Les Guignols de l’Info ne quittent pas l’antenne, le Grand Journal en danger

Un demi- couperet est tombé sur les marionnettes de Canal +. Elles survivraient, mais à un rythme hebdo. Par contre, le Grand Journal actuel pourrait faire les frais d'une large refonte de l'access-primetime.

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Après 27 ans de salutaire dérision quotidienne, Les Guignols vont devoir changer leurs habitudes de travail. Sans doute à un rythme hebdomadaire. En soi, la mesure serait historique puisque jusqu’ici la séquence humoristique de Canal + faisait figure de symbole intouchable. Mais Vincent Bolloré, le nouveau propriétaire de Vivendi et donc propriétaire de la chaîne à péage, a osé. Sans pour autant aller jusqu’à la mise à mort du rendez-vous humoristique dont  il caressait l’envie. La pression médiatique et politique l’en a dissuadé au terme d’une semaine électrique pour ne pas dire hystérique où l’annonce de la fin des Guignols avait mis en ébullition la France au-delà même du premier cercle d’aficionados du faux JT moqueur de 20 heures. La menace sur ce fleuron et emblème de l’esprit Canal originel, toujours prêt à dézinguer l’autorité, la bêtise, les travers médiatiques, le mensonge politique, la suffisance des puissants, a provoqué une quasi-unanime levée de boucliers.

« Il ne manque plus que la réaction indignée de Nicolas Sarkozy et on sera au complet », avait même persiflé Bruno Gaccio, auteur historique des sketches des clones. Il est vrai que entre le hashtag touchepasauxguignols, le maire de Bordeaux Alain Juppé qui troque sa photo de profil contre l’image de sa marionnette, le président Hollande se fendant d’un couplet sur l’importance de l’irrévérence, on a souvent flirté avec la démagogie de circonstances vis-à-vis d’un programme certes populaire mais aussi détesté par pas mal de monde.  Même dans l’univers télé, un Hanouna, une des récentes victimes préférées des Guignols, se déclarait prêt à les accueillir sur D8. Et la future présidente de FranceTélévisions Delphine Ernotte se proposait de leur accorder l’asile pour poursuivre leurs activités.

Sauvés mais rabotés

Cela ne s’avèrera vraisemblablement pas nécessaire. Si la poursuite des Guignols sur Canal + est actée, on ignore encore officiellement sous quelle forme et à quelle fréquence. Quoique l’hebdomadaire apparait comme la plus probable. Certains observateurs voient déjà dans cette éventuelle reconversion hebdomadaire un premier temps avant de remiser d’autorité les célèbres personnages de latex. Car imposer au rendez-vous humoristique une fréquence hebdomadaire c’est fortement le déforcer. Les Guignols ne seront plus en prise directe sur l’actu du jour et voient leur exposition médiatique fortement diminuer, passant de 8 minutes quotidiennes à au mieux une demi-heure par semaine. Le contenu sera aussi plus contrôlable que la séquence quotidienne souvent écrite parfois à l’arrache jusqu’à la dernière minute avant le direct. La nouvelle formule nécessitera aussi moins de moyens.

Sans doute un mauvais coup pour une partie des 300 personnes qu’occupaient jusqu’à ce jour l’activité quotidienne du faux JT et de sa galerie complète de 300 marionnettes. Une « usine » Guignols désormais propriété intégrale de Canal + depuis que la chaîne a racheté la société « Images et mouvements » qui les fabrique depuis toujours. Alain De Greef, l’emblématique ex-directeur des programmes et créateur du faux-JT quotidien doit se retourner dans sa tombe toute fraîche.

Tandis que leurs détracteurs doivent quand même un peu se frotter les mains. Au premier rang desquels, un certain Nicolas Sarkozy, grand ami de Vincent Bolloré dont il profite parfois du Yacht. Moins les Guignols seront actifs, plus l’ex-président sera content surtout dans les deux prochaines années où il briguera un nouveau mandat. Les Guignols à moitié muselé, c’est déjà un beau cadeau

Au-delà du cas « Guignols » qu’il a du ménagé contre son goût,  Vincent Bolloré, grand patron et actionnaire principal  entend bien en revanche frapper un grand coup sur « Le grand journal » qu’il trouve trop coûteux et certainement pas assez à sa botte. Effet collatéral de la crise traversée par Canal +, son directeur général du groupe Rodolphe Belmer, plutôt bouclier de ses troupes et des programmes actuels de la chaîne, a été remercié et remplacé par son adjoint, Maxime Saada. 

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