Serge Gainsbourg fait son cinéma

Un coffret de 5 CD truffé d'inédits pour rappeler que le grand Serge était aussi un compositeur pour l'image.

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« La musique de film doit: primo, être en contrepoint; secundo, ne jamais faire pléonasme. » Ainsi s’exprimait  Serge Gainsbourg quand on lui demandait de spécifier la particularité de son travail pour le 7e art. Entre Serge et le cinéma, c’est une drôle d’histoire. Gainsbourg commence à accepter « des commandes » parce qu’il a besoin de se faire connaître comme compositeur et qu’il « faut bien payer le loyer ». Il a trente ans et pas encore le moindre gros succès lorsqu’il signe en 1959 la chanson générique de L’eau à la bouche pour le réalisateur Jacques Doniol-Valcroze, un pilier des Cahiers du cinéma, avant d’enchaîner un an plus tard avec la B.O. du plus méconnu Les loups dans la bergerie de Hervé Bromberger.

Grand cinéphile (son film préféré est, étonnamment, le Scarface de Howard Hawks), il va multiplier ces travaux bien rémunérés, considérant cet univers comme un nouveau et passionnant terrain d’exploration. Au gré de ses rencontres, de ses humeurs et de son degré d’implication, il se métamorphose entre L’eau à la bouche et la B.O. de son dernier film Stan The Flasher (1990) en « faiseur » de chansons de générique, en architecte sonore mais aussi parfois en cachetonneur fainéant. Il signe des bijoux comme Requiem pour un con pour le film Le pacha, où il croise le temps d’un plan devenu culte le monstre Jean Gabin qui l’avait conseillé au metteur en scène Georges Lautner. Il touche avec grâce à la comédie musicale télévisée (Anna de Pierre Koralnik avec l’émouvant Sous le soleil exactement interprété par Anna Karina). Il refuse Emmanuelle de Just Jaeckin, mais se rattrape avec la B.O. de Goodbye Emmanuelle et Madame Claude. Et s’il envoie bouler Les valseuses « parce qu’il ne veut pas du violon de Grappelli » imposé par son réalisateur Bertrand Blier, il accepte de se ridiculiser pour Coluche avec l’épouvantable Chanson du chevalier blanc (Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine) ou de signer pour Les bronzés de Patrice Leconte le tube très France profonde Sea, Sex & Sun. Bref, un parcours inégal mais jamais inintéressant dans lequel se nichent aussi les premières esquisses de futurs chefs-d’œuvre. On pense aux rythmiques reggae de Zanzibar qui préfigurent « Aux armes et cætera » ou à la trame instrumentale du documentaire Mode en france qui va déboucher sur le merveilleux Fuir le bonheur de peur qu’il ne sauve écrit pour Jane Birkin.

Publication phare de la collection Ecoutez le cinéma! à l’automne 2001, le long box « Le cinéma de Serge Gainsbourg » trouve une nouvelle jeunesse (et un prix plus économique) à travers cette réédition revue et aussi enrichie de raretés et de remix. Au total, cinq CD pour six heures quinze de musique. Et, en sus de tous les titres précités, des perles introuvables comme la B.O. de ses derniers films en tant qu réalisateur (Equateur, Stan The Flasher), les partitions écrites pour la série télé Vidocq ou l’instrumental de rock indie Tapage nocturne joué par Bijou pour le film du même nom de Catherine Breillat.

> LE CINEMA DE SERGE GAINSBOURG, 5 CD, Universal.

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