Les Ardentes 2015: le débrief de jeudi

Kendrick Lamar secoue  14.000 fans de hip-hop, STUFF. impose sa science du groove et Cœur de Pirate séduit en ovni.

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La première journée du festival Les Ardentes était résolument placée sous le signe du hip-hop avec, comme tête d’affiche imparable, le jeune rappeur de Compton Kendrick Lamar qui a parfaitement rempli son contrat. Mais  la rédaction musicale de Moustique, comme les quelque 14.000 spectateurs présents jeudi, ont connu bien d’autres frissons.

 

> Kendrick Lamar.

Tête d’affiche incontestée de la soirée, Kendrick Lamar débarque sur scène avec un groupe et une sérieuse envie d’en découdre. Nouvelle voix de l’Amérique d’en bas, chantre de la culture black, le gamin de Compton a pris de l’altitude depuis la sortie de l’album « To Pimp a Butterfly », œuvre complexe et engagée qui figure, sans conteste, parmi les meilleurs blockbusters de l’année. Si Kendrick se montre d’emblée à la mesure de sa démesure, son interprétation ne déborde jamais du cadre légal. Bien souvent, le Californien gère sa révolution sans y ajouter le supplément d’âme qui changerait l’eau en vin. Tiraillé entre anciens et nouveaux morceaux, son répertoire du soir oscille entre slogans soigneusement orchestrés et coups de poings assenés avec des gants de massage. Hyper bien arrangés, les tubes Backseat Freestyle ou Bitch, Don’t Kill My Vibe perdent ainsi en intensité ce qu’ils gagnent en densité. Les titres plus récents (magnifique I Love Myself), par contre, tiennent la corde et assurent à Kendrick un dernier tour de piste sous les derniers applaudissements de la soirée. On a aimé, même si ça manquait parfois de folie.

 

> STUFF.

Ils sont cinq mais ne doivent pas occuper plus de cinq mètres carrés d’espace sur la scène de la HF6. Ils jouent en cercle en se regardant mutuellement et nous emmènent dans un voyage extraordinaire (entendez: hors de l’ordinaire) où les soundtracks de horror movies italiens des seventies s’entrechoquent sur des samples des Beastie Boys, des envolées de synthés dignes d’un bootleg de Vangelis et des basses funky que n’auraient pas renié Sly Stone And The Family.   Bienvenue dans l’univers de STUFF., l’une des formations les plus atypiques du circuit. Dries Laheye, Andrew Claes, Joris Caluwaerts, Lander Gyselinck et Menno nous viennent d’Anvers et de Gand. A l’exception de Menno, qui est DJ, ils ont tous été formés au Conservatoire et, sous le nom de code STUFF., balancent sur scène et sur leur premier album homonyme une musique instrumentale basée essentiellement sur des improvisations. Le volume sonore frôle le « borderline », on voit des spectateurs qui quittent la salle, mais d’autres qui s’abandonnent dans cette musique intrépide qui se joue des mots et des modes. Grand frisson. Ces mecs sont dingues et on aime ça…

STUFF. ? KMRON

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> August Alsina.

Avouons-le, l’ajout du nom d’August Alsina à l’affiche des Ardentes nous avait fait frémir de joie. C’est qu’avec son excellent premier album « Testimony », ses nombreuses mixtapes et sa flopée de collaborations avec des gros poissons du hip-hop (Chris Brown, Nicki Minaj, Schoolboy Q, DJ Khaled,…), le kid de la Nouvelle Orléans s’est hissé haut (hissé oh!) dans le large panier du R&B américain. Bref, tout bon dans le C.V. chargé de cet ex-dealer de crack signé chez Def Jam. Sur le papier du moins… A croire que ses deux années de succès l’ont déjà rendu aussi mégalo que Kanye West, le chanteur de 21 ans s’est pointé à Liège avec pas moins d’une demi-heure de retard. Sur 50 minutes de concert, ça fait mal. Il a donc livré le strict minimum, soit trente secondes du méga hit Hold You Down et cinq morceaux complets dont Kissin’ On My Tattoos. Placide derrière ses lunettes noires, Alsina a heureusement pu compter sur son DJ, mais surtout sur ses trois plantureuses danseuses en mini-short pour assurer le show, notamment sur un twerk digne de Nicki Minaj. Et enfin lâcher au bout de vingt minutes un laconique et tellement peu crédible I love you all et se barrer au milieu de l’intro de son dernier tube, devant son backeur perplexe. On se demande même s’il savait où il était. Sérieux, August?

> Cœur de Pirate. 

Dans une programmation essentiellement hip-hop, Béatrice Martin, alias Cœur de Pirate, faisait un peu figure d’ovni.   Mais elle s’est en sortie haut la main devant un public liégeois qui l’a adoptée depuis sa prestation inaugurale dans ce même festival en 2009.  Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle s’est métamorphosée depuis cette première date.  Post-adolescente rebelle et un rien revancharde quand il s’agissait de régler ses comptes avec la vie et ses « ex « , la pianiste de formation est devenue aujourd’hui une maman responsable, une femme mûre et une artiste qui se donne les moyens d’explorer de nouveaux horizons.  Ce jeudi, Cœur De Pirate a présenté avec sourire et somme toute beaucoup de décontraction plusieurs extraits de son nouvel album « Roses » qui est annoncé pour la fin du mois d’août. Avec son groupe et dans sa belle robe rouge de soirée, elle passe désormais du français à l’anglais, enrichit les arrangements,  quitte souvent son piano pour venir chanter et se déhancher sur les devants de la scène.  On ne l’a jamais vue comme ça et c’est très réussi. Le très atmosphérique Ocean’s Brawl, le single pop Oublie moi,  l’incisif I don’t want to break your heart (qui comprend un refrain hip-hop sur l’album) s’imposent déjà en live et nous dévoilent une Béatrice Martin plus mûre et bien dans sa peau. Et quand sonne l’heure d’interpréter ses tubes de « Blonde »,  Cœur de Pirate trouve le ton  -et le son- pour en offrir des relectures originales. Ce n’était pas gagné pour elle.  Mais  portée par le public, elle a fait  ça comme une grande. Une toute grande.

Coeur de Pirate ? KMRON #magistrale #concert #ardentes15

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> Starflam.

Programmé en début de soirée, Starflam marque son retour sur la scène liégeoise à l’occasion de la publication d’une nouvelle compilation. Baptisée « A l’Ancienne », l’affaire enferme tous les bienfaits enregistrés par le crew entre 1997 et 2005. Soit une certaine quintessence du hip-hop noir-jaune-rouge. Alimenté par une armada de flows implacables, variés et complémentaires, outillé de scratchs millimétrés, Starflam se pointe aux Ardentes comme pour mieux rappeler aux distraits que Liège n’a jamais rien eu à envier aux Français. T-shirt enfoncé dans le futal, Akro monte au filet dès les premiers échanges d’un show méchamment engagé. Le maillot de l’équipe grecque sur les épaules, Kaer fonce droit au but et attaque sur tous les morceaux. Seg tient la forme et L’Enfant Pavé claque quelques vérités irréfutables aux oreilles d’un public chaud boulet. À côté des autres têtes d’affiches hip-hop de la journée (Flatbush Zombies, Rae Sremmurd ou Kendrick Lamar), Starflam fait figure d’ancêtre. En attendant, les vétérans assurent et font bien mieux que résister face aux assauts bodybuildés des petits jeunes de la soirée. L’énergie et les messages positifs du collectif n’ont pas pris une ride. ‘Ce Plat Pays’, ‘Amnésie Internationale’ et ‘La Sonora’ s’imposent comme des hymnes intergénérationnels et, toujours, dans l’air du temps. Rien à dire : Starflam reste bel et bien au programme.

 

 > Flatbush Zombies.

Sans doute facile, la comparaison avec Ol’Dirty Bastard du Wu-Tang s’impose dès la montée sur scène du groupe originaire de Brooklyn. Même énergie dévastatrice, même rage brute, mêmes gueules fermées, physiques secs et marqués par la drogue… qui réveillent apparemment des fantasmes de gangsters chez les jeunes filles de la foule, hurlantes comme jamais. Sombres, limite trash, ils le sont et ne s’en cachent pas, arborant fièrement des tatouages homemade. Quitte à un peu forcer le trait des vilains garçons infréquentables, incitant la foule à faire des fucks à leurs voisins ou rassérénant qu’ils ont « oublié leurs paroles parce qu’ils fument trop de joints ». Sans pour autant vanter les mérites de la weed, comme c’est trop souvent le cas dans le hip-hop, mais plutôt en décryptant son utilisation aux travers des exclusions socio-économiques. Mais qu’importe, la formation composée de Meechy Darko, Zombie Juice, et d’Erick Arc Elliott qui associe à merveille les atouts de ses membres a fait le taf. Soit faire transpirer le public des Ardentes à grands renforts de bain de foules, de sauts et de refrains vindicatifs. Et y’a pas à dire, même si on les a connus plus fins lors de précédentes prestations, les trois gars de la East Coast ont dégainé l’artillerie lourde pour plaire à leur public. Sans pour autant faire de victimes. 

Flatbush Zombies ? KMRON #destroy #ardentes15 #show #flatbushzombies

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> Freddie Gibbs. 

Frederick Tipton, alias Freddie Gibbs,  ressemble  comme deux gouttes  d’eau à Tupac Shakur et ça tombe bien car il le cite comme influence majeure aux côtés de Biggie Smalls et de Niggers With Attitude.  A l’âge de trente-trois ans, le garçon revendique sans trop faire son malin le statut de « poète de la rue » Il est né à Gary, dans l’Indiana,  a grandi à Los Angeles, découvert le mauvais côté de la rue, les gangs, la drogue et les bastons avant de trouver son salut et un exutoire dans la musique.  Après une mixtape (« The miseducation of Freddie Gibbs »), Freddie Gibbs a publié l’année dernière « Pinata », un premier album recommandable qui bénéficie de la collaboration de  Madlib. Mais sur scène, c’est un peu limite.  Le lascar déboule avec son sweatshirt à capuche et balance son flow sur des beats old-school. Derrière lui, il y a deux gugusses qui passeront tout le concert à rouler des spleuhs et à chipoter sur leur smartphone.  On se demande combien ils sont payés… Freddie balance quelques morceaux de son album « Pinata’, n’arrête pas de répéter « fuck the police, fuck the police » entre ses chansons et salue le public après une petite demi-heure. Yeah man… Quelque chose a dû nous échapper.

 

Ardentes 15 ? KMRON

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