Sex and the TV

Sex And The City est la première série à avoir ouvertement célébré la libération des mœurs et du sexe au féminin pluriel.   

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« Je venais de baiser comme un mec » annonce fièrement Carrie Bradshaw dès le premier épisode de Sex And The City. Difficile d’être plus clair. Si le générique reste chaste et montre une femme en tutu dans les rues de New York, les dialogues, eux, entrent directement dans le vif du sujet. Il va bel et bien être question de sexe. Au féminin. Un choix plutôt osé en 1998, même pour une chaîne libre comme HBO.

Avant ça, d’autres, comme Martin Tupper, don Juan divorcé de Dream On, avaient déjà osé parler ouvertement de ses conquêtes dans une série. Mais là, ce sont des membres du sexe faible qui s’expriment. Du jamais vu. Carrie et ses copines sont les premières à parler si librement de ce qui se passe dans leur vagin. Pas de détour, on appelle une chatte une chatte et un pénis un pénis. Aujourd’hui encore, il n’y a que dans Sex And The City qu’une femme a pu dire: « Baise-moi mal une fois, honte sur toi. Baise-moi mal deux fois, honte sur moi ». Pour la première fois à la télé, aucune pratique érotique n’échappe aux discussions de la bande. Lesbien, anal, oral, en solitaire, en groupe ou plus traditionnel, le sexe est abordé sous toutes ses coutures mais sans jamais devenir vulgaire. Ces nanas-là savent rester chics tout en étant décomplexées. Et si leurs messages passent plutôt bien, c’est parce qu’elles disent tout haut ce que leurs téléspectatrices pensent tout bas.

Femmes libérées

Trentenaires et new-yorkaises, les protagonistes de Sex And The City sont en accord avec leur époque. Samantha la croqueuse d’hommes à la sexualité débridée, Charlotte la romantique, Miranda la carriériste assez cynique et enfin Carrie, femme indépendante mais qui a quand même besoin de l’amour des hommes et dont le quotidien consiste à écrire des rubriques sur la sexualité. Voilà pourquoi elles en parlent tant. Chacune représente en fait une facette d’une seule et même femme, permettant à n’importe quelle téléspectatrice de s’identifier. Ensemble, elles forment le premier groupe d’amies, soudées à la vie à la mort, qui inspireront les héroïnes de Mistresses, Pretty Little Liars et autres Gossip Girl que l’on connaît aujourd’hui.

Dans les années 90, les femmes de pouvoir qui gèrent leur vie sont encore assez rares. A part Ally McBeal, Carrie Bradshaw fait figure d’exemple à suivre pour toute une génération, voire plusieurs. Indépendante, belle, amie fidèle et stylée, la célibataire à la recherche du grand amour a les mêmes interrogations que ses fans. Elle sera d’ailleurs l’une des premières à s’exprimer par l’intermédiaire d’une voix off. Carrie partage ses sentiments, mais aussi ceux de ses amies et commente, sans fard, la vie amoureuse des New-Yorkaises. Non pas qu’elle prétende tout savoir, mais elle se pose en véritable pionnière de ses contemporains dans bien des domaines.

Libérer la société

Avec Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte, Sex And The City a introduit la femme moderne à la télévision et a, sans le savoir, lancé de nouvelles tendances télévisuelles et sociétales. Si la série est en effet restée dans les esprits, c’est notamment pour les tenues des personnages. Ancêtres des blogueuses mode, les quatre New-Yorkaises ont littéralement « popularisé » la haute couture et fait décoller la carrière de jeunes créateurs, comme Manolo Blahnik ou Jimmy Choo, dont les pièces portées à l’écran, se sont arrachées chez les fans qui voulaient ressembler à leurs idoles. Le luxe et les marques font pleinement partie de la vie des héroïnes. Une méthode plus soft que le placement de produits que beaucoup de séries, à l’instar de Gossip Girl, réutiliseront ensuite.

Le phénomène Sex And The City est tel que tout ce que dit ou fait le quatuor est forcément fantastique. Ainsi, l’épilation brésilienne évoquée dans la série est devenue une pratique courante, ce qui a quand même permis d’améliorer l’hygiène de milliers de femmes. Dans la même veine, le Cosmopolitain, que les héroïnes s’enfilaient jusqu’à plus soif lors de leurs innombrables soirées – un précédent qui permettra aux Desperate Housewives de boire librement du vin à la télévision – est devenu l’un des cocktails les plus populaires de l’époque. Sex And The City, en plus de libérer ses contemporaines, a vraiment émancipé la création audiovisuelle, ouvrant la voie à une flopée de séries où sexe et féminité sont pleinement assumés. Jusqu’à aujourd’hui et un Orange Is The New Black.

Carte d’identité

– Série de 6 saisons, soit 94 épisodes de 30 minutes, créée par Darren Star.

– Diffusée du 6 juin 1998 au 22 février 2004 sur HBO.

– L’histoire, inspirée du livre Sex And The City de Candace Bushnell, raconte le quotidien et les confidences de quatre trentenaires new-yorkaises à la vie sexuelle plutôt active.

– La série a remporté deux Golden Globes et trois Emmy Awards.

– Deux films ont succédé à la série: Sex And The City, le film et Sex And The City 2.

– En 2013, est sorti The Carrie Diaries, préquel de la série qui raconte l’adolescence du personnage principal. 

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