Ecran noir pour le « sorcier » Alain De Greef

Le génial directeur des programmes du Canal + historique s'est éteint à 68 ans . Après une vie passée à dynamiter la télé consensuelle.

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C’était un visionnaire, un penseur, une carrure, un créatif hors pair qu’il cachait bien derrière une élocution traînante, basse et parfois inintelligible. A la façon d’une Pythie dont on boit les paroles même faussement hermétiques. Car les analyses de Alain De Greef avaient souvent une pertinence révolutionnaire. Jusqu’à le propulser à l’aube de Canal + comme gourou des programmes de la chaîne qui allait changer la face de la télé française.

Avant de devenir en 1984 le « sorcier » adulé des programmes et de la production de la chaîne branchée, De Greef, d’origine belge par son père,  avait traîné sa fausse nonchalance contemplative dans les coulisses de l’ORTF comme chef-monteur puis sur Antenne 2 où il fait une rencontre capitale: Pierre Lescure, le futur patron de Canal +.  Sur A2, le tandem De Greef-Lescure fait déjà quelques petites étincelles puisqu’ensemble il lance l’émission culte « Les Enfants du rock » dont l’écriture, le ton, la dynamique préfigure déjà une rupture avec la télé ronronnante. Signe qui ne trompe pas, les Antoine De Caunes ou Philippe Dionnet et Philippe Manoeuvre sont déjà de l’aventure.

Quand se crée Canal +, Pierre Lescure emmène tout naturellement dans ses bagages Alain De Greef. Celui-ci devient quasiment le chef de labo d’une nouvelle ère de la télé française. C’est lui qui suscite les idées, pense à l’alchimie des programmes de la chaîne à péage. C’est aussi lui qui découvre des talents que l’on trouvera nulle part ailleurs. « Nulle part ailleurs » était bien le titre tout trouvé du talk show fondateur et vitrine de l’esprit Canal première époque. Et c’est De Greef qui l’insuffle à travers « Les Guignols » à l’humour ravageur , « Les Deschiens » déjantés, « Groland », etc. Avec pour maître-mot, l’audace. Libérée des contraintes d’audience,  Canal + peut en effet oser, notamment le porno qui devient un argument d’abonnement dès le lancement.

L’usine à idées de De Greef s’arrêtera de tourner pour Canal + en 2001 quand il est éjecté après un changement d’actionnaires. Depuis, hormis quelques apparitions dans les médias, Alain De Greef s’était retranché dans sa discrétion naturelle seulement interrompues par quelques sorties bien senties sur les réseaux sociaux. Sa cible: la télévision devenue aseptisée et même le Canal + d’aujourd’hui dirigé par des « experts en marketing ».  C’est aussi sur Twitter que Les Guignols lui ont lancé ce lundi un dernier « A tchao, Alain ».

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