Tsipras le Gaulois

La victoire du non au référendum de ce dimanche renforce la position du Premier ministre grec. Un homme "normal".

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Quelles conséquences à long terme après le référendum grec de ce dimanche? Encore trop tôt pour le dire. Mais la date du 5 juillet aura incontestablement marqué un tournant dans la courte vie politique du Premier ministre Alexis Tsipras. Un homme que personne ou presque ne connaissait en Europe avant qu’il ne prenne la tête de l’exécutif grec le 26 janvier dernier. Depuis, tous les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont dû apprendre à composer avec ce jeune quadragénaire aux convictions aiguisées. En 2012 déjà, alors que sa coalition de parti de gauche et d’extrême gauche Syriza était arrivée deuxième aux élections législatives, son président avait clamé, parlant des exigences du FMI et des créanciers internationaux à l’égard de la Grèce: « Il n’y a rien à négocier, car on ne négocie pas avec l’enfer ». Le ton était donné.

Depuis, cet ingénieur en polytechnique, déjà militant de gauche quand il était étudiant, a appris à mettre un tout petit d’eau dans son vin. Du moins dans la forme. Négocier avec les institutions financières et l’Europe, il l’a fait durant des mois, espérant obtenir à l’usure un accord qui sauverait à la fois la Grèce de la faillite et de nouveaux plans d’austérité. Et s’il a semblé parfois proche de la limite de l’acceptable aux yeux de ses partenaires, au lendemain du « non », il a tout de même accepté la démission de son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, que plusieurs au sein de la zone euro ne souhaitaient plus voir à la table des négociations.   

Sa résistance têtue – genre village d’Astérix – aura en tout cas inscrit le personnage dans un certain imaginaire. Celle d’un premier Premier ministre « normal » de l’histoire du pays, malgré parfois ses faux airs d’Antonio Banderas, modeste, bon mari, bon père de famille. Un homme qui n’a jamais porté la cravate « sauf pour rencontrer le pape » roulait encore tout récemment en Vespa, aime le vélo, la vie de famille, mais posait encore entre les portraits de Che Guevara et Fidel Castro quand il n’était que jeune président (33 ans) du Synaspismós, un des partis qui allaient donner naissance à Syriza, en 2004. Ses qualités majeures: maîtrise de soi, self-control constant. Pas un intello au sens propre du terme, « mais avec une réelle capacité à rendre accessibles des concepts compliqués, à formaliser des idées ». En Grèce, un animal politique en tout cas inédit puisqu’il fut le premier chef de gouvernement à refuser de prêter serment sur la Bible et devant un pope.

Alexis Tsipras n’a évidemment pas que des thuriféraires. Des anciens condisciples d’université se souviennent d’un garçon à la réputation d’opportuniste ambitieux, « pas vraiment à gauche, juste un produit de communication ». Un populiste qui « berce les gens de faux espoirs, alors qu’il n’a pas les compétences pour gouverner ». D’autres lui reprochent de ne jamais avoir vécu ni étudié à l’étranger, ne percevant la réalité des choses que par l’unique bout grec de la lorgnette. Une relative surdité que des petits pays européens encore moins bien lotis que la Grèce en termes de pouvoir d’achat n’ont d’ailleurs pas manqué de lui reprocher.

Adulé ou méprisé pour ses positions, Alexis Tsipras aura de toute façon marqué l’histoire récente de l’Union européenne. Notamment parce que, selon ses termes, il aura été chef du « premier pays d’Europe à élire un vrai parti de travailleurs ». Une formule-choc que les autres chefs d’Etat européens de gauche n’ont pas fini d’apprécier…

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