Leftfield – De l’ombre à la lumière

La rave machine roule à nouveau des mécaniques. La grande classe.

Leftfield_-_Alternative_Light_Source

Les sourcils froncés derrière ses verres correcteurs, Neil Barnes contemple son passé sans nostalgie: un rendez-vous inoubliable avec l’électro. Accompagné de son ami Paul Daley, le Londonien a, en effet, écrit une page de l’histoire. Au milieu des années 1990, en publiant l’album « Leftism », le duo rejoint les monstres sacrés d’une génération de raveurs. Catapulté dans l’arène aux côtés d’Underworld, The Chemical Brothers ou The Prodigy (tous de retour cet été!), Leftfield redéfinit le monde de la nuit avec une recette unique: un concentré de techno tribale, de dub et de house progressive. Au sommet de sa popularité, le groupe sort un deuxième essai (« Rhythm and Stealth ») avant d’exploser en plein vol. « La mise en œuvre de ce disque ressemblait à un chemin de croix, raconte Barnes, seul survivant du crash. À l’époque, on pinaillait sur chaque détail, on entrait systématiquement en opposition. Avec Paul, ce n’était plus de la coopération, mais une lutte incessante. Pour espérer survivre ensemble, on aurait dû marquer une longue pause entre nos deux premiers albums… Mais il est trop tard pour les regrets. »

Treize ans après la séparation, Neil Barnes ressuscite Leftfield en solitaire. « Ce nom de scène m’aide à créer des sons, à baliser mon travail. J’ai essayé de me forger une identité différente. En vain. Je ne parvenais jamais à donner forme à mes envies sous une autre perspective. » De retour en force et sans passéisme, le cerveau du projet met ses neurones en action sur « Alternative Light Source »: dix nouveaux morceaux de techno à conjuguer au présent, quelque part entre Modeselektor et Gesaffelstein. « Le titre de l’album fait d’abord référence au combat que je me suis infligé, révèle-t-il. A un moment, j’étais dépressif, perdu dans les ténèbres et l’obscurité, persuadé d’enregistrer des trucs pourris. Petit à petit, la lumière est apparue. La confiance est revenue et la créativité a suivi. » Musicalement, Leftfield frappe ici un grand coup. « Alternative Light Source » enferme des collaborations cinq étoiles (avec les voix de TV On The Radio, Sleaford Mods ou Poliça) et des beats susceptibles de torpiller tous les dancefloors de la planète (Universal Everything, Little Fish). « Je voulais d’abord me prouver que j’étais encore capable de sortir quelque chose de valable. » Là-dessus, Neil Barnes n’a aucun souci à se faire. Il frôle de nouveau la perfection.

Le 7/8 aux Lokerse Feesten.

 

ELECTRO

Infectious/[PIAS]

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