La fin du cash?

De plus en plus de pays prennent des mesures pour bannir l’argent liquide.

 

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« La mort du cash, c’est pour 2025 », prédit le futurologue Ian Pearson, qui a frotté sa boule de cristal sur invitation de Mastercard. Selon cet expert britannique, nous nous dirigeons vers une société sans cash mais aussi sans carte puisque le paiement sans contact devrait se démocratiser. « De plus en plus d’accessoires remplaceront bientôt nos cartes à puce. Le smartphone est le substitut le plus évident aux cartes de paiement, car il est personnel et fait déjà partie intégrante de notre quotidien. Mais je ne serais pas surpris qu’un tatouage ou un simple geste fasse un jour l’affaire. Via une poignée de main ou un rapide claquement de doigts, par exemple. » 

Visionnaire? Pas tant que ça. En témoignent ces « implant parties », ces soirées où l’on peut se faire implanter une puce RFID (donc compatible avec les paiements mobiles) sous la peau, ou encore le nouveau bracelet électronique du festival Tomorrowland. Cette année, celui-ci permettra notamment de régler ses consommations d’un simple mouvement de poignet.

Quel mode de paiement l’emportera à l’avenir? Difficile à dire. Reste que de plus en plus de politiques, d’experts et d’institutions financières plaident pour l’abolition de l’argent liquide. Alors que certains pays comme la Belgique, la France ou l’Espagne interdisent déjà les transactions en cash au-delà d’un certain montant, d’autres nations – Israël en tête – étudient la possibilité de supprimer complètement le liquide d’ici 2020. Le Danemark, par exemple, vient même de bannir le cash de ses petits magasins, stations essence et restaurants. Il faut dire que les transactions danoises en liquide ne représentent plus que 5 % des échanges. Quant à la Norvège, elle se dit prête à passer aux paiements sans espèces… dès aujourd’hui! Les banques, en tout cas, n’attendent plus que ça. L’américaine JP Morgan, par exemple, interdit d’ailleurs déjà le dépôt d’espèces dans ses coffres-forts. 

L’intérêt des banques? Si le cash disparaissait, on serait forcément obligé de confier son argent à une institution financière. Et en cas de crise, on oublie aussi la possibilité de pouvoir retirer ses billes. Même à raison de 60 euros par jour comme le prévoit la limitation grecque actuelle. Une arme anti-« bank run » infaillible puisqu’il suffira alors d’un seul clic pour bloquer tout notre fric. Et puis, d’un point de vue purement économique, n’oublions pas non plus que l’argent liquide n’a pas exactement la même valeur que celui placé en banque. Le risque couru par le premier est lié à la Banque centrale européenne, une institution dont les choix peuvent être contestés, mais qui reste un organe public. Alors que nos avoirs en banque sont évalués par nos institutions financières privées… 

La fin du cash, ce n’est pas encore toutefois pour demain. Mais ne soyons pas dupes non plus. Même si les études démontrant les avantages d’une société sans liquide – on le voit encore ici avec celle de Mastercard – sont très souvent financées par des sociétés de cartes de crédit, le cash ne représente déjà plus que 5 % des transactions dans certains pays de l’Union.

Comme l’argent liquide ennuie les banques et échappe, pour une part, aux administrations fiscales et aux États, il vit probablement ses dernières belles années. Avant que les distributeurs automatiques, et paradoxalement une partie de nos libertés, ne subissent le même sort que les cabines téléphoniques.   

Retrouvez l’article La fin du cash? dans le Moustique du 8 juillet

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