Alan Rickman en mode royal

L’acteur-réalisateur est venu présenter Les Jardins du Roi, dans lequel il interprète Louis XIV. Rencontre en majesté.

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On reconnaît sa voix bien avant qu’il n’arrive. Profonde et grave, frottée aux planches des plus grands théâtres londoniens et à la prestigieuse Royal Shakespeare Company. Une voix qu’on n’oublie pas. Alan Rickman a la prestance des grands. Au cinéma, il a été grand méchant dans Piège de Cristal et Robin des bois prince des voleurs, amoureux de Kate Winslet (déjà) dans Raisons et sentiments, flippant chez Tim Burton, et figure d’autorité en professeur Rogue pour la série des Harry Potter. A l’occasion de son second long-métrage comme réalisateur (près de vingt ans après L’invitée de l’hiver avec Emma Thompson), l’acteur britannique de 69 ans qui partage son temps entre Londres, New York et l’Italie s’est glissé dans la peau du Roi Soleil, aux côtés de Kate Winslet et Matthias Schoenaerts en jardinier Lenôtre. Le voici devant et derrière la caméra « pour des raisons de budget » annonce-t-il d’emblée – et surtout pour notre plus grand plaisir. On plonge notre regard dans ses yeux verts perçants, le cœur un peu battant car cet homme-là a un charisme pas comme les autres. Le tête-à-tête peut commencer.

C’est un grand plaisir de vous découvrir en Roi Soleil : vous aviez envie jouer un rôle « avec étiquette » ?

Les contraintes de budget m’ont obligé à être à la fois devant et derrière la caméra. Finalement, j’étais soulagé de jouer Louis XIV, car jouer un roi, c’est ne pas bouger, tout le monde vient à vous ! Mon rôle consistait principalement à me tenir droit et dire aux autres ce qu’ils avaient à faire. C’est ça l’étiquette de Louis XIV ! (rires)

Le rôle est pourtant très nuancé, entre les séances publiques que tenaient le roi, et les scènes plus intimes.

C’est ce qui m’a beaucoup intéressé dans le scénario d’Alison Deegan. C’est l’être humain derrière le métier de roi. Il y a un tel édifice autour de Louis XIV, que regarder ce qu’il y a derrière est forcément intéressant. Ça me rendait très curieux, de savoir qui Louis XIV était. Le film montre un Louis XIV très isolé finalement.

Pourquoi avez-vous envie de raconter ce chapitre d’Histoire française, la construction des jardins de Versailles ?

Versailles, c’est la structure du film. Mais le coeur c’est cette histoire d’amour, fictive, entre Lenôtre et Mme de Barra (personnage de Kate Winslet que nous avons inventé). Un homme et une femme qui vont tenter de s’aimer malgré son présent à lui et son passé à elle, dans un monde plein de règles qui ne sont pas les leurs. Cela me paraît aussi très universel. Et très moderne.

Vous retrouvez Kate Winslet, vingt ans après Raisons et sentiments, était-ce une évidence de la choisir ?

Oui. Kate est quelqu’un d’important pour moi. Je l’ai rencontrée elle avait 19 ans. Elle m’a dit plus tard qu’elle avait eu peur de moi ! je ne m’en étais pas aperçu. Son accord sur ce film a permis de monter le financement. Kate avait enfin l’âge du rôle pour être crédible en femme-paysagiste professionnelle aux côtés d’André Lenôtre – ce qui est bien sûr une pure fiction. Car à l’époque ça aurait été impossible qu’une femme ait une telle responsabilité. Nous avons aussi rajeuni Lenôtre (qui avait 70 ans à l’époque). Kate aime mettre les mains dans la boue, se donner à fond pour ses personnages. Je devais parfois la rappeler à l’ordre : Kate, c’est le moment d’être propre maintenant ! (rires)

Est-ce qu’un film c’est comme un jardin, on part du chaos pour créer une œuvre ?

Le film parle d’amour, de perte et de compassion. Mais aussi bien sûr de création. Créer un jardin, c’est comme créer un film. Il faut à la fois du chaos et de l’ordre. Beaucoup de gens sont morts en créant les jardins de Versailles. La création nécessite un équilibre particulier.

Vous avez tourné en Angleterre et non pas à Versailles directement, pourquoi ?

Le film raconte les tous débuts du château de Versailles, qui ressemblait alors à un vrai marécage ! Tourner à Versailles aurait impliqué de retravailler tout le film en effets spéciaux. Ça ne me plaisait pas. Et puis les règles pour tourner à Versailles, même pour le survoler en hélicoptère, étaient trop strictes pour nous. On s’est donc rabattu vers des maisons anglaises du XVIIème siècle, avec des objets français volés à l’époque par les Anglais ! ça me plaisait, je n’ai pas voulu faire un film en costume pompeux. J’ai préféré des vêtements confortables aux costumes.

Parlez-nous de notre star nationale, Matthias Schoenaerts…

J’ai eu un immense plaisir à travailler avec Matthias ; il est arrivé très préparé sur le film, très professionnel, comme Kate. Ils se sont beaucoup écoutés aussi. Quand la caméra tourne, c’est cela qui compte : le regard, et l’écoute. C’est un acteur très généreux, et très passionné. Il m’impressionne.

Acteur, réalisateur, professeur chez Harry Potter, que préférez-vous être ?

Pour moi, tout est terrain de jeu. J’aime faire des choses différentes, ne pas me répéter. On dépend aussi beaucoup de l’imagination des autres en temps qu’acteur. J’essaye toujours de me surprendre. Je ne recherche pas la performance, je cherche plutôt à vivre ce métier de l’intérieur. Et puis je me rends compte qu’avec l’âge, plus on sait de choses, moins on en sait. The more you know, the less you know. C’est une force plutôt qu’une faiblesse.

Vous êtes devenu sage, Alan Rickman ?

Oui. Samuel Beckett disait qu’en vieillissant on rate encore les choses, mais qu’on les rate mieux. « Essaie, échoue, essaie encore, mais échoue mieux ! ». C’est magnifique !

 

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