César, empereur à voile et vapeur

En ce jour des ides de mars, en 44 avant Jésus-Christ, il règne dans Rome une atmosphère de quasi-émeute. "Tyran" aux yeux des sénateurs, dictateur à vie autoproclamé, celui qui a osé franchir le Rubicon en armes au retour de Gaule pour s’emparer de la République romaine, César le fin stratège tombe.

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 Vingt-trois coups de poignard le percent de part en part sur les marches de la grande Curie de Rome où se réunissent les sénateurs conjurés contre lui. La veille, il n’a pas voulu écouter le rêve prophétique de sa dernière épouse, Calpurnia, qui s’est relevée en sursaut après avoir eu la vision d’une toge ensanglantée. Parmi les assassins qui l’entourent, il reconnaît Brutus, le fils de Servilia dont il a été l’amant. « Toi aussi mon fils » a-t-il eu le temps de souffler. L’Imperator enveloppe son visage dans un pan de sa toge, comme pour dérober, dans ce moment ultime, la partie la plus intime de lui-même. Mais quelles dernières images envahissent soudain l’esprit de cet homme à l’agonie?

Comme un flash, César revoit peut-être la maison de son enfance, celle où il est né 56 ans auparavant, dans une noble mais peu fortunée famille patricienne romaine. Il aimait retrouver la chambre d’Aurélia, sa mère, écouter sur ses genoux l’histoire légendaire de Rome. C’est elle qui assume l’éducation du jeune Caius Julius Caesar jusqu’à ses sept ans (César parle latin et grec, la langue de l’élite romaine), et lui raconte la filiation mythique de leur famille. Descendante d’Enée le fondateur de Rome, lui-même fils de Vénus, déesse de l’amour et de la victoire. Oui, c’est bien Vénus qui semble avoir guidé les pas de l’apprenti magistrat, orphelin de père à quatorze ans, parti faire ses armes dans les îles grecques. 

C’est à cette époque que le jeune César entreprend de monter en grade. Par les armes autant que par le charme. Pourtant « bien fait de sa personne et doté de membres proportionnés » selon l’historien romain Suétone, son biographe dans La vie des douze Césars, il était très gêné par sa calvitie précoce, qu’il camouflait avec une branche de laurier. Il prenait soin de lui, « se faisait raser de près et même épiler », comme on le lui reprocha. Son charme venait d’un indéfinissable charisme. Qu’il commence à expérimenter de diverses manières, avec des femmes mais aussi des hommes d’importance. 

Son expérience la plus marquante, il s’en souvient comme si c’était hier. Il a vingt ans. Envoyé sur la rive droite du Bosphore pour contrôler l’étroit détroit des Dardanelles, il est reçu à la cour de Nicomède, souverain de la petite île de Bithynie, alors alliée de Rome contre Mithridate du Pont. Il se souvient de Nicomède au corps cuivré, de leur commerce amoureux. Dès son arrivée, le jeune ambassadeur est immédiatement conduit par des gardes dans la chambre de Nicomède, qui le fait coucher sur un lit d’or revêtu de pourpre. Nicomède dispose d’esclaves et de jeunes éphèbes, mais sa préférence, ce jour-là, est allée au jeune César. L’expérience ne lui déplaît pas. Longtemps, il pensera à Nicomède, même si tout Rome l’accusera ensuite de s’être “prostitué avec un barbare”, d’être « la rivale de la reine, la planche inférieure de la couche royale, l’établi de Nicomède, le lupanar de la Bithynie ». Sauf que, on le sait, sa réputation de “sodomite” n’a en rien gêné son ascension politique…

Retrouvez la série Dans la chambre des grands hommes dans Moustique. 

 

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