Couleur Café 2015: le débrief de la journée de vendredi

La fraîcheur de Big Flo & Oli, le juke-box de Wyclef Jean, l'arnaque du Wu-Tang.

WyclefJean©serginelaloux

On ne révèlera pas un scoop si on vous dit que cette 26e édition  de Couleur Café  a démarré ce vendredi sous  la canicule.  Malgré des rumeurs alarmantes, le public était présent en nombre (mais pas en masse) sur un site toujours aussi accueillant mais aux « garnitures » et à la superficie plus modestes que lors des années précédentes. Economie oblige, la traditionnelle expo « Cool Art Café » a été supprimée alors que le Bazar est réduit à sa plus simple expression. Pour l’ambiance, par contre, c’est toujours top. Sur un plan musical, cette première journée a confirmé la volonté des organisateurs de se réorienter davantage vers les musiques urbaines avec plus ou moins de réussite. On vous résume tout ça.

> Bigflo & Oli.

C’est le phénomène hip-hop hexagonal du moment et on ne comprend pas pourquoi le duo toulousain a hérité du podium annexe Move alors que la formation reggae Gentleman & The Revolution, que personne ne connaît, se produisait à une cinquantaine de mètres de là sur la grande scène.   Avec Olivo et son grand frangin -mais maigre comme un clou- Florian, c’est la fête totale.  Leur hip-hop ludique et conscientisé se joue avec beaucoup d’humour et de dérision du rap bling-bling de leurs aînés. Les mecs nous font marrer et réfléchir en même temps quand ils s’en prennent au gangsta rap (Gangsta, C’est pas du rap), évoquent les pétages de plomb sur le périph’ (Le bouchon) ou leurs soirées entre potes où tout foire (Comme d’hab’).  Dans la partie impro, ils font très fort aussi en se lançant -pour rire- des vannes ou en misant sur  la carte de la proximité, citant ici Stromae ou là, Manneken Pis. Si on ajoute que le duo se produit avec un excellent beatmaker et un vrai multi-instrumentiste (violoncelle et guitare), qu’ils ajoutent des lignes de trompette et de piano et que leur bonne humeur est communicative, vous comprendrez pourquoi ils nous ont fait vivre le meilleur moment de la journée. Définitivement dans la Cour des Grands.   S’ils gardent la tête sur les épaules, ils peuvent faire un parcours à la Stromae. On revoit Biglo & Oli aux Ardentes, aux Francos, à Ronquières, au BSF et  à la Fête des Solidarités.

> L’or du commun & Roméo Elvis.  

Loin de toutes considérations financières,  Couleur Café offre de l’espace à de nombreux artistes et dj’s belges émergents. Dans le passé avec Most Wanted d’où sont sortis  notamment Puggy et Selah Sue, ou aujourd’hui avec BE.Focus,  ces jeunes talents ont pour la première fois l’occasion de connaître l’ivresse d’un grand festival et de toucher bien au-delà de leur public cible. Le collectif bruxellois L’or du commun & Roméo Elvis n’a pas raté l’occasion. Programmés avant Bigflo & Oli au Move,  ils déboulent sur scène avec leur casquette, leur bermuda, leur singlet et leur serviette de bain.   C’est un peu caricatural au début mais, très vite, les 5 MC’s et leur dj particulièrement bien inspiré trouvent leurs marques, imposent leur flow complémentaire et font mouche avec l’évocation de leur monde à eux, un monde finalement pas si terne que ça et plein d’espoir. Là aussi, la bonne humeur l’emporte sur la frime. A suivre…

> Wyclef Jean.

A vrai dire, nous n’attendions pas grand-chose de la prestation de Wyclef et l’info -confirmée- d’une collaboration avec le puant Avicii sur son nouvel album à paraître à la rentrée n’avait rien fait pour nous exciter. Et on avait tout faux. Il a suffi de l’intro de Ready or not, pour que le chapiteau bigarré Univers se transforme en grand carnaval vaudou. Il n’y a pas dire: l’artiste haïtien a le sens de la fête et même s’il tire sur toutes les grosses ficelles (la reprise toujours imparable en festival de No woman no cry de Marley, le solo à la Hendrix, guitare et mains dans le dos) il rappelle qu’il est un grand performer. Même les problèmes techniques récurrents n’ont pas raison de  son abnégation à faire danser le public qui a besoin de se faire régulièrement arroser par les pompiers de service pour ne pas tomber en syncope. Un coup de Michael Jackson,  les tubes des Fugees (Fugee-la, leur cover à donner des frissons de Killing Me Softly) servis comme un apéro, une louche  supplémentaire de Bob (Redemption song), un clin d’œil à l’autre Bob (Dylan),  sans oublier bien sûr un petit coup de Guantanemera  sur lequel ondule toute la communauté caribéenne de Belgique… C’est chaud boulette et même bouillant.   A l’applaudimètre, le concert le plus populaire de la soirée.

> Wu-Tang Clan.

C’est la vérité, nous possédons tous les albums du Wu-Tang dans notre discothèque physique et dans notre iPod. Et ce n’est pas pour faire joli, mais parce qu’on est fan. Mais en live, c’est devenu n’importe quoi. Quand le collectif monte sur la grande scène, le petit jeu consiste à repérer non pas les piliers qui sont présents, mais bien ceux qui sont absents. Pas de RZA, pas de Method Man, pas de Raekwon… Ça fait beaucoup. Aujourd’hui, un concert du Wu-Tang en Europe se résume à des gugusses en training qui font du « branding » en faisant tourner leur essuie Adidas de manière aussi fainéante qu’ils balancent les tracks souvent méconnaissables de leurs albums. Messieurs les programmateurs,  ne vous laissez-plus avoir…

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