KMERON

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